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2006 Toros y Salsa Festival / Truco y Zaperoko à Dax

Publié le 1er janvier 2009, par : guayacan

Nous avons eu le plaisir de rencontrer Truco y Zaperoko à Dax lors de l’édition 2006 du festival. Leurs deux concerts ont transporté tout le monde et du coup, ils en ont sorti un DVD Live [1] !!!

Qui sont-ils ? C’est ce que nous avons essayé de comprendre avec cette entrevue réalisée le neuf septembre 2006.

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Truco y Zaperoko
  • Edwin Feliciano, Trombone - Leader - Choeurs
  • Juan Ricardo Martinez, Chant
  • Luis Cruz, Chant
  • Alfredito Rodriguez, Congas
  • Tito De Gracia, Timbales
  • José Pizarro, Trompette
  • Carlos Rodriguez, Basse
  • Antonio « Toñito » Vazquez, Trombone
  • Ray Maysonet, Percussion, choeurs
  • José Maysonet, Percussion, choeurs
  • Henry Valentin, Percussion
  • Miguel Maysonet, Bongos
  • Héctor Valentin Matos, co-leader
  • Enrique Trinidad, Flute
  • José « Jochy » Rodríguez, Trompette, Lead
  • Erik Rosado, Piano

Buscasalsa : Pour commencer, pouvez-vous vous présenter ?

Edwin Feliciano : Edwin Feliciano, connu sous le nom de Zaperoko,

BS :  : Tromboniste et fondateur de l’orchestre

EF :  : en effet

Héctor Valentín : Héctor Valentín “el Truco”, percussionniste

Miguel Maysonet : Miguel Maysonet des Pleneros del Truco

BS : question classique : comment est née l’idée de réunir deux groupes avec chacun une histoire bien distincte, et des musiques qui peuvent paraitre très différentes bien qu’au final l’histoire a montré que la façon de jouer est proche ?

MM : Les deux groupes ont été fondés dans les années quatre vingt. L’histoire de la rencontre est née d’un voyage à Chicago, durant un concert a eu lieu un incident, Edwin Feliciano, Valentín et Rey Maysonet mon frère en font une chanson, et Edwin Feliciano nous dit : “la chanson est bonne, elle a beaucoup de swing” et il ajoute “je vais l’emporter pour en faire des arrangements, mais avec le style de Zaperoko [2]”. Le groupe, bien qu’étant un groupe de Son et de Songo jouait aussi de la Plena, et Edwin avait déjà quelque part l’influence de la Plena dans ses arrangements et dans la trajectoire du groupe. On a répété la chanson comme il l’avait arrangée, et c’est là qu’il a eu l’idée de la fusion entre les deux groupes.

BS : entre le groupe de Zaperoko plutôt Songo...

EF : ...oui, de musique afro-antillaise, principalement "Songo-Son" mais nous jouions aussi de la Plena en live, nous jouions de la Bomba, nous faisions beaucoup de fusions.

BS : alors que les Pleneros del Truco jouaient de la Plena...

MM : ...c’était un groupe de Plena interprétée dans sa forme la plus pure : ses quatre panderos [3], son guïro... Avec l’idée de la fusion entre les deux groupes, nous avons intégré la section de rythme de Zaperoko, la conga et le timbal que les Pleneros del Truco n’utilisaient pas à l’origine. En amenant ces instruments de percussion, la fusion a lieu et il est possible de jouer les différentes variantes des rythmes, un mélange de Plena avec de la Rumba et du Songo, avec toutes les variantes que nous essayons de connecter à la Plena.

EF : de plus, la section de cuivre a aussi été intégrée au groupe. Les Pleneros del Truco utilisaient alors 3 trombones, ils m’avaient invité à jouer à plusieurs occasions, et quand l’idée de la fusion surgit j’ai proposé qu’à la place des trois trombones nous travaillions suivant la section de Zaperoko qui était de deux trombones, un buggle et une flûte, et c’est comme cela que l’on a donné une autre couleur au groupe. Alors nous avons commencé à traiter les chansons avec d’autres types d’arrangements, style descarga avec beaucoup de solos... et c’est comme ça que tout à commencé...

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Truco y Zaperoko

BS : L’idée était plutôt une envie de jouer tous ensemble ou une envie d’exploration musicale ?

EF : C’est une proposition que je leur ai soumise, et ça n’a pas été facile avec un groupe de Plena très protecteur de son rythme folklorique, de son instrumentation. Ce que je leur proposais était un changement vers une dimension musicale plus expérimentale, ils ont évalué le tout et finalement...

MM : ... finalement nous avons décidé d’accepter la proposition car nous avions compris que c’était une bonne chose pour l’évolution du groupe sous tous les aspects. Sous l’aspect musical car nous pouvions élargir l’horizon du groupe, on pouvait avoir beaucoup plus d’ambition, toucher un public beaucoup plus large et un plus grand marché. En étant un groupe typique de Porto Rico, nous étions très régionaux, et avec la fusion que nous proposait Edwin, cela permettait d’embarquer beaucoup plus de monde... c’était l’ambition de grandir comme musiciens et comme groupe.

BS : Au début vous vouliez jouer ensemble ou dès le commencement vous aviez l’envie d’enregistrer ensemble ?

EF : A l’origine nous allions enregistrer de la façon suivante : eux allaient graver trois Plenas pures, et moi deux ou trois chansons dans le style de Zaperoko, des Son cubains, un Songo... Mais au moment d’enregistrer, alors qu’ils allaient produire les Plenas, il y eu quelques problèmes et ils me demandèrent de me charger de la production non seulement de mes chansons mais aussi des Plena, et je leur ai dit “pas de problèmes, je peux me charger de toute la production”, nous avons continué ainsi, les trois Plenas ont été enregistrées A Ti Na’ Má, La Noticia Del Día, et Margarita. J’ai alors travaillé sur les trois chansons, en apportant deux trois trucs sur chaque, dans les cœurs, j’ai ajouté une ou deux petites moñas... Nous pensions rester chacun avec son identité propre et faire le disque comme un travail conjoint des deux groupes. Mais une fois le disque finalisé, nous avons répété avec le groupe au complet, fait quelques concerts du projet et nous nous sommes dit “bon, il faut que nous continuions à travailler ensemble.”, et cela fait huit ans que nous continuons.

BS : Donc vous avez commencé par un projet de disque commun et c’est en répétant que vous vous êtes rendu compte que les deux identités avaient fusionné en une seule ?

EF : Oui, parce que la force qui s’est créée a été très grande, et la dynamique de groupe... de fait, le groupe n’a quasiment pas eu de changements [4] dans les sept dernières années ce qui pour est bien rare de nos jours.

BS : d’autant plus rare dans un groupe aussi nombreux, seize musiciens !

EF : en effet, et presque pas de changements.

MM : c’est une famille, cela fonctionne comme une famille. Avec tout le sérieux et le professionnalisme que demande la scène, mais aussi avec le truc en plus d’être une famille. Mes frères de sang sont dans le groupe, le fils de Truco est dans le groupe, Edwin s’est intégré comme si nous l’avions connu toute notre vie, et la dynamique de groupe, tant sur la scène qu’en dehors, est bien familiale. Cela fait partie de la réussite. Au delà de la force créée musicalement, Truco était déjà un groupe d’une grande force avec une grande maitrise des fondamentaux de la Plena, et d’un autre coté Zaperoko connait par cœur toutes les variantes et tout ce que l’on propose musicalement, en unissant ces deux forces avec une base aussi solide... ça a été très fort !

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Los metales del terror

BS : Pour en revenir au sujet des racines, celles de la Plena sont de ce qui se fait de plus traditionnel à Porto Rico...

HV : La Bomba, la Plena et l’Aguinaldo aussi, tradition de Porto Rico

EF : et toutes les variantes du Seis qui sont nombreuses, presque chaque village de Porto Rico a son Seis, et de plus les Seis peuvent aussi se jouer en Plena... ou en Bomba... Ils peuvent aussi fusionner...

BS : et peut-on dire que c’est Zaperoko qui a apporté les influences Son, Songo et Salsa ?

EF : oui... pour moi la Plena n’a pas eu la diffusion internationale qu’elle mérite. Je suis un passionné de Plena de toujours. Mais tu sais que dans le milieu de la musique et là où les trombonistes et autres musiciens ont la plus grande exposition internationale, c’est en Salsa, et je me suis consacré à ce genre pas mal d’années... j’avais enregistré la chanson Se Lo Que Es Rumba sur le premier disque de Zaperoko Zaperoko Cosa De Loco [5], et bien c’est une chanson de Rumba avec de la Plena. C’est une composition de feu Frankie Rodríguez, conguero de Larry Harlow, co-fondateur de Zaperoko. Frankie a composé cette chanson et c’est là que nous avons commencé la fusion de la Plena avec la Rumba. Déjà en 1982 nous avions tenté ce genre d’expérience. Quand j’ai écouté la percussion des Pleneros Del Truco, j’ai été impressionné. J’avais déjà joué de la Plena avec d’autres groupes mais quand je les ai écouté je me suis dit : waouh, ça c’est du vrai, une Plena propre avec un sens du rythme bien soigné, et ce n’est pas facile quand on joue ce genre de rythmes.

Auparavant par exemple, l’orchestre de César Concepción y Joe Valle jouait de la Plena et introduisait du Mambo, mais ils commençaient par la Plena et ensuite venait le Mambo. L’orchestre changeait complètement, la Plena disparaissait, il ne s’agissait pas de deux rythmes en même temps. J’ai voulu les mélanger, c’est-à-dire continuer la Plena, avec la Rumba en plus, et sans que les rythmes s’entrechoquent, trouver cette dynamique. Ici entre en jeu Tito de Gracia, je lui ai dit : “tu me joues le Songo et moi je m’arrange avec les pleneros”... Faire aboutir cela était un grand défi, réussir quelque chose qui ne sonne pas comme une bouillie d’instrument, mais comme quelque chose de cohérent.

BS : En revenant au début des années quatre vingt, quand est fondé Zaperoko, avec cette envie de jouer du Songo, y a-t-il eu un parallèle avec Batacumbele qui se constituait à la même époque ?

EF : si, si

BS : Ce qui me surprend c’est que Batacumbele se construisait clairement en regardant vers Cuba, mais avec ce goût pour la Plena, Zaperoko regardait à la fois vers Cuba et vers Porto Rico.

EF : C’était les deux à la fois. Je travaillais avec la Orquesta Revelación de Ismael Miranda vers 1969, et à cette époque nous avons fait un voyage à cuba sur un paquebot. C’est en me baladant à Cuba avec Frankie Rodriguez (connaisseur de la musique cubaine) que j’ai connu cette musique. Il m’avait gravé beaucoup de disques car à l’époque il était difficile à la musique cubaine d’arriver à Porto Rico. Ceux qui avaient accès à cette musique étaient les musiciens qui en étaient fous. Et quand on a été à Cuba, j’étais sur un nuage. On a vu jouer los Bocucos. Ils jouaient sur le quai quand nous sommes arrivés, et nous nous sommes liés d’amitiés avec une partie des musiciens. Ils nous ont invités chez eux, nous sommes allés chez Emilio Rivera... C’était une musique assez rafraichissante, nous avions écouté beaucoup de Son traditionnel et écouter cette nouvelle tendance était rafraichissant. En revenant à Porto Rico, j’ai préparé un arrangement que m’avaient demandé Frankie et Nelson González le joueur de Tres. Nous avions écouté la chanson Talleri(?) de los Bocucos, et j’avais retenu le morceau pour en faire un arrangement. Le morceau a été enregistré en 1980 par la Orquesta Revelación, avec Nelson González au tres, Frankie Rodríguez, Cheíto Quiñones aux cœurs. ET nous avons enregistré ce vinyle sur lequel Ismael Miranda ne chantait pas. Nous voulions faire un disque pour Nelson González con la Orquesta Revelación. Coquito Palacio qui a chanté avec Zaperoko et Miguel Reto qui chanté avec Los Kimbos de Orestes Vilato étaient les chanteurs du disque. On a enregistré un Songo, avec un arrangement que j’avais écrit avec batayeye( ?) [6]... avec Elías Lopes à la trompette, mais le disque n’est pas sorti. Et ensuite Batacumbele est apparu, et Frankie Rodríguez en faisait partie.

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Batacumele (Toros Y Salsa 2004)
Eric Figueroa, Eddie "Guagua" Rivera, Angel "Cachete" Maldonado, Giovanni Hidalgo...

BS : Donc il y avait un lien

EF : Oui, il y avait un lien, nous jouions avec La révélation, il chantait de temps en temps avec Batacumbele et jouait de la percussion. Frankie m’a dit : “bon, ce disque n’est pas sorti, mais on va quand même monter un truc ”, c’est là qu’est venue l’idée. Avec quelques musiciens nous sommes sortis de la Orquesta Revelación et on a formé Zaperoko. Batacumbele c’était vers 1981, et nous en 1982.

BS : J’ai une idée de l’évolution de la Salsa dans les années quatre vingt et quatre vingt dix, mais comment a évolué la musique traditionnelle portoricaine durant cette période, qu’il s’agisse de Plena, Bomba, Seis, Aguinaldo ? L’audience de la Salsa, du Merengue ont elle eu une influence sur ces rythmes ou bien sont ils restés au même niveau ?

MM : le merengue n’est pas de Porto Rico

BS : bien sur, mais il a occupé une grande place à la radio, Porto Rico inclus, et ce que je me demande c’est comment a évolué l’audience de la musique traditionnelle ?

MM : Et bien il me semble que pour la Plena, il y a eu une période pendant laquelle on en entendait vraiment très peu. Elle n’avait pratiquement pas de diffusion et dans les programmations des festivals et des fêtes il y en avait très peu. Nous avons toujours joué un minimum car l’Institut [7] a toujours maintenu tel ou tel festival et pris un groupe de Plena. Et comme nous, plusieurs groupes de Plena ont pu continuer à jouer. Mais à partir de la seconde moitié des années quatre vingt la diffusion de la Plena s’est beaucoup améliorée. Aujourd’hui il doit y avoir entre dix et quinze groupes de Plena actifs

HV : Il y en a plus, bien plus

EF : mais qui soit populaires, un peu connus environ une quinzaine

MM : une quinzaine, et bien sur l’audience actuelle est assez élevée. La Plena est bien installée, on lui donne un peu plus d’espace que ce soit dans les événements commerciaux ou culturels. Elle s’est toujours maintenus dans les événements culturels, la nouveauté c’est qu’elle à un peu plus d’espace dans des programmes non nécessairement culturels parce que le grand public demande des événements avec de la Plena.

BS : Peut t’on dire qu’elle a été sauvée comme un élément de folklore, par la volonté de l’Etat de conserver cette culture nationale et qu’aujourd’hui elle retrouve de l’audience et revit comme une musique populaire ?

MM : j’ai une opinion très personnelle de la raison pour laquelle la musique de Plena, et notre folklore ont été sauvés. Au-delà de la question d’espace ou d’influence gouvernementale, tant qu’il existe des gens comme Héctor ou moi-même nous nous battrons pour ne pas la laisser disparaitre.

BS : la famille Cepeda...

MM : Les Cepeda, les Ayala, nous, les Panderos de Salina

HV : Quinto Olivo

MM : Les Guayacanes de Zarancón, des gens qui sont restés actifs jouant et luttant pour que le genre ne sombre pas. Des mouvements comme celui de Richard qui organise des plenazos de rue pour là où il y a beaucoup de public pour que les gens continuent à écouter, à s’identifier au rythme, écoute, se laisse envelopper par notre folklore, nos rythmes. La Plena a maintenu son audience et son essor. Nous avons eu la chance d’être le premier groupe dont la base rythme est celle de la Plena à être nominés au Grammy avec la fusion que nous avons réalisée sur notre disque de 2004. Nous avons eu une exposition mondiale avec ce deuxième disque Música Universal

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Música Universal

EF : et il ne s’agissait pas du Grammy Latino ! [8] mais le Grammy Grammy ! Nous avons été nominés dans la catégorie Salsa et pas dans la catégorie Album Traditionnel ou Folklore, étant un groupe qui travaille la Plena et qui travaille la musique afro antillaise en termes général, ce que l’on reconnait sous le nom commercial de Salsa. Ce fut très positif car nous étions nominé aux cotés de Celia Cruz, Ismael Miranda

BS : malheureusement avec Celia Cruz [9]... (Rires)

EF : beaucoup de gens sur internet disait qu’elle allait l’avoir, mais on disait aussi “si ce n’est pas Celia, ça pourrait être Truco y Zaperoko”, malheureusement c’était le dernier disque de Celia et nous ne pouvions pas rivaliser, mais ce fut une grande satisfaction d’avoir cette exposition. Ça a contribué à faire connaitre le genre. Mais de toutes façons la Plena a toujours beaucoup plus aux gens de Porto Rico, par exemple la Plena est utilisée lors des grèves, lors des grèves les travailleurs protestent au son de la Plena, que ce soit en usine, chez les fonctionnaires, lors d’une grève nationale, les gens jouent de la Plena comme si c’était joyeux...

BS : Pour les enterrements aussi ?

EF : lors de certains enterrements on organise un plenazo

HV : les politiciens utilisent la Plena pour leurs campagnes

EF : et presque tous les jeunes ont un jeu de panderos pour jouer..

BS : ¿aujourd’hui encore, malgré le Reggaeton ?

EF : oui, ça leur plait, dalleurs quand tu écoute du Reggaeton, ce n’est pas très différent. Regarde l’objectif du Reggaeton : c’est une protestation, cette musique aussi est une expression du peuple. Ce qui ce passe, comme les compagnies commerciales l’ont déjà fait souvent, c’est qu’ils construisent un produit, quelqu’un qui plaise au gens et aux jeunes filles en particulier. Du coup, ils recherchent une figure qui musicalement n’apporte pas nécessairement. Ils comprennent que ce se vend c’est tel type de musique et ils le vendent. Et les groupes qui jouent un autre type de musique ne reçoivent pas le même appui des majors, c’est une réalité.

BS : Revenons à votre second disque Música Universal il a un design particulier, je voudrais que vous me parliez de la pochette :

EF : Le père de l’un des producteurs exécutifs du disque, Aaron Levinson, du label Libertad, était à Porto Rico à un carnaval où il y avait de nombreux masques et il a pris quelques photos. J’avais dit à Aaron que nous voulions une pochette qui puisse nous identifier comme portoricains. La graphiste a vu les photos, Aaron m’a envoyé plusieurs projets et en voyant le premier j’ai dit : ne cherchez plus c’est celui là !

BS : C’est un masque traditionnel de Loiza ?

EF : des Beaux Arts de Porto Rico.

MM : je crois que la photo a été prise lors du festival de masques de Hatillo

EF : moi je crois que c’était à San Juan

HV : ça a pu être lors des fêtes de San Sebastián

MM : il y a de nombreux festivals de masques à Puerto Rico.

EF : Total, ce que vous voyez, c’est bien de Porto Rico, c’est un masque de nos carnavals

BS : et en même temps cette pochette est universelle,

EF : c’est sur, tous les pays ont leurs masques, que ce soit la Chine, le Mexique... Mais celui-ci il est de chez nous, et c’est ce que nous voulons être : un des visages de l’identité portoricaine.

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Descarga finale

BS : ¿un autre disque en préparation ?

EF : oui, nous sommes en pré-production du troisième disque. Les arrangements sont presque près, j’en ai préparé quatre ou cinq, le pianiste en a préparé quelques autres et le tromboniste Luis Quiñones aussi. Il est prévu qu’en rentrant à Porto Rico on commence à enregistrer.

BS : Comment vous choisissez le répertoire ?

EF : concrètement, je choisi le répertoire et je le soumets à leur approbation. J’écoute beaucoup de choses de disques, on me donne beaucoup de chansons... j’essaie d’obtenir pour le disque un équilibre et ensuite je propose d’enregistrer ceci et cela et on se met à discuter avec Miguel et Héctor car Héctor est toujours très attentif à la place que l’on va donner à la Plena, à la tradition, la Plena Plena (rires).

HV : ON a un très bon équilibre car Edwin Feliciano est inflexible, il sait où il veut arriver et nous n’avons pas beaucoup de problèmes à choisir les chansons car il sait déjà a peut près ce qu’il cherche. Nous choisissons quelques Plena et les lui proposons. Quand il en refuse une parce que l’arrangement semble impossible, on en cherche une autre, il y a tellement de Plena traditionnelles et nouvelles aussi.

MM : C’est très important de bien choisir le répertoire. Le premier disque Fusión Caribeña avait un bon équilibre et de beaux textes. Le second a ce même équilibre, avec la même agressivité. Le troisième doit dépasser les attentes dues aux précédents. Ce n’est pas facile de choisir. Nous avons une vision très claire de la proposition musicale que nous voulons pour l’orchestre, et chaque jours nous la précisons un peu plus, c’est très important.

HV : il y aura des surprises dans ce troisième disque, nous allons essayer d’autres choses et ce sera un défi que de faire mieux que les précédent, en particulier mieux que le deuxième et sa nomination aux Grammy.

EF : il est important que le disque soit au minimum de la même qualité que ces prédécesseurs.

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Despues de la entrevista
De izquierda a derecha : Yannis Ruel, Héctor Valentín "El Truco", Miguel Maysonet, Edwin "Zaperoko" Feliciano, Guayacan

BS : C’est la première tournée de Truco y Zaperoko en Europe ?

EF : avec Zaperoko je ne suis jamais venu en Europe. Les Pleneros del Truco n’était jamais venus non plus et pas plus avec Truco y Zaperoko. Il y avait eu des tentatives, mais sans suite, c’est difficile de déplacer ce type de groupe

BS : est-il possible de faire venir ce groupe de dix sept personnes aux USA ? En Amérique Latine ? [10]

EF : aujourd’hui le plus souvent on voit des chanteurs solistes qui jouent avec des groupes locaux d’accompagnement.

BS : nous en avons un exemple récent avec Cheo Feliciano et Mercado Negro à Vic Fezensac

EF : nous de sommes pas un groupe avec lequel on pourrait dire “Héctor Miguel et quelques chanteurs on va faire ce concert ”, ce n’est pas possible.

BS : c’est la même exigence que celle de Bobby Valentín ou Willie Rosario

EF : Willie Rosario et Bobby Valentín ont une musique qui même si elle pourrait être jouée par des musiciens qui jouent en lisant une partition, a des choses en plus. Dans notre cas, il y a une telle variété de fusions de rythmes qu’il est impossible de l’expliquer à quelqu’un en deux jours d’essais pour être au point pour jouer quelque par. De plus, ce serait un manque de respect vis-à-vis du public. Nous sommes un collectif qui travaille ensemble et nous devons rester ainsi. Or le marché latino américain et mondial se prête actuellement plutôt au chanteur qui voyage seul ou avec un directeur musical ou qui que se soit s’il emmène sous le bras les arrangements...

HV : amener quatre musiciens pour qu’ils apprennent à jouer la Plena en deux jours...

HV : ...et qu’ils apprennent à jouer notre fusion...

MM : c’est un concept, pas une personne, c’est un collectif et nous nous déplaçons tous ensemble, chacun a son rôle bien identifié.

BS : Ceux qui n’avaient pas écouté le CD ont pu en avoir une petite idée durant la Balance... mille mercis d’être ici à Dax, remercions François...

EF : ... celui qui a rendu cela possible.

BS : merci à tous et bonne chance pour ce soir.


[1] lire les articles de l’an dernier pour en savoir plus

[2] NDT : Los Pleneros del Truco sont à l’origine un groupe de Plena, musique traditionnelle, alors que Zaperoko est un groupe de fusion Songo/Salsa...

[3] tambours spécifiques à la Plena

[4] NDT : de musiciens

[5] NDT : Zaperoko truc de fou

[6] [NDA : l’auteur n’a pas bien compris le nom...

[7] ICPR Instituto de Cultura de Puerto Rico

[8] depuis 2000, les organisateurs des Grammy Awards (National Academy of Recording Arts and Science) ont créé une seconde série : les GRAMMY LATINOS (accordés par la Latin Academy of Recording Arts & Sciences). Ces derniers ciblent le marché hispanophone...

[9] Celia Cruz était nominée pour son dernier disque, et elle a eu ce Grammy posthume alors qu’elle l’avait déjà eu l’année précédente...

[10] depuis cette interview, Truco y Zaperoko ont joué lors d’un festival à Caracas en 2007, en compagnie de... la Ocho y Media !!!