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2005 Dia Nacional de la Salsa à porto Rico 22ème édition

XXII Dia Nacional de la Salsa

Publié le 1er juin 2005, par : Chabelita

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Ce 6 mars 2005, pour la 22ème année consécutive la radio portoricaine Z93 organisait son "Jour National de la Zalsa" [1]. Exceptionnellement, l’événement initié en 1983 par Pedro Arroyo, gérant et directeur de la Z93, a été avancé au 1er dimanche de mars, alors qu’il est inscrit dans la constitution boricua [2] (loi n°100) qu’il doit se tenir chaque 3ème dimanche de mars. Problème cette année : le 3ème dimanche de mars tombait en pleine Semaine Sainte (dimanche des rameaux), dans un pays à 85% catholique où de nombreuses personnes pratiquent le jeûne, l’organisation a préféré changer de date.

Cette année la journée de concerts est dédiée au compositeur de nombreux succès portoricains Roberto Angleró et au directeur d’orchestre Tommy Olivencia, tous deux ayant dépassé les 70 ans c’est un hommage à l’ensemble de leur riche carrière qui leur est fait.

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Première embuche pour un touriste débarquant à San Juan : trouver le stade Roberto Clemente Walker à Carolina, banlieue résidentielle de la capitale. Sur le plan figure bien un stade Roberto Clemente Walker mais pas de salsa là-bas ! Il y a un autre stade homonyme à Carolina -tout neuf- qui ne figure pas encore sur les cartes ! Pour le trouver le mieux est de rester sur l’autoroute jusqu’à se retrouver dans les embouteillages... Le stade a une capacité de 30000 personnes pour 8000 places de parking : bouchons assurés, ici on dit "tapon". D’autres parkings plus éloignés et un service de navettes -les très kitschs school bus ou escolares- permettent de gérer l’afflux de "cocolos" (terme utilisé pour désigner les amoureux de musique salsa à Puerto Rico).

Aux abords du stade de nombreux barnums blancs sont installés sous lesquels tout est prévu pour se restaurer pendant le marathon de concerts (de 13h à 21h). Il est vivement recommandé de goûter aux "pichones", délicieuses brochettes de poulet badigeonnées d’une sauce indéterminée. A un autre stand destiné à la vente d’instruments, on peut voir des percussionnistes jouer toute la journée (ils profitent des concerts via la sono du stade).

Le stade est voué au base-ball, donc de forme inhabituelle pour nous européens. Dans les coursives, de nombreux vendeurs proposent tout ce qui touche à la salsa : tee-shirts, drapeaux, tableaux à l’effigie d’Ismael Rivera, etc... En cas de coup de barre, direction le stand de "batidas", ces jus de fruits tropicaux mixés avec de la glace pilée (ou du lait, au choix). Un pur régal.

Le stade se remplit progressivement. Les gens arrivent en famille équipés de parasols, chaises pliantes, casquettes, tee-shirts, le tout aux couleurs du drapeau portoricain. Sans oublier les "palos" pour jouer la clave, les güiros, les cencerros, les campanas, voire même les bongos, histoire de vivre la musique à fond.

La chaleur (+/-30°C) se fait déjà sentir : ciel bleu azur qui se couvrira au fil de la journée. Des diffuseurs de vapeur d’eau sont là pour raffraichir le public.

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Camilo Azuquita et l’épouse de Marvin Santiago

Pour nous direction les coulisses afin de prendre de meilleures photos et faire profiter les auditeurs de Radio Latina 99.00 FM de l’événement, avec l’interview de l’animateur vedette de la Z93 : « el Buho Loco », puis de Camilo « Azuquita » qui vient de s’installer (et oui !) sur l’île [3]. Les autres musiciens commencent à arriver sur fond de reggaeton [4].

Nestor Galan "El Buho Loco", animateur de la tranche 10-15h en semaine sur la radio Z93 s’apprête à ouvrir la fête.

NG2

Camilo « Azuquita » est l’invité spécial de NG². Ce groupe de jeunes qui a la lourde tâche d’inaugurer la scène, peu avant les 13h. Ils seront la grande surprise musicale de la journée. Les journaux commenteront en disant :

"tous ceux qui pensent qu’ils sont le futur de la salsa se trompent, ils font partie du vigoureux présent"

Gerardo Rivas, Norberto Vélez et Azuquita {JPEG} NG² {JPEG}

Cette formation parrainée par Victor Manuelle est composée de jeunes qui ont de qui tenir : Gerardo Rivas -22 ans- chanteur, percussionniste qui dirige le groupe est le fils de Jerry Rivas (pilier du Gran Combo) ; son petit frère Jerry Rivas Junior est le tromboniste de l’orchestre. Le second chanteur Norberto Velez vient d’une famille de "trovadores". Les autres musiciens : Cachiro Thompson aux congas, Jimmy Collazo au piano, Carlos Martínez à la basse, Raúl Rosario aux timbales, Martín Santana au saxophone, Joenuel Lebrón à la trompette, Carlos Vargas à la trompette, les choeurs sont assurés par Juan Bautista et Serbella Lamas.
Ils ont débuté en titillant la fibre patriotique du public avec la chanson "Puerto Rico" d’Eddie Palmieri. Suivie de "Preciosa", puis de la chanson de promotion de leur tout premier album "Quitémonos la ropa". En clin d’oeil au compositeur fêté ce jour-là : Roberto Angleró, ils ont interprété "La Pared". Le tout avec beaucoup d’énergie et une grande force rythmique. Pendant que le groupe joue, les très jeunes (pas plus de 10 ans) danseurs des "Jala Jala dancers" tourbillonent sur la scène.

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Leur prestation s’est achevée en feu d’artifice sur Xiomara chantée par Camilo Azuquita (en souvenir du temps où il chantait cette chanson au sein de la Tipica 73). Et même avec ce morceau classique, ils ont fait sensation, le solo de timbales a enthousiasmé le public, complètement conquis par la jeunesse et la fraîcheur des NG2. Ce groupe très prometteur a laissé place à l’autre invité vedette de la journée : Tommy Olivencia.

Tommy Olivencia

Vers 14h30, Tommy Olivencia fait son entrée sur scène avec son orchestre qui affiche 46 ans d’existence : La Primérisima, appelée aussi "la petite école de la salsa" ("la escuelita de la salsa"). Dirigée par le trompettiste Edgar Nevárez, elle comporte 2 trompettes et 3 trombones ce qui lui donne un son très caractéristique. Les soneros présents en ce jour exceptionnel : Sammy Gonzalez (entré dans l’orchestre en 1971), Héctor « Pichie » Pérez (entré en 1990 avant de rejoindre La Sonora Ponceña), Simón Pérez (entré en 1976 en même temps que Lalo Rodriguez), Paquito Guzman (qui a connu les débuts du groupe avant de le quitter en 1976), Viti Ruiz (entré à la fin des années 80), Paquito Acosta (vétéran de l’orchestre), Héctor Tricoche (entré en 1984) [5]. Le timbalero Endel Dueño et le trompettiste Piro Rodriguez seront particulièrement ovationnés. Les succès marquants de la carrière de Tommy Olivencia s’enchainent sans aucun temps mort ! "Fiesta de soneros", "Trucutu", "Doroteo", "Evelio", "Soy Dichoso"...Jusqu’à l’apparition de la star portoricaine du Reggaeton : Tego Calderon, dont la présence visait à rajeunir le public du "Jour National de la Salsa", les jeunes privilégiant le reggaeton à la salsa. Il a interprété "Planté Bandera" sans provoquer l’hystérie attendue.
Le pianiste Richie Ray fera son apparition sur scène dans un rôle de chef d’orchestre. Les succès vont défiler "Historia de un condenado", "Bambolea", "El negro chombo". Puis Viti Ruiz est venu rendre hommage à son frère Frankie Ruiz, membre de cet orchestre de 1981 à 1984, dont les chansons passent toujours en boucle à la radio portoricaine. Avec un timbre de voix très proche de celui de son frère, il a envouté le public avec un florilège des chansons "Que se mueren de envidia", "Primero fui yo", "Como una estrella", "Como lo hace", "Mujer como tu".

Les autres succès que Tommy Olivencia nous a offert ce jour là : "Lápiz de carmín", "Lobo Domesticado", "No me tires la primera piedra".

Après "l’escuelita" c’est "l’université de la Salsa" qui est entrée sur scène :

El Gran Combo

Les musiciens ont été annoncés un par un par l’animateur TV Eddie Miró à la manière d’un vieux show télévisé ; arborant tous une chemise rouge, sauf le directeur Rafael Ithier qui se distinguait en blanc.
Charlie Aponte [6] a interprété "El Guaguanco del Gran Combo", suivi du succès de leur tout dernier album : "El Matrimonio" [7] où Camilo Azuquita s’est joint aux improvisations chantées. A la faveur d’une pause, les membres les plus influants de la Z93 [8], le maire de Carolina (José Aponte), Quique et Papo Lucca [9], et 4 sénateurs rendront hommage à Roberto Angleró en lui remettant une plaque commémorative.

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Roberto Angleró au milieu des chanteurs du Gran Combo
Foto por cortesia El Nuevo Dia
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Rafael Ithier
Foto por cortesia Primera Hora

La fête reprendra en grand avec "Hojas Blancas" où on entendra à peine Charlie Aponte, la voix principale, et Roberto Angleró aux choeurs, car l’ensemble du stade a chanté l’intégralité des paroles de la chanson. Gros frissons, gros moment d’émotion. [10]

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Quel plaisir ensuite d’entendre "La salsa de hoy" et "Timbalero" qui ont fait danser l’ensemble du stade. Avec la participation de Juan Manuel Lebrón et du jeune prodige Roberto Ortiz aux timbales.

La Sonora Ponceña

Direction les gradins pour nous. Changement de répertoire avec la Sonora Ponceña qui a invité le rappeur Julio Voltio [11] sur la chanson "Hachero pa’ un palo". En parfaite harmonie avec la salsa, le rap de Voltio a enthousiasmé le public qui en aurait voulu plus. C’est la grosse surprise de la journée pour nos oreilles !

Le groupe -vétu de chemises bordeaux et pantalons marron- va poursuivre avec "Caprichosa", un superbe "Vas por ahí" succès de Roberto Angleró popularisé par Miguelito Ortiz. "Borrachera" sera vite éclipsée par le fabuleux morceau "Ecue Baroni", pur moment de bonheur dans le stade en transe.

Bobby Valentín

Retour en backstage pour voir Bobby Valentin [12] de plus près ! D’emblée son orchestre surprend par la jeunesse de ses musiciens. Tous en jeans avec un haut blanc (chemise ou tee-shirt) sauf Bobby qui porte une chemise noire à gros pois rouge, il ne paraît pas avoir 64 ans ! Aux voix les très souriants : Harold Montañez (un des fistons du grand chanteur Andy Montañez), Ramsey Ríos et Héctor Iván Rivera. Au piano : José Lugo.

JPEG Bobby Valentín au Cuatro {JPEG} JPEG

Ils vont magnifiquement interpréter "Que si pienso en tí", "Zafa diablo" et l’envoûtant "Son son chararí". Avant d’accueillir Luigi Texidor qui va chanter son immense succès "Linda Teresa" accompagné par Roberto Angleró aux choeurs.

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Camilo Azuquita et Luigi Texidor

Puis le virevoltant Luisito Carrión fera son apparition attendue pour "Ramo de flores".

Grand moment sur "Soy Boricua" où le troubadour Andrés Jimenez est venu chanter des "decimas" à l’honneur de Roberto Angleró et Tommy Olivencia. Encore plus d’émotion sur Si dios fuera negro chanté par Roberto Angleró lui même, avec son fils Juan Luis Angleró au piano, et l’intervention de Tego Calderon.

Sur l’arrière scène, les gens dansent autant que dans le stade : à mes côtés un homme chante, il me semble que c’est Wichy Camacho, et effectivement quelques minutes plus tard il va monter sur scène pour faire les chœurs. Le « backstage » est le lieu de retrouvaille de tous les musiciens : sous des tentes blanches les embrassades se succèdent toute la journée. Impossible d’approcher les stars internationales telles que Tego Calderon ou Oscar d’Léon entourées d’une meute impénétrable. D’autres comme Azuquita, Luigi Texidor, Luisito Carrión sont très accessibles. Charlie Aponte bien que très sollicité, se plie avec son éternel sourire à toutes les demandes de photos, autographes ou interviews. Roberto Roena est présent, venu soutenir son ami Bobby Valentín, mais ne jouera malheureusement pas.

Fondation Ismael Rivera

Pour la 1ère fois le prix "Ismael Rivera" a été remis par la fondation du même nom à un "sonero" [13] dont elle souhaite récompenser la brillante carrière musicale. Cette année l’élu était : Ismael Miranda, premier d’une longue liste puisque ce prix sera désormais attribué chaque année lors du « Jour National de la Salsa ».

Ismael Miranda et Moncho Rivera {JPEG} JPEG

Celui-ci a chanté El Nazareno aux côtés de Moncho Rivera (neveu du défunt sonero mythique de Puerto Rico : Ismael Rivera) et Tego Calderon, accompagnés par un orchestre dirigé par Louis Garcia. Pour l’anecdote : Tego Calderon qui se dit fan d’Ismael Rivera depuis sa petite enfance s’était changé pour l’occasion et arborait un tee-shirt noir sur lequel on pouvait voir la photo du « Sonero Mayor » (voir photo ci-dessous).

Ismael Miranda, Moncho Rivera et Tego Calderon {JPEG}

Le même orchestre est resté sur scène pour accompagner Oscar d’Leon venu sans ses musiciens.

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Oscar d’Leon

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Oscar est passé en dernier car son avion a eu du retard (version officielle). Il était accompagné de 14 musiciens locaux. Très attendu par un public conquis d’avance, comme en témoignent les appels post-concerts reçus par la radio Z93, dont les auditeurs regrettaient qu’Oscar d’Leon soit passé si tard [14]. Il a interprété un répertoire purement salsa : "Sientate Ahí", puis "Mi bajo y yo" où il a répondu à l’attente du public qui souhaitait le voir danser en jouant de la basse comme au bon vieux temps. Il s’est excusé d’avance car ça faisait longtemps qu’il n’avait pas réalisé cet exploit, mais le résultat a conquis l’audience. "Ven Moreno" et "Se necesita un rumbero" ont complété le répertoire. Les moments forts : le jeu permanent du chanteur transcendant ses musiciens. En particulier le jeu instauré d’abord entre Oscar d’Léon et Luis Marín le pianiste, où Oscar chantait une mélodie assez longue reprise ensuite par Luis Marín. Et cela 4 ou 5 fois de suite. Le jeu enthousiasmant les musiciens (qui étaient aux anges de cotoyer l’immense Oscar d’Leon) il s’est poursuivi avec le timbalero et le conguero... Jusqu’à l’entrée de Domingo Quiñones venu improviser aux côtés d’un maître du genre.

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Domingo Quiñones et Oscar d’Leon

Les 21h ont sonné, le stade s’était déjà bien vidé, les gens voulant éviter les monstrueux embouteillages générés par la sortie du stade.

La fête s’est achevée, et étrangement tout cela est passé très vite.


Cliquez sur les photos pour les agrandir.


[1] Salsa rebaptisée Zalsa pour reprendre le "Z" emblême de la radio.

[2] Boricua vient de « borinquén » nom donné à l’île par la tribu des Taïnos.

[3] Camilo Azuquita était basé à Paris depuis de nombreuses années.

[4] Reggaeton = la musique à la mode actuellement dans l’île.

[5] Les chanteurs qui sont passés par l’orchestre absents ce jour-là : feu Marvin Santiago, feu Chamako Ramirez, Gilberto Santa Rosa membre de La Primerisima de 1979 à 1981...

[6] Charlie Aponte est un des trois soneros actuels du Gran Combo, entré dans l’orchestre en 1972.

[7] « El Matrimonio » titre que leur maison de disque Sony sur-promotione : il passe toutes les 20 minutes sur la radio Z93, le stade n’a donc eu aucun mal à le chanter...

[8] Pedro Arroyo, organisateur ; Marcos Rodriguez = "El Cacique" émission à 15h en semaine ; Javier Granel = "El Vaquero", émission du soir.

[9] Orchestre La Sonora Ponceña

[10] A ce moment là nous avions rejoint le milieu du stade, c’est pourquoi nous n’avons pas de photos en gros plans du groupe.

[11] Voltio de son vrai nom : Julio Ramos Filomeno.

[12] Voir la biographie de Bobby Valentín : ICI.

[13] Sonero = chanteur-improvisateur pour résumer.

[14] Les journaux locaux ont ressorti après le Dia Nacional de la salsa une vieille brouille anecdotique et sans grand intérêt entre Oscar d’Leon et Rafael Ithier, qui n’a pas du tout perturbé le public emballé par la star vénézuélienne.

Autre grosse polémique dans les journaux : les organisateurs ont osé remplacer l’étoile unique du drapeau national par un Z (pour Z93)...cela a fait couler beaucoup d’encre.

Documents joints

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  • Domingo Quiñones

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