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Venezuelan Masters Orchestra

Publié le 10 novembre 2008, par : Chabelita

"Mariage pluvieux, mariage heureux" dit le proverbe, ne doutons pas qu’il s’appliquera aux Venezuelan Masters qui se sont unis pour la 1ère fois sur la scène de Dax le 5 septembre 2008 sous une pluie continue.

Les nuages ont disparu pour la seconde présentation de l’orchestre sur la même scène le dimanche 7 septembre 2008. L’initiateur du projet, le percusionniste vénézuélien Gerardo Rosales, a commencé par présenter le projet et l’ensemble de l’orchestre. Un collectif qui laisse une grande liberté d’expression à chacun.

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Venezuelan Masters Orchestra
Michael Simon (trompette), Charlie Biggs : (trompette), Nicole de Zabala (trombone), Jose Centeno (trombone).

Les cuivres étaient dans les mains de musiciens multiculturels composant habituellement l’orchestre de Gerardo Rosales : Michael Simon trompettiste et arrangeur, Charlie Biggs, de Los Angeles, trompettiste, Nicole de Zabala : tromboniste, de père vénézuélien, et Jose Centeno, tromboniste.

Aux bongos et à la cloche Joaquin Arteaga, vénézuélien de Margarita, vivant à Barcelone. Et à la basse Lorenzo Barriendos "el diablo" à qui l’on doit les merveilleux arrangements de l’orchestre.

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Venezuelan Masters Orchestra
Joaquin Arteaga (bongo), Lorenzo Barriendos (basse)

Le concert a débuté par une chanson conçue spécialement pour l’événement : Esta que arde (que vous pouvez écouter ICI) dont le choeur dit :

Ahora si
Aqui llego Venezuelan Masters

chantée alternativement par les quatre "monstres" [1] de la salsa vénézuélienne :
- d’abord Nelson Arrieta : qui a été la voix principale du groupe phare "Guaco" pendant 16 ans et qui est désormais à la tête de sa propre formation avec laquelle il a sorti 3 albums ;
- puis Marcial Isturiz : vocaliste de Bailatino mais aussi bassiste, pianiste, compositeur,...
- suivi de Cheo Valenzuela : ex-chanteur de la Dimension Latina
- et enfin Mauricio Silva : chanteur de "La Critica", de l’orchestre d’Oscar de Léon, il est aussi pianiste, tromboniste, compositeur et arrangeur.

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Venezuelan Masters Orchestra
Nelson Arrieta, Marcial Isturiz, Cheo Valenzuela, Mauricio Silva

Chacun alterne sa phrase et s’exprime avec sa propre tessiture : Nelson le plus haut, Marcial le plus puissant, Cheo avec le plus beau velours et Mauricio avec la plus grande maturité, qui se permet d’alterner trombone et chant.
Dès cette première chanson Alfredo Padilla : nous a offert un superbe solo de timbales en harmonie avec les congas de Gerardo Rosales. Rappelons que Padilla fut le créateur de la Salsa Mayor et qu’il a fait partie de nombreux orchestres vénézuéliens dont "Los Dementes" de Ray Perez.

S’ensuivit un hommage à feu Joe Ruiz, le chanteur le plus spectaculaire du Venezuela, l’inoubliable membre du Grupo Mango avec : "Dile que venga". Ré-arrangée sans le vibraphone original et chantée par Marcial Isturiz. On a plaisir à entoner ce refrain qui passe si souvent sur notre platine :

Espero que no me falles
Que es para ti esta fiesta
Esta rumba es para ella
 
Dile que si venga
Que esta rumba es para ella

Marcial a l’envergure suffisante pour s’attaquer aux modulations vocales typiques de Joe Ruiz : les échelles descendantes [2]. On retrouve même les fameux "ah ah" de Joe Ruiz. Suivis par un énorme solo de piano de Thomas Bottcher : un pianiste virtuose, qui a la particularité de ne pas voir, mais dont le talent est immense.

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Venezuelan Masters Orchestra
Thomas Bottcher

Le choeur l’encouragea par un "toca este piano Thomas" pendant plus de trois minutes, puis ce fut au tour de Gerardo Rosales de s’exprimer aux congas. Raplh Irizarry ne passa pas inaperçu aux timbales. Le morceau se termina par une belle série de soneos de Marcial.

Gerardo Rosales qui ne voulait pas se limiter aux chansons du passé, laissa le micro à Cheo Valenzuela et son morceau "Cristal" (2007) composé par Simon Diaz [3]. Un thème romantique dédié aux femmes par son interpréte, mais ne nous y trompons pas on était là dans de la vraie salsa dura, tellement dura qu’elle se prolongea en folle descarga [4].

Usted si que es bien bonita señorita
Tiene la boca de caña dulce recien cortada
Usted si que es bien bonita señorita
Y la sonrisa como las flores de reseda
(...)
Y yo que muero de soledad...

Puis ce fut au tour de Nelson Arrieta d’interpréter "Como camina" composée par Alejandro Silva, qui figure sur le disque de Guaco "Equilibrio", et qui commence ainsi :

mira como me mira esa mulata cuando camina
mira como anda esa mulata, caramba
mira como me mira esa mulata cuando camina
mira como anda esa mulata

après deux minutes, Nelson s’est mis à raper quelques phrases, avant de repartir sur le tumbao de la salsa. On a compris pourquoi il fut un des piliers de Guaco. Sa voix était assez fascinante pour ceux qui le découvraient ce soir-là, il a démontré toute son aisance vocale, se permettant des modulations que seul un chanteur de cette trempe peut maîtriser.

En soliste aguerri Mauricio Silva [5] se mit ensuite à chanter à l’image d’un crooner pendant quelques secondes, avant de commencer sa chanson "Ahora ya Tengo un Rumbero" au choeur entrainant :

salsa rumbero
salsa con sabor

avec un beau solo d’Alfredo Padilla, tandis que Robert Quintero [6] prit d’assaut les congas. La chanson se prolongea allégrement au gré de l’arrivée sur scène de quelques invités prestigieux (Eddie "guagua" Rivera, Ralph Irizarry, Jeremy de Jesus,...). Vous dire qui est monté sur scène et à quel moment, relève de l’impossible, vous le verrez sur le documentaire filmé par l’équipe de Gerardo Rosales.

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Venezuelan Masters Orchestra
Gerardo Rosales, Alfredo Padilla

Après l’euphorie, le calme se fit pour accueillir sur scène la légende Johnny Sedes , qui avait répété deux jours durant sa phrase en français : "Je suis content d’être dans cette ville" parfaitement prononcée et appréciée par le public.

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Venezuelan Masters Orchestra
Johnny Sedes

Nelson Arrieta débuta le morceau "ahora me toca a mi bailar" et lança une descarga géantissime comme seul François Charpentier sait en concocter. Il y avait du monde sur scène, Mangual et Tito Allen vinrent chanter, faire les choeurs et danser. Même Gerardo Rosales se mit à chanter 8 phrases qui commencèrent par :

yo canto desafinado...

en effet le chant n’est pas ce qu’il fait de mieux mais cela a bien fait rire toute l’assemblée.
Victor Payano (sax) vint jouer au côté de Johnny Sedes et le jeune Jeremy de Jésus nous a ravi avec sa flûte enchantée. Citer tous les musiciens montés sur scène à ce moment là c’est simple : tous ceux du festival !

Les choeurs se succèdèrent pour finir sur :

Lo queremos Dax

puis

Que viva Venezuela
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Venezuelan Masters Orchestra

La descarga se termina vingt minutes plus tard, et tous restèrent pour écouter les Venezuelan Masters débuter la fameuse "Mama Calunga" de Johnny Sedes. Chantée par Nelson, c’est le genre de morceau qui provoque dès les premières notes des spasmes incontrolés au niveau des épaules, des hanches et des pieds ! Un swing abyssal...

Mama Calunga va pa’ la cepa
A bailar la rumba y a tomar cafe

Manifestement Nelson a pris beaucoup de plaisir à chanter ce morceau de rêve. Alors que la chanson traditionnelle semblait se terminer, Thomas lança le début d’une descarga attendue par tous.

Nelson improvisa joyeusement entre le choeur :

Mama Calunga vamos a recoger cafe

appelant clairement au prologement de la fête :
- "la gente quiere sabor, saborcito y yo se lo daré"
- "rumberos, rumberitos, ven pa’ la tarima..."
- "yo viné pa’gozar, yo viné pa bailar esta noche..."

On retrouva ensuite un solo de Gerardo Rosales qui a quitté les congas au profit des timbales où il se débrouilla tout aussi bien. Suivi d’un solo de Jeremy de Jesus (flûte) qui fut encouragé par le choeur qui chanta son prénom. Il laissa la vedette à Robert Quintero qui se déchaina aux congas, accompagné du choeur "Robert suena la conga". Un certain Juan Francisco au trombone a eu droit à son solo, attirant plusieurs trombonistes sur le devant de la scène. Le morceau se prolongea près d’un quart d’heure.

On resta dans le répertoire de Johnny Sedes avec "Doce Cascabeles" dont les paroles rappellent une comptine pour enfants :

Doce cascabeles lleva mi caballo por la carretera
(...)
Por la carretera

Vint ensuite un appel du pied à la descarga : le traditionnel "El Manisero", mais l’excuse est qu’elle figure dans la discographie de Johnny Sedes. Où l’on vit chanter Rafael Quintero de Diabloson et un grand nombre de vocalistes du festival, dont le jeune Gilberto Velasquez de l’orchestre La Excelencia particulièrement impressionnant. A nouveau le saxophone de Victor Payano se fit entendre. Lucho Cueto prit le piano. Là encore impossible de vous décrire l’indescriptible, des dizaines de cuivres, plusieurs bassistes sur scène et combien de percussionnistes ? Le morceau dura pour notre plus grand plaisir.

Pour terminer avec les pièces de Johnny Sedes, l’orchestre nous offrit : "Carupano Canta". Où Gerardo Rosales profita d’un long solo.

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Venezuelan Masters Orchestra

La dernière chanson-descarga fut "Moliendo café", et passa par bien d’autres thèmes... Là je suis bien incapable de vous dire ce qui s’est passé ensuite car je suis partie danser...comme l’ont fait tous les spectateurs du concert.


- Un grand merci à toute l’organisation de Dax et à ses bénévoles qui nous aident énormément pour pouvoir vous faire lire des articles de qualité. Ils nous permettent surtout de faire des interviews dans des conditions idéales. Mention spéciale à François Charpentier, sans qui le festival n’aurait pas "su saborrrrr", à Patrick Jammet et à Isabelle Cazaux.
- A Dax on découvre des musiciens, cette année Jérémy de Jesus a scotché tout le monde par son talent et sa personnalité incroyablement chaleureuse. On va le suivre le bébé.
- Un grand merci aux musiciens, disponibles et hyper professionnels. Les Venezuelan Masters ont occupé pendant plus de 9 heures (3h/jour) le studio de répétition mis à leur disposition pour offrir le meilleur au public. Et on a eu le meilleur avec les sourires en plus (ce n’est pas le cas dans tous les orchestres). Chapeau bas, Maestros.
- A Dax des projets se montent, et quels projets ! Au détour d’un entretien Rafael et Robert Quintero lachent le morceau : la préparation d’un disque "Los Quinteros" avec Luisito et toute la famille. On en rêve déjà.

vivement l’année prochaine


[1] Expression de Gerardo Rosales.

[2] Merci à Rafael Quintero pour avoir mis un nom sur ce que je cherchais depuis longtemps les escalas descendentes. Peu de chanteurs sont à l’aise dans cet exercice, on peut citer Marcial Isturiz, feu Joe Ruiz, Yeci Ramos et Oscar d’Léon qui s’y attaquent régulièrement et brillamment.

[3] "Cristal" figure sur l’album de Cheo Valenzuela "Eres Tu" label Valen Sound Music (2007).

[4] La « descarga », une rencontre improvisée et spontanée au cours de laquelle les musiciens laissent libre cours à leur inventivité.

[5] Mauricio Silva est connu pour avoir composé "Se necesita rumbero" popularisée par oscar d’Léon.

[6] Robert Quintero fait partie du Black Sugar Sextet, de l’orchestre de Willie Colon, entre autres.