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Sergio Rivera y Grupo Caribe

Publié le 1er août 2005, par : Maya Roy

L’énergie musicale du Grupo Caribe avait déjà enchanté le public de Tempo en 2001 grâce à la variété de son répertoire et à la qualité de ses musiciens. Depuis sa fondation en 1996, il n’a jamais démenti l’idée directrice de son leader et pianiste Sergio Rivera : obtenir avec une formation de neuf musiciens une salsa étincelante qui sonne comme s’il s’agissait d’un big band. C’est que ces neuf là ont une telle expérience qu’en dépit de leur modestie légendaire, ils incarnent des décennies d’histoire de la salsa en marge de l’incontournable Fania. Un critique a dit d’eux qu’ils étaient « l’essence même de l’axe musical Cuba-Porto-Rico-New York...Un vrai mambo céleste ! » comme le dit une de leurs compositions, et c’est la vérité.

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Grupo Caribe - Son De Melaza

La plupart de ces musiciens ont travaillé avec les plus grands de la musique cubaine, de la salsa et du jazz, Tito Puente, Machito, Mongo Santamaría, Mario Bauzá, Eddie et Charlie Palmieri, Larry Harlow, la Típica 73... Une section rythmique complète, basse, congas, timbal et bongó, une section cuivres comprenant un trombone, un saxophone ténor et une trompette, et des arrangements où trompette et trombone jouent une ligne mélodique en contrepoint du sax, assurent au Grupo Caribe une sonorité originale que l’on identifie très vite. Le percussionniste José Madera, qui a travaillé pendant 30 ans avec Tito Puente et enregistré aussi avec des artistes de la scène Rythm and Blues), est l’un des arrangeurs les plus en vue de la scène new yorkaise. Le trompettiste Tony Barrero a fait partie pendant de longues années des orchestres de Duke Ellington et de Count Basie et, outre Machito et Tito Puente, il a travaillé avec le percussionniste et vibraphoniste Louie Ramírez. Louis Bauzo aux congas est avec le saxophoniste, clarinettiste et flûtiste Al Acosta et bien sûr Sergio Rivera co-fondateur du groupe.

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Cada Loco Con Su Tema

Sergio Rivera est né le 3 janvier 1953 à Brooklyn de parents portoricains, et sa grand-mère qui l’élève était originaire de la Calle Calma à Santurce, célèbre rue où est né également le sonero portoricain Ismael Rivera. Ses oncles sont musiciens à New York et il plonge dans la musique des années 60 : Eddie Palmieri, Ray Barretto, Richie Ray, mais aussi Tito Puente ave la Lupe, Machito avec Graciela et Tito Rodríguez. Du côté des danseurs latins, la pachanga avec Pacheco bat son plein, mais le jeune Sergio Rivera s’intéresse aussi beaucoup à la soul des afro-américains : Wilson Pickett, Stevie Wonder, The Supremes...Dès l’âge de 10 ans, il a envie d’apprendre le piano, mais c’est un instrument trop cher et il doit se contenter d’abord de la guitare et de la contrebasse de ses oncles. Il entre dans un lycée professionnel car on veut faire de lui un électronicien, mais comme il y a là une pièce insonorisée avec un piano, il y passe le plus clair de son temps.

À 15 ans, il devient pianiste d’un groupe amateur, Orchestra Heavy, qui s’inspire du répertoire de ses idoles, les grands noms de la salsa et du Latin jazz, dans cette époque intermédiaire entre la folie mambo du Palladium et le règne de la Fania All Stars. Et c’est avec l’orchestre La Conspiración d’Ernie Agosto qu’il va entrer pour la première fois dans un groupe de renom : on est en 1973, il a vingt ans et il devient musicien professionnel tout en étudiant la théorie musicale et l’harmonie. Il va rencontrer dans ce groupe, symbole de l’époque la plus rebelle de la salsa underground, des personnalités comme le conguero Gene Golden ou le sonero cubain Miguel Quintana.

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Aguacero No Me Moja

En 1974, il entre dans l’orchestre du percussionniste Kako, puis dans le Conjunto Melao, dirigé par le bongocero « Chino » Cruz de Jesús, avec lequel il enregistre 3 albums. Sergio raconte qu’il a énormément appris à cette époque des arrangements complexes du trompettiste José Febles. Puis en 1976, il rejoint l’orchestre Los Kimbos, une scission de la Tipica 73, dirigé par le timbalero cubain Orestes Vilató. Il enregistre 2 albums en 78 et 79, et il est l’arrangeur du thème éponyme du second album, Aguacero no me moja. C’est là aussi qu’il fait la connaissance du trompettiste du Grupo Caribe, Tony Barrero. Il enregistre également avec le groupe du joueur de tres Charlie Rodríguez, avec entre autres José Clausell (aujourd’hui percussionniste d’Eddie Palmieri), le trompettiste Chocolate Armenteros.

En 1979 il quitte New York pour Porto Rico où il travaille avec Julio Castro y la Masacre, puis avec l’orchestre de Cortijo où il rencontre al Acosta, son futur saxophoniste, et il enregistre en 1980 ce qui sera le dernier album du grand percussionniste portoricain, El sueño del maestro. La consécration sera un concert magistral au Carnegie Hall de New York.

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La Masacre

Pourtant, Sergio Rivera décide en 1981 de quitter un temps la scène musicale pour reprendre des études supérieures aux États-Unis. Mais l’appel de la musique se fait à nouveau entendre. Un jour de 1990 où il évoque les souvenirs des années 70 et les jam sessions de Brooklyn avec le timbalero Ray Cruz, ils décident de fonder un nouvel orchestre, Cruz Control. Sergio Rivera se remet à écrire, mais comme le premier engagement arrive très vite sans qu’ils aient encore fixé quels cuivres utiliserait le groupe, ils cherchent deux trompettistes et trouvent... deux trombonistes. Comme ce sont deux « grands », Dave Chamberlain et Lewis Kahn, tout se passe bien, avec un répertoire qui puise aux sources de Tito Puente et Tito Rodríguez dont Sergio Rivera a adapté les partitions au dernier moment. En plein règne commercial de la ballade-salsa sirupeuse, la salsa monga comme disent les musiciens portoricains, le public apprécie le retour au old style, ce qu’on appellera « le grand retour de la salsa dura », celle dont rêvaient les vrais danseurs amants de la musique. Et cette expérience permettra à Sergio Rivera de mûrir le concept du Grupo Caribe.

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Un Congo Me Dio La Letra

Nul doute qu’à écouter les trois CD de l’orchestre Son de Melaza, Ritmo Caribe et l’étincelant Un Congo me dió la letra, on perçoit la façon magistrale dont le groupe a intégré la diversité des rythmes qui font la richesse de la Caraïbe. Le dernier album est un bijou qui alterne compositions originales et arrangements, avec une grande variété de rythmes qui sont un hommage à la culture caribéenne et à Porto Rico : plena, guaracha, guaguancó, cha-cha-cha, son, mambo, latin jazz.

Grupo Caribe, un orchestre qui ne fait pas dans le clinquant médiatique, mais dans la qualité : à découvrir ou à redécouvrir d’urgence.