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2008 Toros Y Salsa Festival - Le programme complet (1)

Distinto y diferente ! = Distinct et différent !

Publié le 23 juillet 2008, par : François

Certains chanteurs ont marqué la salsa de leur empreinte. Une forte personnalité, une tessiture vocale unique et des choix artistiques audacieux souvent en marge des courants commerciaux furent les qualités qui contribuèrent à créer et entretenir leur légende. Pour affirmer un peu plus leur popularité quelques uns allèrent même jusqu’à inventer des expressions qui devinrent au fil du temps leur marque de reconnaissance et qui sont désormais associées à leur image pour l’éternité : Célia Cruz et son tonitruant « Azucar ! », Ismael Rivera et l’énigmatique « Ecua Jey ! », Marvin Santiago et son revendicatif « Oficial ! » et bien d’autres encore...

« Distinto y diferente ! » est l’expression définitivement associée au formidable sonero cubain Justo Betancourt que Toros y Salsa a l’immense plaisir de présenter cette année. Fantasque et jovial, aussi à l’aise dans la rumba de rue que dans la plus sophistiquée des salsas, ce chanteur est unique dans la musique afro-caribéenne tant par son charisme que par son parcours artistique. Il est l’invité d’honneur de cette 14ième édition qui une nouvelle fois tentera de ravir les amoureux de salsa mais aussi les profanes venus simplement le temps d’un week-end de douceur, découvrir et partager l’authenticité d’un festival à part ou seuls comptent la convivialité et la passion de la « musica brava ».

« Distinto y diferente ! » ... cette expression pourrait d’ailleurs fort bien s’appliquer au festival qui depuis les premières heures propose à un public de plus en plus nombreux et exigeant des affiches originales, autant de rencontres musicales improbables au cours desquelles l’émotion et la spontanéité ont souvent donné lieu à de monumentales « descargas ».

Car en effet depuis sa création, Toros y Salsa a toujours revendiqué cette distinction et cette différence en offrant dans l’écrin chaleureux du Parc Théodore Denis une programmation originale hors des sentiers battus et au travers de laquelle se sont produits nombre d’artistes au talent généreux mais trop souvent ignorés des circuits commerciaux.

Et c’est là que réside tout le caractère du festival. Evénement unique en Europe où se côtoient la salsa dura et la fiesta brava, les sonorités charnues des trombones et les clarines éclatantes raisonnant dans le ruedo à las cinco de la tarde, les rythmes incandescents des peaux tendues par le soleil de septembre et le galop cadencé du « bicho » fonçant tête baissée dans les volutes insaisissables de la muleta. Une ambivalence que chacun est libre de partager ou de choisir selon son humeur et ses goûts.

Une nouvelle fois, Toros y Salsa invite tous ses publics à partager trois jours de fiesta et à savourer l’exotisme charnel de la musique latine. Seront au rendez vous cette année l’élégant Black Sugar sextet du pianiste Lucho Cueto accompagné par les chanteurs José Mangual Jr et Tito Allen, le Venezuelan Masters Orchestra, un projet exceptionnel réunissant quelques uns des meilleurs salseros vénézuéliens autour de l’infatigable percussionniste Gerardo Rosales, le sonero Justo Betancourt et sa salsa unificatrice qui créera l’événement avec cette prestation unique en Europe. Le festival rendra également hommage au percussioniste cubain Mongo Santamaria, el « mago del tambor », dont l’influence sur le développement musical du Latin-Jazz fut majeure.

Enfin l’inégalable Changui de Guantanamo et ses rythmes aux syncopes dévastatrices pour les reins nous fera l’immense plaisir d’être de nouveau à l’affiche après une prestation très remarquée il y a quelques années.

Toros y Salsa, premier rendez vous musical de la rentrée vous invite une nouvelle fois à voyager au cœur des musiques afro-caribéennes en empruntant les chemins de traverse, ceux-là même qui permettent de pénétrer plus profondément au cœur des rythmes et qui ouvrent des horizons insoupçonnés vers lesquels il fait bon s’abandonner dans la chaleur de l’été indien.

« Distinto y diferente ! »... après s’être approprié cette expression, il était naturel que le festival en invita l’auteur original, l’immense Justo Betancourt, pour partager un moment unique où émotion et fraternité unissent le temps d’un week-end, public et musiciens dans une fraternelle rencontre pour le meilleur de la musique afro-latine.

PROGRAMME 2008 :

- Vendredi 5 septembre

    • 22h30 - Lucho Cueto and the Black Sugar Sextet featuring Tito Allen and José Mangual Jr
    • 00h30 - Gerardo Rosales presents the Venezuela Master Orchestra

- Samedi 6 septembre

    • 19h30 - Grupo Changui de Guantanamo
    • 22h30 - Lucho Cueto and the Black Sugar Sextet featuring Tito Allen and José Mangual Jr
    • 00h30 - Justo Betancourt

- Dimanche 7 septembre :

    • 19h30 - Tributo a Mongo Santamaria
    • 22h30 - Venezuela Master Orchestra

LUCHO CUETO AND THE BLACK SUGAR SEXTET
featuring TITO ALLEN and JOSE MANGUAL Jr

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Black Sugar Sextet

En 1965, un tournant majeur dans l’histoire de la musique latine apparait à New-York. Berceau même de la culture afro-latine et point de départ de certains courants musicaux la « grande pomme » subit de plein fouet un style musical éphémère qui deferlera comme un véritable raz de marée, répondant aux attentes de toutes les minorités latines et noir-américaines mais également s’adaptant aux changements sociaux d’une société en devenir. Les jeunes nu-yoricans, première génération d’immigrés à naitre aux USA mais aussi leurs ainés installés à NY depuis l’immigration massive de 1917, à la fois ancrés dans leurs racines mais profondément influencés par la société américaine, sont à l’origine de ce courant musical frais et entrainant d’abord crée pour les danseurs.

Ce rythme reflète l’évolution de la musique latine dans l’amérique de l’après guerre en fusionnant les rythmes afro-caribéens joués par les grands ensembles de Machito ou Tito Puente et les musiques afro-américaines comme la soul et le rythm and blues. Les chansons sont désormais chantées en anglais, le tempo plus simple est déplacé sur le temps et le format des orchestres est réduit. Ainsi, les sections de trompette, saxophones et trombones disparaissent avec les choristes et le vibraphone devient un élément mélodique important avec la batterie.

Le nom qui reste le plus emblématique de cette période est sans aucun doute celui de Joe Cuba avec son sextet dans les rangs duquel on trouve les chanteurs Cheo Feliciano et Jimmy Sabater. Comment expliquer alors l’engouement énorme qu’obtint le groupe et ses émules avec seulement un vibraphone, une basse, un piano et une section de percussion réduite ?

Tout d’abord les textes changent et reflètent mieux désormais le quotidien des « nu-yoricans » ; ensuite la synérgie étroite entre la basse, la conga et le piano crée un tissu rythmique solide d’ou émane un swing envoûtant qui accroche inéxorablement le public. Enfin le vibraphone et ses sonorités aériennes se charge de la partie purement mélodique comme savaient si bien le faire les grands orchestres de jazz de l’époque.

Dans les années 80, ce type de formation prendra un nouveau tournant avec notamment la création du groupe « Seis del Solar » du chanteur emblématique Ruben Blades qui réussit à synthétiser toute la fougue de la salsa et la créativité du latin-jazz.

C’est cette formule que Lucho Cueto, pianiste talentueux d’origine péruvienne et installé à NY a choisi pour son premier disque en tant que leader. Lui qui a accompagné à peu prés tous les grands salseros pour devenir l’arrangeur et pianiste du grand Willie Colon, a décidé de rendre hommage à ce type de groupe en formant un sextet soudé autour du vibraphone. Composé de musiciens portoricains, vénézuéliens et américains, le Black Sugar Sextet résume bien le melting-pot des cultures qui existe encore à NY et qui finalement fut à l’origine du mouvement du Boogaloo.

Mais on est également ravi de compter parmi les membres du groupe des invités de marque comme le formidable chanteur de Salsa Tito Allen que Dax n’avait pas revu depuis 10 ans et le percussionniste chanteur José Mangual Jr qui fut à l’origine du renouveau de ce style il y a quelques années avec la création de Son Boricua avec son compère Jimmy Sabater. Plusieurs générations se côtoient ainsi dans ce groupe ce qui lui donne une saveur et une approche artistique particulière, parfait mélange entre la tradition et la salsa d’aujourd’hui aux arrangements sophistiqués.

Pour sa première présentation en Europe Lucho Cueto et ses acolytes du Black Sugar Sextet ont répondu présent à l’invitation du festival et ils défendront avec fierté et honneur cette époque euphorique ou la fusion du jazz et de la salsa permit à la musique latine d’émerger à nouveau et de lutter à armes égales avec les musiques afro-américaines grâce au métissage des cultures qui, quelques 40 ans après demeure toujours aussi présent.

GRUPO CHANGUI DE GUANTANAMO

Né dans la seconde moitié du XIXème siècle dans la province de Guantanamo, le changuï symbolise à lui seul le métissage culturel à l’origine de l’identité cubaine et de sa musique. On peut en effet identifier à travers son instrumentation et sa structure musicale les apports de l’Espagne la colonisatrice, de l’ancestrale Afrique et même de la toute proche Haïti et ses influences françaises.

Genre d’origine rurale, le Changuï tire son nom d’un terme désignant une fête ou une réunion familiale durant laquelle danses et chants célèbrent la joie et la convivialité.

Considéré comme antérieur au « son » cubain, il s’en démarque par l’absence des claves et de la guitare. Généralement de format réduit, un groupe de Changui est composé d’une marimbula un lamellophone d’origine africaine faisant office de basse, d’un tres, des bongos et d’un « guayo » sorte de râpe à légumes frotté avec une baguette, auxquels s’ajoutent les maracas généralement joués par le chanteur soliste.

La principale caractéristique du changui réside dans la perpétuelle conversation rythmique entre les bongos et le tres, faite de contretemps et de mesures fragmentées à l’instabilité déroutante qui contrastent avec le rythme répétitif de la marimbula et du guayo. Le chant est composé de vers appelés coplas soutenus par les chœurs accompagnés à l’unisson par le tres lors du refrain.

Les bongos traditionnels souvent de sonorité plus grave que les bongos actuels, s’accordent à la chaleur d’une flamme voire même en versant quelques gouttes d’eau à l’intérieur des fûts qui en séchant retendent les peaux et leur donne selon le directeur actuel du groupe une sonorité typique.

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Changuï de Guantanamo
Photo © J P. Gomez

Cette démonstration réalisée dans les loges lors de la venue du groupe en 2003 laissa sans voix les musiciens portoricains et vénézuéliens présents !

Ce sont eux qui donnent au genre toute sa spécificité en développant tout au long des morceaux des improvisations endiablées toujours en opposition par rapport au temps ce qui confère paradoxalement une forte intégrité rythmique à l’ensemble.

Mais le Changui s’est aussi la danse. Exécutée en couple, le changui est caractérisée par des mouvements fluides faits d’élégants déhanchements et de petits pas glissés répondant ainsi au rythme cadencé des bongos et du tres. La danse aux accents nonchalants contraste avec l’énergie développé par le rythme.

Avec le Changui de Guantanamo, groupe fondé en 1945 par le phénoménal tresero « Chico » Latamblet, ce genre perdure encore à Cuba notamment dans l’Oriente et bien que farouchement attaché au format traditionnel, le groupe introduisit une guitare imprimant ainsi une pulsation plus moderne et sans doute moins déroutante pour le public européen.

Lors de leur venue en 2003, ce groupe avait séduit par son authenticité et la virtuosité de ses musiciens mais il n’avait pu se produire avec son couple légendaire de danseurs. Ce sera chose faite cette année et c’est avec bonheur que l’on retrouvera la formation au complet qui pourra enfin nous offrir la vraie essence du Changui, cette communion étroite entre les musiciens et les danseurs, entre le rythme effréné des bongos et du tres, la gouaille et l’improvisation du chant et le pas cadencé mais plein de grâce des danseurs.

Toros y Salsa a toujours eu le désir de s’ouvrir aux genres actuels comme le Latin-jazz mais également de maintenir les rythmes traditionnels qui sont la base même de la musique afro-caribéenne. Un mariage souvent émotionnel et chargé d’histoire.

La suite ICI.