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Orquesta Dee Jay

Publié le 1er avril 2007, par : El_Kaisero

J’étais en train de préparer la chronique d’un disque de la Orquesta Dee Jay lorsque j’ai appris que la réédition de cet album était imminente. L’idée de faire un article sur le groupe plutôt que sur le disque a alors germé, et DJ Gabriel, étant en contact avec Jerry Hernandez (l’un des 2 trombones de « La Dee Jay »), m’a proposé de nous mettre en relation. L’article qui suit est donc le résultat de conversations avec Jerry, et de visites de plusieurs sites où il est bien sûr question de La Orquesta Dee Jay.

Beaucoup d’adolescents essayent avec plus ou moins de succès de se lancer dans la musique. Ils s’essayent à plusieurs instruments, naviguent entre plusieurs styles musicaux, abandonnent, reviennent, se passionnent, ou jettent définitivement l’éponge.

A New York dans les années 60, les influences musicales ne manquent pas, mêmes les influences européennes !! Si si on entend les Beatles partout !! Et George DeJesus n’échappe pas au phénomène en créant son groupe de rock (The Ravens) qu’il abandonnera assez rapidement pour en créer un autre de musique latine.

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George "Dee Jay" DeJesus

Son nom « hispanique » imprononçable pour un anglophone se transforme vite en initiales beaucoup plus abordables : D.J. « Dee Jay » fut le surnom qu’on lui donna à l’armée et qu’il a l’idée de reprendre pour nommer son nouveau groupe.

« Orquesta Dee Jay » est né. Nous sommes en 1968, les années « Palladium » sont oubliées, les groupes de musique latine sont déchirés entre la mode du boogaloo et la musique des racines cubano-portoricaines. Les orchestrations changent, à l’instar de Mon Rivera ou de Eddie Palmieri, qui placent autour de la rythmique 2 trombones dont les riffs dynamisent et modernisent cette musique que l’on appellera bientôt « Salsa ». De nouveaux musiciens inspirent désormais les adolescents d’origine portoricaine : Eddie Palmieri bien sûr, mais aussi les jeunes Willie Colón, Johnny Colón, Joe Bataan, laissant les « vieux » Tito Puente, Tito Rodriguez et Machito à leurs parents. Eternel conflit de générations !

La Orquesta Dee Jay se structure comme beaucoup de nouveaux groupes de l’époque : une rythmique « classique » (piano, basse, congas, bongos, timbales) 2 trombones, y adjoignant de temps en temps d’autres instruments, et 2 chanteurs. Les musiciens de « La Dee Jay » sont autodidactes. Ils travaillent la musique « à l’oreille » et composent ensemble leurs morceaux lors des répétitions qu’ils apprennent par coeur.

En 1969 le groupe se stabilise après l’arrivée de nouveaux musiciens : George DeJesus à la basse en est le leader, Mario Marrero est au piano, Emilio Barretto aux congas, Harry Fermaint aux timbales, Mike Ruiz aux bongos, Joe Rivera et Jerry Hernandez sont aux trombones. Les 2 chanteurs sont Rafael DeJesus et David Martinez.

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La Orquesta Dee Jay
En 1969, juste après l’arrivée de Jerry.
En smoking, car ils animaient le mariage d’un des meilleurs amis de George.
Jerry m’a raconté qu’ils ont aussi joué au mariage d’Ismael Miranda.
De gauche à droite : Rafael Trujillo (congas), Joe Rivera (trombone), Rafael DeJesus (chanteur),
Mike Ruiz (cloche et bongos), Jerry Hernandez (trombone), Harry Fermaint (timbales),
David Martinez (chanteur), Emilio Baretto (congero "officiel"), Mario Marrero (piano)
et, au dessus en smoking noir, George DeJesus (baby bass et directeur de l’orchestre).

La Dee Jay devient vite un groupe demandé par les patrons de club, car il draine avec lui un important public. En effet au début les amis ou la famille de l’orchestre vinrent constituer le public, puis les amis (et leurs petits(es) amis(es) !!) puis les amis des amis. Leur popularité grandit donc très rapidement grâce au bouche à oreille, mais aussi, bien sûr, par la qualité de leur musique et de leur son. Ayant réinvestis rapidement leurs premiers cachets dans du matériel, ils forment l’un des très rares orchestres (les 2 autres sont ceux de Ray Barretto et de Larry Harlow !!) qui possèdent leur piano électrique et leur sonorisation ce qui leur évite, dans quelques clubs, de déplaisantes surprises que subissent les autres groupes, et leur permet de jouer toujours avec la même qualité.

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Orquesta Dee Jay en concert
De gauche à droite : Mike Ruiz(bongos), Rafael DeJesus (chanteur),
Harry Fermaint (timbales), Joe Rivera et Jerry Hernandez (trombones)

Ils vont être constamment engagés pendant une période de 2 ans « je n’ai pas vu le jour pendant 2 ans » confie le tromboniste Jerry Hernandez, « jouant la nuit et dormant la journée »)) La plupart de leurs engagements se concentrant à New York et dans le New Jersey !! (en tout cas personne n’acceptait plus de contrat pour aller à Puerto Rico après une mésaventure survenue aux Lebron Brothers).

Ils jouent dans tous les clubs de NY (Cheetah, Corso...) et côtoient tous les orchestres de renom, autant ceux qui les ont inspirés, que ceux qui sont nés en même temps qu’eux. A cette époque « bénie » il n’est pas rare que 4 à 5 orchestres partagent la même affiche !!

C’est aussi à ce moment là que le label Fania prend son envol et cherche à vampiriser ce qui s’appelle dorénavant « Salsa ». Mais la Fania, tout en imposant l’exclusivité de ses vedettes dans les clubs, ne put rien pour empêcher de nombreux autres groupes de s’y produire, ni d’enregistrer des albums sur d’autres labels, ou à leur propre compte. C’est aussi pourquoi il reste de nombreuses merveilles à découvrir sur vinyls !!

Orquesta Dee Jay a essayé, sans succès, de rentrer au sein de la Fania en leur envoyant des enregistrements. Mais leur succès sur scène a permis de sortir un premier album en 1970, « Pa’lante con Orquesta Dee Jay »,

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Pa Alante con la Orquesta Dee Jay
Pochette de leur 1er album en 1970

puis un deuxième « Forget It » en 1972 qui a été réédité en 1973.

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Forget It (pochette originale)
La pochette originale de l’album en 1972 a été réutilisée pour la sortie du CD en 2007.
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Forget It (réédition 1973)
La pochette de la réédition de "Forget It" en 1973.
C’est ce LP que je voulais commenter dans la rubrique
"Chroniques de la Salsa oubliée"

La Dee Jay a tenu l’affiche pendant plus de 5 ans, profitant de la mode « Salsa » et de la fidélité de leurs fans

Qu’est ce qui a provoqué la dissolution du groupe en 1974 ? Le turn over de plus en plus fréquent des musiciens (Seuls George et Jerry restent depuis 1969) ? Le départ d’une grande partie de l’orchestre pour former Orquesta Cimarron ? La lassitude des fans, sans lesquels le groupe ne peut continuer ? La concurrence accrue d’un trop grand nombre d’orchestres de salsa ? L’envie de faire autre chose ? Probablement un mélange de tout ça !

Il reste de cette « épopée » deux albums jamais réédités en CD jusqu’à présent, et qui sont quasi-introuvables. La réédition de l’album « Forget it » nous ouvre donc une porte « temporelle » sur cette riche période de la salsa, qui voit Orquesta Dee Jay rejoindre Joe Acosta et Orquesta La Fantástica, déjà réédités par le label « Latin Soul Records », en attendant que de semblables projets nous fassent (re)découvrir d’autres artistes oubliés.


Sur le web :
- La Orquesta Dee Jay
- Jerry Hernandez

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El Kaisero y Jerry Hernandez

Documents joints

  • Hotel Granada

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    Ray Barretto, Lebron Brothers et Orq. Dee Jay

  • Hotel San Juan

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    Dee Jay + plein de groupes

  • Hotel Saint George

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  • Théatre Puerto Rico

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  • Visitation Hall

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  • Message 1
    • par , 27 août 2007 - Orquesta Dee Jay

      Salut K0,

      Merci pour l’article.

      Je regrette juste une chose que tu n’aies pas plus insisté sur la ré-edition de l’album "Forget It", c’est une tuerie.

      Indochino