Syndiquer tout le site

Article

Ohan, l’interview

Publié le 3 février 2003, par : pbouge

La Pachanga [1] C’est un restaurant, un bar et une belle piste de danse qui accueillent toutes les nuits de la semaine un public qui aime la musique latine pour faire la fête et comme le dit son site en espagnol : « Exquisita cena, deliciosos cocktails y mucho ambiente para bailar ! »

Nous avons rencontré le fondateur du lieu, Ohan pour qu’il nous parle de la Pachanga, de son histoire personnelle, et de ses projets.

Ohan a vendu La Pachanga en 2005 pour ouvrir Le Mandunga

Interview Ohan

Paris, 22 Janvier 2003.

pbouge : En rentrant à la Pachanga tout à l’heure j’ai vu avec bonheur tous ces flyers annonçant la venue d’El Gran Combo [2]. C’est un grand événement pour tous les amateurs de musique afro-caraïbéenne. Peux-tu expliquer comme cela s’est fait ?

Ohan  : J’ai eu l’idée au mois d’avril pour organiser un concert en juin dernier. Ça été annulé à cause d’un organisateur de tournée qui vendait les mêmes dates à deux endroits différents. J’ai organisé ensuite le concert de Jose Alberto ’El Canario’ [3]. En fait ça a été reporté, car Simon [4] a ensuite signé le contrat. Et on a travaillé ensemble pour le succès du concert dans une salle, le Zénith, qui a beaucoup plus de capacité que celle initialement prévue, l’Olympia. Je réalise encore un de mes rêves car El Gran Combo, c’est le plus grand groupe de salsa aujourd’hui.

pbouge : En plus du public de la salsa, les latinos de Paris doivent être très heureux de cette initiative.

Ohan  : Et les Portoricains également, j’ai eu une proposition de Felipe Polanco [5], qui avec 6 danseurs de Porto Rico va organiser un spectacle de danse comme il l’avait fait déjà au concert du 35ème anniversaire d’EGC.

pbouge : Tu es très actif pour organiser des concerts mais pourquoi n’y a t-il pas de concerts à la Pachanga ?

Ohan : Oui, c’est vrai, mais la Pachanga n’est pas adaptée pour les concerts car notre isolation sonore n’est pas suffisante. Mais déjà dans mon précédant lieu, Los Latinos j’avais un petit groupe sur place mais lorsqu’il s’agissait d’organiser un concert je le faisais ailleurs, dans une salle de concert avec la bonne acoustique, la bonne isolation. Cela ne veut pas dire que l’on ne puisse pas faire de concerts dans les petites salles, mais il faut une bonne acoustique, par exemple la Java montre qu’on peut le faire avec de bons groupes. Chacun son travail, la Pachanga c’est un autre projet.

pbouge : Justement la Pachanga existe depuis trois ans. Qu’est ce qui explique le succès du lieu qui est une des grandes références de la salsa à Paris ?

Ohan : Franchement moi j’aime bien aussi, c’est convivial, les gens s’y sentent très bien, c’est populaire car bon marché, c’est mélangé. Et c’est depuis un an que l’on se sent vraiment à l’aise. Car au départ le sol n’était pas vraiment adapté à la danse. On l’a refait. Il y avait des problèmes de climatisation. On les a corrigés. On a aussi amélioré la sono. L’éclairage a été changé. Bref, toutes ces améliorations ont rendu l’atmosphère encore plus conviviale. Maintenant l’ambiance de fête fait que les gens viennent et s’amusent : en dansant sur une piste grande et agréable avec des DJs excellents, ou en discutant plus tranquillement du côté du bar.

pbouge : La programmation musicale de la Pachanga a même donné un CD.

Ohan : C’est vrai, on décidé d’en faire un CD. Il fallait le faire car aujourd’hui les élèves des cours ou les danseurs ici, connaissent la salsa moderne, par exemple la timba ou la romantica, mais écoutent peu la salsa à l’ancienne, une musique de qualité, celle qu’on écoutait il y a quinze ou vingt ans. Avec Julian nous avons pensé à un CD de salsa avec des standards. Un succès pour nous car tout a été vendu, le CD est épuisé. Mais il y en aura d’autres j’espère.

pbouge : Dans le court terme quels sont les projets pour la Pachanga.

Ohan : Je vais développer la Pachanga, d’abord avec les dimanches à thèmes. Nous en avons fait déjà plusieurs, Porto Rico, la République Dominicaine. Cela permet au public de découvrir d’autres styles musicaux. Par exemple la bachata qui marche commercialement depuis une dizaine d’années est encore peu connue en France. Mais c’est aussi vrai pour beaucoup d’autres styles musicaux comme le vallenato [6] ou le foro [7] par exemple. J’aimerais aussi faire quelque chose sur l’Argentine, avec une association pour sensibiliser le public et aider les Argentins face à leur situation économique. Le projet c’est de faire un thème sur un pays une fois par mois, pour découvrir leur culture, la musique bien sur, mais aussi l’art ou la littérature. Je vais programmer, la Colombie, Cuba. Pour Cuba ce sera l’ouverture sur toutes les musique, le son, le cha-cha-cha, le mambo. J’aimerais faire venir des musiciens comme Raúl Paz [8] pour une conférence sur le son et la musique cubaine et après, enchaîner sur la soirée. Je suis en contact aussi avec les ambassades, les consulats ou des personnalités mais cela prend du temps. J’essaye aussi de faire voyager les gens tous les jours avec les DJs . Le lundi David met plutôt de la musique cubaine, avec Aimeline le mercredi, c’est plus de la salsa dura et du latin jazz. Samedi avec Alain c’est de la musique festive avec aussi du zouc, du collé-serré. Il y a aussi parmi tous ces formidables DJs de la Pachanga Julian le jeudi et le dimanche, Gabriel le vendredi, et le mardi je vais inviter un Colombien, Chicho, qui va donner une tonalité différente avec de la salsa colombienne bien sur mais aussi de vallenato, de la cumbia ...etc.

pbouge : L’initiative que tu avais prise avant la Pachanga c’était un autre lieu Los Latinos.

Ohan : J’ai créé Los Latinos en 1996 et j’y suis resté jusqu’en 2000 lorsque j’ai cédé mes parts. Cela a attiré beaucoup de monde pendant longtemps. Il y avait des cours de salsa donc des danseurs, un resto, mais aussi une scène qui accueillait un petit orchestre, Le Latinosson. C’était un groupe d’amis avec des péruviens, des chiliens, qui d’ailleurs travaillent beaucoup aujourd’hui et c’est mérité. On avait fait aussi le New Morning tous les dimanches pendant 6 mois, avec les ’domingos salseros’ en 98 je crois. C’était un orchestre avec un répertoire populaire et qui faisait un show avec des chorégraphies. On a eu aussi un groupe de merengue à Los Latinos pendant une semaine, India Canela, avec une chanteuse enceinte de huit mois qui venait de Saint Domingue. C’était vraiment un groupe traditionnel avec accordéon, qui mettait vraiment beaucoup d’ambiance, j’ai adoré.

pbouge : Et le journal c’était à cette époque ?

Ohan : Non, c’était bien avant, en 1988. Le journal Sol A Sol a vécu pendant 5 ans avant d’être cédé. La salsa n’était pas le sujet unique du contenu du journal, c’était un journal d’informations culturelles distribué à 50 000 exemplaires gratuitement un peu partout, informations culturelles centrées sur le monde latino. Nous avions des contributions de Gabriel Garcia Marquez [9] par exemple. Lorsque Willie Colón est venu à Paris en 88 ou 89, je ne me rappelle pas exactement de la date, nous avons couvert l’événement. On a aussi édité quatre bouquins. L’un d’entre eux c’était un répertoire des latinos à Paris avec 3000 adresses, l’annuaire de l’Amérique Latine en France. Et après j’ai fait un autre bouquin, ’Cinq Cents Années Des Amériques’, composé d’interviews de contributions, de Cousteau par exemple ou du président de L’UNESCO, et de bien d’autres... pour célébrer les cinq cents de la découverte de l’Amérique, et tiré à 10 000 exemplaires. Car mon métier en arrivant en France, c’était journaliste. Ce métier je l’ai abandonné en 92 pour me consacrer au spectacle.

pbouge : Mais d’où vient cette passion pour l’Amérique Latine et sa culture ?

Ohan : D’abord je viens d’un pays, la Turquie où les problèmes politiques étaient considérables, j’étais un militant très actif. Et j’arrive à Paris et mes idées politiques m’ont beaucoup rapproché à Paris des réfugiés chiliens, et de la communauté latino, des associations comme France-Amérique Latine. De la politique ça a glissé vers la musique puisque dès cette époque les latinos organisaient des soirées salsa vers 1985, dans un tout petit espace dans le 14ème. C’est à ce moment que l’idée du magazine m’est venue à l’esprit. Et même si je ne suis plus le même qu’il y a quinze ans il y a une certaine forme de continuité. Cela peut même se voir dans le public qui vient ici, c’est un public populaire. Et je n’oublierais jamais d’où je viens.

pbouge : C’est très cohérent avec la salsa dont les paroles ont souvent un fort contenu social.

Ohan : Et ce que j’ai oublié de dire c’est dans avec les latinos on retrouve une grande solidarité et une volonté très forte d’appartenance à une communauté. Cette variété se retrouve dans la composition des orchestres qui sont très souvent multinationaux. Pour les paroles un de mes chanteurs préféré est Ruben Blades.

pbouge : Et les projets que tu aimerais réaliser dans le futur, ou même les rêves ?

Ohan : J’ai plein de rêves, je suis un vrai rêveur. J’aurais bien aimé organiser un festival mais d’autres sont en train de le faire alors tant mieux. Mais comme tous les rêveurs je ne planifie pas, je ne sais pas ce que je ferais dans un an. Mais mon plus grand rêve c’est d’aller installer quelque part en Amérique Latine un grand espace où je peux m’éclater. Une idée c’est un grand espace culturel dédié à la musique latine. J’avais proposé ce projet pour le Brésil, pour le Nord du Brésil.

J’aimerais aussi d’organiser des évènements là où il y a des besoins. Une fois par an on amènerait vraiment du monde de tous les pays pour un festival de concerts de salsa dans un village pauvre, qui manque de ressources. Une partie des revenus des concerts servirait à développer durablement le village pour amener par exemple l’eau, l’électricité. Je suis convaincu que les musiciens seraient d’accords, nombreux sont ceux déjà engagés comme Juan Luis Guerra par exemple ou Gilberto Gil qui est ministre de la culture au Brésil ou Ruben Blades. Avec la musique, la richesse culturelle, on pourrait ainsi amener des richesses de développement. Je ne sais pas quand je pourrais le faire mais j’aimerais beaucoup le réaliser.

Mise à jour 2005 : depuis la parution de cet article, Ohan a vendu La Pachanga pour se consacrer à son nouveau projet : le Mangunga.


Notes


[1] 8, rue Vandamme, 75014 Paris, le site web

[2] Pour tout savoir sur EGC

[3] Pour tout savoir sur Jose Alberto

[4] De la société SIPE, organisateur du dernier concert de Roberto Torres.

[5] Danseur Portoricain, enseignant actuellement à Paris.

[6] Musique populaire de bal colombien à base d’accordéon et de percussions

[7] Musique et danse d’Amazonie

[8] Chanteur et guitariste cubain

[9] Écrivain colombien, prix Nobel de littérature en 1982.