Syndiquer tout le site

Article

2005 Toros y Salsa Festival / concert de Ray Barretto à Dax

Publié le 1er décembre 2005, par : Chabelita

JPEG - 919.6 ko
Orchestre de Ray Barretto à Dax 2005
JPEG - 957.7 ko
Orchestre de Ray Barretto à Dax 2005

La scène du festival Toros y Salsa haut lieu de la célébration de la descarga n’a pas failli à sa réputation pour sa 11ème édition.

Cette année François Charpentier (directeur artistique) rêvait de Ray Barretto et Los Papines sur la même scène. Rêve devenu réalité.

JPEG - 963.9 ko
Ray Barretto, Carlos Esposito, Billy Carrion

Ray Barretto est arrivé à Dax avec un orchestre inédit. Seuls deux membres de l’effectif de Montreux étaient présents : les chanteurs Frankie Vazquez et Billy Carrion [1]. Les places manquantes ont été comblées par des monuments : les membres de l’orchestre Batacumbele qui ont pris un abonnement annuel pour la ville thermale : Eddie "gua gua" Rivera (basse), Charlie Sepulveda (trompette), Anthony Carrillo (timbales), Toñito Vazquez (trombone), Angel Machado (trompette). Le pianiste Manolo Navarro et les 3 membres de l’orchestre franco-vénézuélien CKS La Banda : Carlos "kutimba" Esposito, choeur ; Jésus "Tantana" Flores, bongo ; Eric Lachaud, trompette) complétaient les rangs.

JPEG - 851.3 ko
Frankie Vazquez
Dax 2005

Le quatrième concert de la nuit [2] a commencé par La Hipocresia y la falsedad un des succès de Barretto reconnaissable dès ses premières notes (piano, roulement des timbales et riffs de cuivres). Après les soneos [3] classiques de Frankie Vazquez, les spectateurs ont pu apprécier le piano accompagné par les congas de Ray Barretto et la basse d’Eddie "gua gua" Rivera.

Le piano s’est interrompu par le geste bien connu des deux mains de Barretto tombant en même temps sur ses congas simultanément avec les riffs de cuivre et ceci plusieurs fois consécutives. Cela non pas pour terminer le morceau mais pour introduire un solo de trompette du virtuose Charlie Sepulveda, entrecoupé par un déluge des timbales d’Anthony Carrillo. Ce dernier est maigre et élancé mais lorsqu’il joue des timbales des muscles insoupçonnés -presque irréels- apparaissent sur ses bras. Le voir jouer est hypnotisant.

JPEG - 958.9 ko
Anthony Carrillo, Ray Barretto, Toñito Vazquez
Dax 2005
JPEG - 965.8 ko
Anthony Carrillo avec l’orchestre de Jerry Medina
Dax 2005

La fin du morceau a été plutôt bizarre pour les habitués, l’explication en a immédiatement été donnée par Ray Barretto lui-même : "eso se llama la falta de ensayo" s’excuse-t-il (Cela s’appelle le manque de répétitions.).

Il a ensuite remercié son auditoire dans un français mélangé d’espagnol, disant qu’il tient ce public dans son cœur. Particulièrement loquace il rajouta :

"Pour le prochain morceau je remercie tout particulièrement Los Papines. Je les ai rencontré pour la première fois lors d’un de leur voyage à New York. Ils m’ont donné un de leurs disques qui comportait une très jolie chanson. Nous l’avons incluse dans un de nos albums il y a 10 ou 15 ans de cela, elle dit...Qu’est-ce qu’elle dit Frankie ?

"Seguiré" lui répondit son chanteur.

"Nous devons à Los Papines la présence de ce morceau dans notre répertoire. POUR LOS PAPINES !

Frankie Vazquez entonna la chanson : "Seguiré, seguiré sin soñar, sin volverte a besar". Avec un Anthony Carrillo déchaîné sur ses timbales. Cette chanson a libéré le Sonero improvisant en hommage à Ray Barretto et aux Papines. Des riffs de cuivre ont mis fin aux éloges, laissant la place à une attaque de Carrillo aux timbales. A un moment il a calé ses coups de cymbales sur les riffs de cuivres, le parallélisme répété trois fois était du plus bel effet.

JPEG - 965 ko
Anthony Carrillo, Ray Barretto
Dax 2005
JPEG - 950.1 ko
Anthony Carrillo, Ray Barretto

Ray Barretto en bon maître de cérémonie a présenté la suite : "Al ver sus campos lloro (un jibarito herido)". Nos oreilles ont été attirées par un passage axé sur le bassiste et le pianiste. Celui-ci assez long a laissé Eddie "Guagua" Rivera exprimer tout son talent, captivant l’auditoire par une belle virtuosité et une grande diversité dans son jeu. Le morceau s’est terminé façon descarga : un truc complètement désorganisé mais qui a eu un effet euphorisant instantané sur le public. Avant que le final du morceau lancé par Ray Barretto ne vienne remettre de l’ordre dans tout ça.

Le quatrième morceau a commencé par un solo de Ray Barretto frappant fort le cuir, faisant des accélérations à peine croyables pour son âge et son état de fatigue (il arrivait d’un concert à San Juan de Puerto Rico). Des passages plus mélodiques lui permettaient de reprendre son souffle. Au bout de deux minutes Frankie Vazquez a hurlé "BARRETTO" pour inciter le public à applaudir et mettre fin au solo. Mais le Maître ne comptait pas s’arrêter là, repartant de plus belle, accélérant de nouveau puis effleurant les congas devant un public exultant. Une minute plus tard une autre accélération. Inimaginable. Instant rare et indicible. Le morceau "La Claridad" ne commencera qu’après plus de 4 minutes de Barretto seul sur ses 4 congas à 76 ans ! Les thermes de Dax véritables bains de jouvence pour Barretto ? Non, c’est plutôt la passion pour la musique qui l’anime.

"ay no que oscuro esta quiero bailar en la claridad" [4]

Frankie Vazquez rendra un autre hommage à Barretto dans ses improvisations. Juste après les doigts d’Eddie "guagua" Rivera ont attiré notre attention sur la basse alors qu’il exécutait quelque chose qui nous paraissait très inédit en salsa, éclipsant les phrases de piano qui se jouaient en même temps. L’effet produit a incité Frankie Vazquez à "scatter" [5]. Anthony Carrillo a poursuivi dans un de ses solos de la vieille école des timbales d’où fusent les coups de baguettes.

Pendant un moment calme mon œil s’est fixé sur Toñito Vazquez, le tromboniste le plus cool de la salsa. Non-seulement un très grand tromboniste mais qui joue avec une décontraction peu commune, il danse lorsqu’il joue du trombone et ça fait du bien à voir. Totalement nonchalant ce soir là il se promenait sur la scène, passant derrière le pianiste et il enfonça d’un coup sec et rapide quelques touches du clavier au grand dam du pauvre Manolo Navarro qui ne s’attendait pas à ça !

La chanson terminée, les invités sont entrés sur scène pour le final. Quels invités ? Tous les musiciens du festival sur le même plateau.

"Vous vous amusez" a hurlé Frankie Vazquez, avant de présenter tout ce monde.

Puis ce fut l’instant magique où Ray Barretto a lancé la descarga en attrapant le micro et en chantant a capella, avec seules ses fins de phrases ponctuées par quelques notes de basse et de piano. Sa façon de chanter est ce qui nous a le plus ravi : à la manière cubaine tout en "voz fañosa".

JPEG - 1002.2 ko
Ray Barretto, Los Papines
Dax 2005

"cuando tu tu desengaño veas (x2)
cuando te vas a dar cuenta vieja
que ___ tu tiene es muy fea, u uu uu
y lo vas a tener que decir
compañera de mi vida
te quiero con el alma
pero QUITATE ESA MASCARA"

JPEG - 983.3 ko
Ricardo Pons, Billy Carrion junior

Fin de la performance vocale de Barretto et début de l’improvisation totale.

Billy Carrion Junior s’est avancé pour nous offrir un solo de Sax Baryton sous les yeux de son père Billy Carrion Sr, choriste de Barretto depuis les années 80.

Commença alors une descarga géante -très éloignée de la chanson de base et joyeusement désorganisée- Los Papines tout de rouge vêtus, côtoyant certains musiciens du Septeto Nacional Ignacio Piñeiro. Ricardo Pons venu avec son saxophone, tandis que son épouse Nahyra renforçait les chœurs. Los Papines ont joué avec la foule grâce à des "hé hé" repris en choeur par tous. Ils chantaient "comment ça va ?" devant un public répondant toujours "hé hé".

Luis Marin a pris les commandes du piano pour notre plus grand plaisir et ça s’est entendu ! Quel pianiste !

JPEG - 937.9 ko
Jerry Medina
JPEG - 934.4 ko
Luis Marin

Eddie “gua gua” Rivera a joué de la basse à quatre mains avec le bassiste de Charlie Sépulveda.

Ray Barretto s’est remis à chanter tandis que Los Papines frappaient sur le cuir :

JPEG - 908.6 ko
Ray Barretto
Dax 2005

"Damas y caballeros
encantado de estar gozando
y quiero darles las gracias
a mis amigos/profesores de Cuba
esta vez mas es una demonstración
que Cuba y PR son,
del parajo las dos alas
QUE VIVA PR Y CUBA"

 [6]

JPEG - 1011.2 ko
Julieta Abreu, timbales

Puis Jerry Medina s’est mis à scatter. Les cubains ont ensuite entonné "que viva el tambor". Paoli Mejias a accaparé les timbales. Le joueur de Tres du Septeto Nacional Ignacio Piñeiro est venu sur le devant de la scène pour faire vibrer les cordes de son instrument. Julieta Abreu la fille du directeur de Los Papines, s’est à son tour avancée aux timbales pour une longue série très mélodique.

Au bout de trente minutes de pure folie, Barretto a repris le contrôle, tout le monde s’est souvenu que la chanson était "Quitaté la mascara" (tout le monde avait oublié !).

Ce soir-là le triomphe fut colossal, à l’image de Ray Barretto. Il est sorti visiblement heureux et nous aussi : malgré la météo le public est resté et a partagé euphorie et parapluies.


[1] Les autres avaient signé à New York pour un concert des étoiles de la salsa, finalement annulé !

[2] La pluie ayant retardé d’une journée le concert de Charlie Sépulveda : il devait avoir lieu le vendredi et s’est finalement déroulé le samedi.

[3] Soneo : improvisation du chanteur.

[4] "ay no que oscuro esta quiero bailar en la claridad" = ah non, que c’est obscure, je veux danser dans la clarté. C’est le refrain de le chanson.

[5] Le scat est une technique vocale propre au jazz qui consiste à substituer aux paroles des onomatopées.

[6] "Mesdames et Messieurs
Ravi de vous voir vous amuser
Je voudrais remercier
Mes amis/professeurs de Cuba
C’est une démonstration de plus
que Cuba et Porto Rico sont,
les deux ailes de l’oiseau
Vive Porto Rico et Cuba"