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2004 Tempo Latino 2

Concerts de "Los Soneros del Barrio" et du "Spanish Harlem Orchestra"

Publié le 15 août 2004, par : Chabelita

Petit résumé de la journée spéciale "New-York" de ce Tempo Latino 2004. 4ème et dernière journée du festival.

La dernière journée du festival 2004 débute sous une chaleur étouffante. Les enfants du cours de percussion nous montrent le fruit de leur travail : après une "comparsa" sur le sable, ils montent sur la scène de « la conga ». D’abord les plus petits chargés des percussions, puis les plus grands armés de trombones pour faire comme Jimmy Bosch !

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La comparsa des enfants du cours de musique
Tempo Latino 2004. Photo © Chabelita.

Plus tard, c’est l’arrivée des Soneros del barrio aux arènes, le vent se lève et l’orage menace : leur balance est écourtée.

Frankie Vázquez en aparté

  • Ce n’est pas la première fois que Frankie Vázquez vient à Vic, il est déjà un habitué des arènes qu’il a foulé avec l’orchestre de Manny Oquendo et avec celui de Jimmy Bosch.
  • Bonne nouvelle : Los Soneros del barrio préparent leur 4ème CD, on vous tiendra au courant. Jimmy Bosch sort un CD en septembre ; ceux de Ricky González et de Jimmy Delgado sont tout frais dans les bacs.
  • Frankie Vázquez on le sait a du talent pour écrire ses textes et improviser, ce qu’on sait moins c’est qu’il écrit les soneos de beaucoup d’autres artistes...
  • Comme tout bon « Sonero », Frankie Vázquez a déjà participé à des joutes amicales entre soneros, notamment au Flamingo à New-York, où il a bataillé à coups d’improvisations contre ses amis José Alberto El Canario, Ray de la Paz, ...
  • Après la France, direction la côte Ouest des Etats-Unis pour Frankie : un concert le 6 août avec "Manny Oquendo y Libre", puis le 13 août retour dans le Gers avec Ray Barretto à Marciac, et le 16 août "Los Soneros del Barrio" se produisent au Flamingo à New-York...etc Un programme chargé !
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Frankie Vázquez
Photo © Chabelita. Tempo Latino 2004.
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Frankie Vázquez + Willie Ruiz
Photo © Chabelita. Tempo Latino 2004.

Les musiciens sont emmenés à la « Maison Bleue » pour goûter à la gastronomie locale. Pendant ce temps, l’orage est sur Vic-Fezensac. Moment d’émotion : le déluge et les éclairs rafraîchissent l’atmosphère mais nous font craindre une annulation. Ce ne serait pas la première fois, on se rappelle il y a quelques années qu’Oscar d’Léon n’avait pas pu monter sur scène. L’orage redouble, le concert est retardé. Les stands de la rue principale plient bagages beaucoup plus tôt que prévu. On nous laisse quand même entrer dans l’arène, c’est bon signe. Les micros et les instruments des musiciens ont été reculés d’un bon mètre. Le ciel est lézardé d’éclairs... Après quelques minutes de patience, on nous confirme que le concert aura bien lieu. C’est un soulagement.

Los Soneros del Barrio

Peu à peu les musiciens entrent sur scène. Frankie Vázquez est très paternaliste avec eux, il les encourage, chacun a droit à sa petite accolade, histoire de souder le groupe. Ils en ont bien besoin car cinq de leurs musiciens "clé" sont absents. L’orchestre a été recruté à la dernière minute suite au désistement de Manny Oquendo et son orchestre « Libre », pour raison de santé. C’est donc le Spanish Harlem Orchestra qui leur prête le timbalero : Chino Nuñez, le bassiste : Maximo Rodriguez, le sax baryton : Mitch Frohman et George Delgado au bongo. Pour le reste Frankie Vázquez est bien là, avec une énergie débordante et des soneos toujours aussi brillants. Il a d’ailleurs de quoi être inspiré en nous voyant au premier rang chanter sous la pluie et trempés jusqu’aux os. La pluie aura la bonne idée de s’arrêter un peu avant la fin du concert.

Los Soneros del Barrio
L’objet de l’orchestre est de reprendre des classiques de la salsa dont beaucoup de gens se souviennent et de leur donner un son nouveau avec des arrangements tout neufs, et avec en plus la technologie et le talent des musiciens d’aujourd’hui. Los Soneros Del Barrio est un orchestre "all-stars", une réunion d’artistes dont la plupart sont directeurs de leur propre formation et solistes hors pairs.

Ne vous y trompez pas, malgré son crâne rasé et son tatouage sur la nuque Ricky González est un charmant et talentueux musicien qui joue du piano debout, et quel piano ! Il est directeur musical de la formation et beaucoup plus. C’est l’un des illustres membres de cet orchestre : pianiste, arrangeur, producteur, bassiste, percussionniste et j’en passe. On pourrait consacrer un article entier (c’est fait ! Voir ici) à Ricky, tellement il y a de choses à dire sur sa carrière et sa gentillesse.
Aux congas on a la chance d’apprécier la vélocité d’Eric Velez, un autre musicien très demandé (il a travaillé avec Marc Anthony, Tito Puente,...) qui a gravé sur son bras droit son amour pour la percussion. Les autres musiciens sont aussi des pointures : Richie Viruét à la trompette [1], José Davila au trombone [2], Willie Ruiz pour les choeurs,... bref une appetissante brochette de musiciens.

Frankie nous invite à danser là où l’on peut : « bailen donde pueden bailar ».
« Hay Craneo » le premier morceau monte vite en puissance sous l’effet du solo de trombone de José Dávila, suivi de l’interaction des trombones et des trompettes (dont celle de Richie Viruét, auteur des arrangements du morceau) le tout ponctué par les interjections « Saoco » ou « Salsa » de Frankie Vázquez. Dès le départ, on est comblé par les improvisations du groupe : si les chansons du disque tournent autour de 4 min 30, ce soir elles vont toutes s’étirer au-delà des dix minutes.

Frankie Vázquez s’adresse au public : « c’est votre musique, pas la mienne, la votre » pour nous inviter à profiter du morceau de la Sonora Ponceña : « Tumba Mabo ». Le morceau arrangé par Ricky González va durer, le chœur se transformer en « Nina, Nina, va coso », sous un déluge d’improvisations de Frankie Vázquez : « mi guaguanco a pesar de la lluvia traigo yo » (« malgré la pluie je vous apporte mon guaguanco »). Le morceau se termine sous des cuivres éclatants et des applaudissements qui le sont tout autant.

« Estos numeritos son todos numeros del ayer, que yo quise hacer de nuevo, para que nuestros niños y la farandula pequeña pueden entender lo que nosotros gozamos cuando yo vivi estos numeros. Porque yo me pasaba de baile en baile disfrutendo de esta música ».

Ces thèmes sont des chansons d’hier, que j’ai voulu reprendre, pour que nos enfants et tous les jeunes puissent comprendre ce qu’on a ressenti quand on a vécu ces morceaux. Quand moi je passais de fête en fête pour m’amuser sur cette musique.

Ces paroles de Frankie introduisent la chanson « Con Los Pobres » écrite par Tite Curet Alonso pour Roberto Roena. Frankie rend hommage aux musiciens invités d’un soir : « y ahora que tengo a Chino tocando los timbales, orgulloso y alegre estoy » (et maintenant que j’ai Chino aux Timbales, je suis orgueilleux et ravi -le thème de l’orgueil revenant dans le choeur de la chanson). Puis revient sur les conditions climatiques : « ¿lluvia ? Pero que traiga la lluvia, que traiga la nieve, seguire cantando hoy » (la pluie ? que vienne la pluie, que vienne la neige, je continuerai à chanter !) avant de laisser la place au solo de trompette de Richie Viruét. Celui-ce se fait voler la vedette par Jimmy Bosch qui ne résiste pas à la tentation de venir faire coulisser son trombone aux côtés de ses copains du « barrio » (notre photo) avec les moñas dont il a le secret, il augmente l’effervescence. C’est le délire dans l’arène.

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Los Soneros del Barrio et Jimmy Bosch.
Photo © Chabelita. Tempo Latino 2004.

Les chansons sont si entraînantes que les danseurs virevoltent dans les flaques. La pluie crée une ambiance particulière.

« Vamos a hacer un numerito que fue hecho por el maestro Johnny Pacheco junto con Justo Betancourt : “el duo dinimica de la Fania” y la version de nosotros : arreglos de Ricky González. »

("Nous allons interprèter une chanson du maestro Johnny Pacheco aux côtés de Justo betancourt : "le duo dynamique de la Fania" et notre version a été arrangée par Ricky González.")

Ce morceau est « Mango, Piña y Marañon » où Ricky González va nous gratifier d’un solo de piano dont on rêve encore. Comment fait-il pour jouer d’une main pendant que de l’autre il alterne sur deux touches avec une rapidité qui nous laisse bouche-bée ?

Retour à la salsa callejera avec « El n°6 » écrite par Ruben Blades pour « Bobby Rodriguez y la compañía ». Chanson idéale pour Frankie Vázquez car elle laisse une très grande place aux improvisations. En clin d’œil à Puerto Rico, on y retrouve furtivement le refrain « Maquinolandera ». Le tout est ponctué par de vibrantes envolées de cuivres qui font frémir de plaisir le public.

« Nos vamos a ir para la casa : ¿una más ? ¿dos más ? ¡ahí na’ ma’ ! ».

« ahí na’ ma’ » popularisé par Ismael Rivera, la Sonora Matancera, Oscar d’Léon,...une valeur sûre qui remporte un franc succés auprès du public qui -même lorsqu’il ne parle pas espagnol- n’a aucun mal à chanter le refrain. Ricky González nous offre un nouveau solo pendant que le chœur se transforme en « Ricky Ricky Lin [3] Gonzá-lez », quatre minutes de piano avec le public qui tape la clave et qui exulte.
Le chœur se transforme ensuite en « Anacoero, anacoero mi guayambao ». En tout un quart d’heure de pur bonheur.

Le final se fait sur la malicieuse chanson « Trucutu » de Tommy Olivencia et Chamaco Ramirez. Les musicens invités ont droit à de longues improvisations : c’est Mitch Frohman qui débute au sax baryton. Quel plaisir un solo de sax baryton ! C’est rare mais toujours surprenant. Puis après une longue série de soneos, Frankie Vázquez invite George Delgado à enflammer son bongo : « ¡Dale candela ! » sur le refrain « George Delgado toca el bongo ». C’est le tour d’Eric « el veloz » Velez, ouh là c’est vrai qu’il est rapide...ça fuse, ça accèlére, ça sonne fort et pur, sur le refrain « Eric Velez, suena la tumbadora ». Puis le portoricain Chino Nuñez aux timbales, là aussi ça va vite « Chino Nuñez toca el timbal » dit le refrain et les autres le poussent : « ¡Rompe el cuero ! » (casse le cuir !). Les cuivres et Frankie Vázquez prennent le relai, Ricky González ajoute à l’effervescence en écrasant quelques touches de son piano. Le feu d’artifice se terminera après plus de 15 minutes de pure folie.

Le concert s’achève trop vite, le public en voulait plus mais le retard ne peut se rattraper, l’autre groupe doit jouer car certains musiciens filent directement après pour l’aéroport. Les Soneros del Barrio laissent la place à leurs voisins du :

Spanish Harlem Orchestra

La pluie s’est arrêtée et nos vêtements ont même eu le temps de sécher.

Maya Roy présente l’orchestre d’Oscar Hernandez en disant qu’ils sont actuellemnt 4ème dans les charts aux Etats-Unis ce qui ne s’est pas vu depuis des lustres.

Oscar Hernandez (piano et direction musicale) débute par un « Bonsoir Vic Fezensac » et présente son orchestre. Le grand absent de la soirée est Rubén Blades qui a chanté sur leur dernier album "Across 110th street" et qui les a suivi dans leur tournée européenne...mais pas en France, dommage ! Nombreux sont ceux qui regrettent aussi que Frankie Vázquez ait quitté le groupe, ses soneos manquent incontestablement. Ray de la Paz, Marco Bermudez et Willie Torres, les trois chanteurs actuels du S.H.O. sont bien là. Le reste de l’orchestre est composé de Bobby Allende aux congas, George Delgado au bongo, Pablo « Chino » Nuñez aux timbales, Maximo Rodriguez à la basse, Joe Jesus, Juanito Bosch et Hector Colon à la trompette, Dan Reagan et Jimmy Bosch au trombone, Mitch Frohman au sax baryton.

Le groupe a progressé depuis leur concert au Bataclan (Paris), les improvisations sont plus nombreuses, même si les trois premières chansons ne dépassent guère les six minutes.

Le concert commence par un « Ven a gozar ahora con la orquesta del barrio » en hommage à la FANIA (« Ven a gozar ahora con la orquesta de FANIA ») en introduction à la chanson « Cuando te vea ».

« Tun Tun suena el tambor » est chantée par Willie Torres, chanson de leur nouvel album qui -ce soir- laisse peu de place aux improvisations. Suivi de « Con la punta del pie » qui voit le premier solo d’Oscar Hernandez, vite accompagné par les cuivres. Après un hommage a Frankie Vázquez, les choses sérieuses commencent avec le cha-cha-cha « Pa’ Gozar » qui débute par les solos de Mitch Frohman, suivi de chacun des cuivres l’un après l’autre. Après ce sera au tour du bassiste Maximo Rodriguez d’avoir son solo. Vous l’avez compris chacun des musiciens va y passer : c’est LE morceau des solos.

Ray de la Paz maîtrise à la perfection « Vale más un guaguanco », avec une belle série de soneos. Six minutes plus tard Jimmy Bosch est appelé sur scène. Le tromboniste -chouchou du public vicois- qui a joué chaque soir depuis des semaines et a multiplié les voyages [4] est venu sur le devant de la scène pour mettre le feu à deux chansons seulement, le reste du concert se fera malheureusement sans lui. Quand il entre sur « Ariñañara » le public l’acclame, quand le chœur l’encourage : « toca, Jimmy toca » et qu’il se met à agiter ses genous en soufflant encore plus fort, le public est hystérique. Cela ravive Chino Nuñez pour un fameux solo de timbales. L’effet « Jimmy » est aussi visible sur le reste de la section cuivre dont l’interactivité s’enchaine sans temps mort. Jimmy Bosch quitte la scène pour « Pueblo Latino », les chanteurs annoncent en chœur le solo d’« Oscar Hernandez ». Très long solo où le pianiste démontre toutes ses qualités, le public apprécie, enfin un morceau qui dépasse les douze minutes.
Les messages des chanteurs entre les morceaux sont dédiés à la promotion du nouveau CD dont voici le titre phare interprété par Ray de la Paz (qui remplace Ruben qui chante ce morceau sur le CD) « Un gran día en el barrio » 6 minutes de soneos que Ray de la Paz dédie aux musiciens qui l’accompagnent. La chanson suivante « Somos Iguales » voit le retour de Jimmy Bosch pour un solo complètement différent du premier mais toujours aussi efficace sur le public.

« Naci para cantar » permet à Ray de la Paz et à Oscar Hernandez de s’exprimer largement.

Ray de la Paz est ensuite honoré puisque Tempo Latino -à travers Maya Roy et Eric Duffau- lui offre le traditionnel bâton gascon baptisé "Benny Moré", en rappelant sa carrière exceptionnelle. Maya Roy insiste sur ses enregistrements magnifiques avec Louie Ramirez. Après les remerciements de Ray de la Paz, ce sont ceux d’Oscar Hernandez qui rappelle que son orchestre a deux ans d’âge et que c’est leur 7ème concert en Europe, le 1er à Tempo Latino et pas le dernier.

« Mama Guela » va clôturer le festival.

« Si vous avez été heureux, on vous invite à revenir l’année prochaine » nous dit Eric Duffau, il termine sur ces mots : « on va se laisser emporter avec un orchestre qu’on souhaite programmer depuis très longtemps en essayant de faire un plateau de salsa japonaise peut être l’année prochaine » (la musique en question accompagne la sortie du public).

Autre confidence d’Eric Duffau dans "Tempo Info" : il voudrait faire venir Rubén Blades en 2005, Rubén Blades dit vouloir faire une pause au Panama pendant quelques années : qui croire ? Réponse dans quelques mois...


[1] Richie Viruét travaille régulièrement avec Tito Nieves et Larry Harlow, mais aussi avec Jimmy Delgado,...

[2] José Davila a joué avec Ray Charles, Manny Oquendo y "Libre", Celia Cruz, Tito Nieves, Fania All-Stars, Ray Sepulveda, Jose Alberto, La India, Marc Anthony, Junior Gonzales, Johnny Rivera,...

[3] Lin : en référence à la mélodie jouée au piano par Ricky.

[4] Exemple : vendredi à Vic-Fezensac, samedi à Milan, dimanche à Vic-Fezensac.