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Santos Colon - Biographie

Un Saint (Santo) dans l’Histoire

Publié le 1er mai 2006, par : Chabelita, Mario "Speedy" Gonzales

 [1]

Dans l’histoire de la musique américaine, en particulier pendant la grande époque des Big Bands, le “crooner” a joué un rôle primordial ; c’est grâce à sa capacité à naviguer entre les différents versants de la musique que le show avait du succès.

Le “crooner” était un chanteur qui interprétait les mélodies avec un style doux et sentimental.

Un crooner tombe du ciel

Pendant la période des Big Bands, la musique latino-Américaine aussi a eu ses “crooners”. Lorsque cette dénomination s’appliquait à l’environnement latino-Américain, elle présentait une différence par rapport à son concept original, car les “crooner latinos” devaient outre interpréter des mambos, sons, guarachas et guaguancos, démontrer toute leur versatilité à l’heure de chanter des boléros.

Santitos Colón se glissait parfaitement dans ce groupe privilégié de chanteurs, car il possédait un ton de voix mélodieux et raffiné, pas très commun chez les chanteurs d’origine latino-Américaine .

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el "crooner"

Angel Santos Colon Vega (dont les parents s’appelaient Francisco Vega et Felicita Colon) est né le 1er novembre 1922, à Sabana Grande -Porto Rico-, terre de grands artistes.

Alors qu’il est à peine âgé d’un mois ses parents déménagent à Mayagüez, ville où il dévoilera ses dons artistiques.

En 1935, âgé de 12 ans, Santitos se joint à Lester Cole pour former le “Duo Juvénil”, rebaptisé parfois “Dúo Azul” (Duo Bleu) ; les activités de ce duo se restreignaient à quelques présentations au niveau estudiantin.

Quelques années plus tard il intègre l’orchestre du saxophoniste Frank Madera avec qui il commence sa carrière professionnelle. Santitos, encore mineur, pouvait seulement se présenter dans des shows diurnes ou dans la toute jeune radio WPRA où parfois il s’alliait au “Duo Los Huastecos” dans lequel ressortait un Efraín “Mon” Rivera émergent et Germen Vélez père du chanteur Wilkins [2]. Avec eux il effectuait des auditions pour la susdite émission de radio où il interprétait des chansons populaires mexicaines, vêtu pour l’occasion comme un parfait cavalier mexicain.

Efraín “Mon” Rivera y Gilberto Monroig

Il est resté avec Frank Madera jusqu’en 1944. N’étant pas retenu pour les enregistrements du groupe, il part vers de nouveaux horizons. Ainsi il commence à bénéficier d’un karma qui le poursuivra jusqu’à la fin de sa carrière et qui se caractérise par le fait de ne pas être l’acteur principal des orchestres auxquels il a participé.

Il part vers San Juan et s’unit au pianiste William Manzano avec qui il joue pendant quelques mois.

Ensuite il est appelé par le trompettiste Miguelito Miranda pour faire partie de son orchestre. Ce groupe sera le premier avec qui notre héro enregistrera en 1948, le grand succès de ce disque est le boléro “Dímelo” composition de Miranda lui-même.

Santos Colón y la Orquesta de Miguelito Miranda en el Palladium

L’année suivante il alterne avec le fameux Gilberto Monroig comme vocaliste de l’orchestre Tropicana dirigé par le pianiste Rafael Elvira. Puis, découragé, il décide de tenter sa chance dans la Grande Pomme et émigre en 1950 à New York.

Un Saint à New York

Une fois installé dans la ville des gratte-ciel, Santitos intègre l’orchestre du trompettiste pour une période de deux ans.

En 1952 et jusqu’en 1953, Colon passe par les orchestres du saxophoniste espagnol Tony Novo et de José Curbelo, c’est dans ce dernier qu’il entre en contact avec des noms prestigieux du milieu latino. Grâce à ces échanges et recommandé par Willie Bobo et Mongo Santamaría, il finit par intégrer l’orchestre du “Roi” Tito Puente.

Mongo Santamaría y Willie Bobo, fundamentales en la difusión de Santos Colón

Santitos est appelé par Puente pour combler le poste laissé vacant par Gilberto Monroig, son compère dans son dernier orchestre portoricain. Un certain Ray Barretto aussi se présentera à l’appel de Tito (indiqué par Santitos) à la place de Mongo Santamaria.

C’était en 1957 et la direction du label RCA Victor lance le désormais classique : “Dance Manía” (RCA Víctor-LP-1692) immense succès du “Roi des Timbales” et pour certains le disque le plus marquant de toute la carrière du maestro des timbales.

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1957 - Dance Manía, el debut de Santitos con Tito Puente

Sur cette production Santitos s’illustre sur le morceau “Siempre Junto A Ti” du compositeur cubain Pepe Delgado, chanson qui restera dans son répertoire jusqu’à la fin de sa carrière.

Dès lors le succès fut total, Colon connut la célébrité au sein de l’orchestre de Puente et tout en brillant sur les morceaux sentimentaux, il savait aussi démontrer toute sa veine swinguante dans l’interprétation de guarachas, mambos et sons. Il restera douze ans dans l’orchestre de Tito quand en 1969 il est lancé en tant que soliste par la Fania.

Sa relation avec Puente était si forte que c’est ce dernier qui l’a produit et qui lui a écrit ses arrangements pour son 1er disque indépendant “A Portrait Of Santos Colon” - (1969 - Fania - LP-359).

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Portrait Of Santos Colon - El primer disco como solista

De fait, Santos Colón n’a jamais laissé de côté “Le chef” (c’est ainsi qu’il appelait le maestro), à différentes reprises il a participé à des productions et à des concerts de ce dernier comme invité spécial. Leur ultime concert remonte à 1997 à l’occasion de la célébration des 50 ans de carrière du plus grand des timbaleros.

Tito Puente fut fondamental dans la carrière artistique de Santitos, il n’a pas laissé son auréole s’éteindre lorsque les salles de bal ont fermé marquant la décadence des Big Bands, dans la décennie 60, au contraire il amenait le chanteur à toutes les représentations où il était invité, indépendamment de qui l’invitait, alors qu’il avait déjà des chanteurs dans son groupe.

Ce fut le cas pour les concerts du Village Gate et du Red Garter avec la Tico et la Fania All Stars à la fin de la première gloire des années 60.

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Fania y Santitos en “El Cheetah”
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En el “Village Gate” junto con Puente y la Tico

Plus tard, en 1969 la Fania le recrute définitivement, (une fois dépassée la politique de chasser des jeunes talents latinos) pour faire partie du groupe officiel, participant à tous les concerts du groupe.

Il était là en ce jour historique où la Fania s’est présentée au Cheetah, il fut aussi du voyage au Zaïre -en Afrique- pour le concert en première partie du match de boxe du siècle entre Mohammed Ali et George Foreman. Il a aussi été au Japon, de même qu’à la célèbre représentation inachevée de la Fania All Stars au Yankee Stadium.

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Tito Puente : Como Santos Colon No Hay Mejor

Le saint ne fait pas de miracles

Malgré la reconnaissance de son talent d’interprétation, Santitos a eu des difficultés à se fondre dans le nouveau concept musical né à New York : la salsa.

Habitué à son rôle de “crooner” Colon ne s’est pas facilement adapté au nouveau courant, nous ne savons pas si c’est un choix personnel (puisqu’il a préféré enregistrer des boléros dans sa période soliste) ou s’il a été mal orienté. Ce que nous savons c’est que ce n’est pas par limitation car il chantait n’importe quel rythme comme peu peuvent le faire. Sans doute à cause de cette identification au boléro, on ne le reconnaît pas en tant que salsero dans toute l’acceptation du mot.

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Santitos - Eterno bolerista

Son attitude aidant à forger le mythe de ne pas être un acteur principal, Santitos n’a jamais enregistré un disque entièrement salsa. Il se limitait à participer dans les choeurs de ce type de productions et il était très sollicité par les stars de la salsa.

Ce fut tout au long de ses participations que Colon a construit sa réputation d’être un des meilleurs choristes de l’histoire de la salsa.

Nombre de personnes de l’époque des Big Bands partirent vers le jazz, pour ne pas se perdre dans l’immensité des incertitudes qui ravageaient la musique latine. Dans cette phase de changements, Santitos a préféré les boléros, ce rythme qu’il dominait à la perfection, cette option fit qu’il s’éloigna du virage prit par la vague salsa.

L’auréole du Saint s’éteint

A la fin de sa participation à la Fania All Stars, Santos Colon aborde un déclin dans sa carrière artistique. Donnant toujours la priorité à ses enregistrements de boléros et alternant éventuellement avec son mentor Tito Puente il tentait en vain d’imposer son style.

Après avoir profité du succès jusqu’à la fin des années 70, Colon passe trois ans sans entrer dans un studio d’enregistrement.

En 1982 il lance la production “Para Recordar” (un florilège de boléros romantiques mélangés avec le hit “Feelings” du brésilien Morris Albert). Sa dernière tentative pour s’intégrer de nouveau avec succès au marché phonographique, alors que la vague était tout autre : cette même année la salsa romantique sortait de sa phase foetale avec Louie Ramirez et allait se convertir en une dure réalité pour beaucoup qui comme Santitos vivaient encore du boléro et du romantisme traditionnel.

En 1991 et 1992 Santos Colón reçoit un hommage de la part de ses collègues de la profession : Tito Puente, [Andy Montañez - >mot14], Cheo Feliciano, Willie Rosario, Ismael Miranda, Paquito Guzmán, Chucho Avellanet, Tony Vega etc... à travers le spectacle “Cumbre De Gigantes”.

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Siempre estuvo junto a “El Jefe” Tito Puente

L’année suivante au Arecibo Country Club il reçoit un nouvel hommage. Ce concert fut baptisé “Noche De Nostalgia” avec la participation de divers artistes du milieu latino.

A ce moment là le boléro s’était revitalisé avec Luis Miguel et Charlie Zaa qui amenèrent le retour d’un romantisme avec des thèmes traditionnels dans leurs productions. Une nouvelle vague de « bolérisme » envahit l’espace musical, la Disco Hit lança alors des compilations de hits de Santitos avec un succès relatif. Les productions “Mis Grandes Éxitos En El Bolero De Amor” (1994 - Disco Hit -8024) ; “El Bolero De Amor Vol. II” (1994 - Disco Hit-8062) font partie de ce « Revival ».

Entre présentations et participations aux disques d’autres artistes Santitos entame l’année 1998 avec la quasi prophétique production : “Un Santo Para La Historia” (Disco Hit-8143) où il démontre tout son talent pour le boléro à travers des remakes de classiques comme “Usted” ; “Frenesí” ; “Siempre Junto a Ti” etc...

Dans la nuit du 20 février de la même année alors qu’il allait participer à l’enregistrement d’un disque de boléros, en duo avec la consacrée Carmen Delia Dipiní, un douleur subite à l’estomac l’empêcha de consolider cette union musicale.

Malheureusement au lieu d’aller consulter un spécialiste il partit se reposer chez lui et le lendemain -21 février 1998- il souffre d’une attaque cérébrale qui le conduira à la mort, à 19 heures en ce jour fatidique.

Les médecins découvrirent que Santitos avait un cancer de la prostate en phase terminale, l’artiste n’a jamais traité ce problème, peut-être n’en connaissait-il même pas l’existence.

Une anecdote curieuse dit que lors d’une de ses dernières apparitions à la TV, quelques jours avant son décès, il a oublié les paroles du morceau “Horas Y Minutos”, boléro qu’il a interprété tout au long de 30 ans de carrière, alors que cela ne lui était jamais arrivé.

Santitos Colón ne fut pas un incompris, sa façon d’être discrète a forgé de lui une image d’artiste de second rôle, c’est regrettable car tous ceux qui l’entendent chanter reconnaissent son talent inégalable.

La phrase initiale de cet écrit (...“oublie-moi si tu peux, je te défie...”) n’a jamais cadré avec sa façon d’être, au final les Saints sont aussi pacifiques qu’une bonne mélodie sentimentale.


Cet article est tout spécialment dédié à notre ami Caiado, camarade chroniqueur du Salsa Brasil On line et mélomane brésilien.

Traduction : Chabelita /Auteur : Mario "speedy" Gonzalez.


[1] "oublie-moi si tu peux, je te défie".

[2] celui du hit “Margarita” du film “Salsa” avec l’ancien de Menudo Robby Rosa.

  • Message 1
    • par , 29 mai 2007 - Santos Colon - Biographie

      Not bad, I’m glad to see that my father still holds some interest. I wish that it could have been written in english.

      Thanks for the memories,

      Santos Vega-Colon Jr.

      • par Chabelita, 30 mai 2007 - Santos Colon - Biographie

        Thanks for the message

        Our english is not good. We put the article in french and spanish.

        May be one day somebody will translate it in english.

        Best regards

        Chabelita