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Yomo Toro - Biographie

Publié le 1er mai 2007, par : Chabelita

Véritable icône nationale à Porto Rico, ambassadeur de la musique paysanne et folklorique de son île, Yomo Toro est aussi un précurseur qui a eu l’audace d’introduire la petite guitare -le Cuatro- dans la Salsa. Ce qui en a étonné plus d’un à l’époque.

Présentation d’un virtuose.

Víctor Guillermo Toro Vega dit "Yomo" est né le 26 juillet 1933 à Porto Rico (ville de Guánica, quartier Ensenada).

Son père avait pour hobby le cuatro et avec ses frères il jouait pour le voisinage devant un jeune Yomo fasciné. Devant l’insistance du jeune garçon, son père va lui fabriquer son premier cuatro. Apprenant rapidement il rejoindra très jeune le groupe familial.

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Cuatro Portoricain
Photo © site Cuatros

Le Cuatro existe dans plusieurs pays d’Amérique Latine. Il est de la famille de la guitare ou du luth, mais il est plus petit que la guitare classique. Cuatro signifie "quatre" en espagnol, bien que l’instrument ait souvent plus de 4 cordes. Le Cuatro vénézuélien a 4 cordes simples, par contre à Porto Rico où il est l’instrument national, il possède 10 cordes (5 cordes doubles) dans sa forme moderne. En effet il existe différents types de Cuatros à Porto Rico : l’ancien à 4 cordes, celui du Sud à 4 cordes doubles et le moderne à 5 cordes doubles.

Cette petite guitare est utilisée dans la musique rurale, il est l’instrument du jibaro -le paysan portorican- et est utilisé pour chanter les aguinaldos, ces chansons de Noël portoricaines que l’on chante en passant de maison en maison lors des fêtes de fin d’année.

A 16 ans, un voisin de Yomo Toro lui offre son premier requinto (une petite guitare qui ponctue la ligne mélodique d’une chanson, et qui accompagne la musique des trios). C’est avec cet instrument qu’il devint professionnel dans le monde de la musique.

En 1952, il forme un trio avec ses camarades d’école. Suite à quoi il signe un contrat avec un impresario pour intégrer le trio Los Cuatro Ases et part vivre à San Juan.

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Yomo Toro et Nieves Quintero

Ainsi sort son premier disque en 1953 avec Los Universitarios. Il enregistrera avec tous les artistes de son label (Mardi).

Parallèlement Yomo Toro commence à se faire connaître à New York et il s’y installe en 1957.

Il travaille avec le groupe de Ramito (Florencio Morales Ramos, dit "Ramito" chanteur et compositeur). Il joue du requinto dans le trio Los Panchos. Il avait aussi son propre trio.

Yomo Toro enregistre au Tres (guitare à 3 cordes doubles d’orgine cubaine) avec Larry Harlow : "Tribute to Arsenio Rodriguez" suite au décès de ce dernier (1970).

Un des grands apports de Yomo Toro fut l’introduction du cuatro dans l’instrumentation de la salsa. Cela a eu lieu lorsqu’il a été appelé par Héctor Lavoe et Willie Colón pour travailler sur le premier volume des albums de Noël sous le label Fania : "Asalto navideño", (Noël 1972) qui fut un grand succès. On y trouve les chansons "Canto a Borinquen", "Popurrí navideño", "Traigo la salsa", "Aires de Navidad", "La Murga", "Esta Navidad" et "Vive tu vida contento".

Yomo Toro : Willie Colón et Héctor Lavoe voulaient faire un album de Noël...ils avaient décidé d’y inclure une guitare électrique américaine...moi au lieu de prendre la guitare électrique, j’ai pris le cuatro. Je leur ai dit que je ne pouvais pas jouer de la guitare électrique sur un album de Noël, le cuatro collait mieux...Je me souviens que lorsque je suis entré dans le studio d’enregistrement, Pacheco m’a dit : "qu’est-ce que tu aménes là ? J’ai répondu : "un cuatro...tu verras, tu vas aimer..."
Ensuite les gens faisaient la queue pour acheter le disque...C’est là qu’a commencé l’histoire de Yomo Toro ayant introduit le cuatro dans la musique salsa...C’est un classique.

Cette présence du cuatro et donc du folklore portoricain dans la salsa a rendu ce genre plus familier et authentique aux yeux des portoricains, et a établi un lien entre les portoricains de l’île et leur diaspora newyorkaise. Le cuatro de Yomo fut mis en valeur par Héctor Lavoe et son interprétation du phrasé typique du folklore portoricain : le chant en dizain créole et ses fameux « lé lo laï » [1].

Le succès commercial sans précédent s’est renouvelé l’année suivante avec le second volume des "Asalto navideño", celui-ci comporte les chansons : "Pescao", "Recomendación", "La banda", "Doña Santos", "Cantemos", "Pa’ los pueblos", "Arbolito" et "Tranquilidad".

Yomo Toro travaille à nouveau avec Willie Colon sur une musique de film "El Baquiné de los Angelitos Negros" le morceau-titre commence par la percussion, continue avec le cuatro de Yomo Toro puis du jazz de grand orchestre [2].

En 1979, l’album "Feliz Navidad" d’Héctor Lavoe, Yomo Toro et Daniel Santos continue la série avec les chansons "Montserrate", "Mr. Brownie", "La parranda Fania", "Joven contra viejo", "En la Navidad", "Dame un chance", "El lechón de cachete" et "Una pena en Navidad", à noter que ces deux dernières ont été composées par Yomo Toro.

Grâce à ces albums, Yomo Toro fait son entrée dans la Fania All Stars. Ses collaborations se multiplient avec les grandes figures du genre. Il est présent lors des concerts mythiques du Cheetah, du Yankee Stadium et à Kinshasa au Zaïre.

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Fania All Stars

En 1988, il enregistre son premier album "Funky jíbaro", un de ses plus grands succès, suivi de "Gracias" en 1990 où il conjugue funk et folklore portoricain. Il reviendra ensuite à une salsa plus classique, en incluant une flûte dans son orchestre.

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Funky Jibaro

Il enregistre aussi avec José Mangual Jr : "Mangual". Puis "Saludando a los rumberos" avec Virgilio Marti en 1984.

Yomo Toro figure sur plus de 150 productions discographiques accompagnant : Paul Simmons, Harry Belafonte, Eydie Gormé, Héctor Lavoe, Rubén Blades, Celia Cruz et Marc Anthony. Il a écrit 124 compositions originales. Sur ses enregistrements on apprécie immédiatement son touché magistral du cuatro.

Pour l’écouter cliquez ICI.

Si vous voulez le voir en live il sera au prochain festival Tempo Latino le samedi 28 juillet 2007 dont le programme est ICI.

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Yomo Toro

Une caricature sympa de Yomo ICI.


Note de l’éditeur : Yomo nous a quité le 30 juin 2012, cinq an après la publication de cet article

Sources :


[1] Lé lo laï : onomatopées -sans signification particulière- utilisées dans les refrains des chansons folkloriques.

[2] Passage tiré de la page 246 de "Cuban Fire" d’Isabelle Leymarie chez Outre Mesure.