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Mangú

Publié le 1er août 2005, par : Maya Roy

Il a pris pour nom de scène celui d’un plat à base de purée de bananes vertes typique de République Dominicaine, son pays d’origine, et même s’il a grandi à New York, il a gardé sa nationalité dominicaine. Mais c’est la musique urbaine des jeunes générations du Bronx où ses parents s’installent en 1980 qui va nourrir son inspiration musicale : le mouvement hip hop occupe la rue avec ses MCs qui jouent des platines, ses rappeurs, le graffiti et la Break Dance où le jeune Freddy García (son vrai nom) ne va pas tarder à exceller. Et c’est là qu’il forme son premier groupe, The Fellas.

Chez lui, on ne parle qu’espagnol, sa mère écoute de la salsa, du merengue et des boléros mexicains. Son père lui fait découvrir Marvin Gaye et Gil Scott Heron, romancier, poète et musicien afro-américain engagé qui utilise le texte, le « spoken word », comme une arme et est considéré aux États-Unis comme un précurseur du rap : autant dire que l’inspiration de Mangú ne se limite pas à la rue puisque les influences revendiquées par Gil Scott Heron vont de la Soul Music d’Otis Redding au jazz de John Coltrane.

En 1989, sa famille part pour Miami : choc culturel, car à seize ans, Mangú se retrouve dans un univers hispanique, très différent de ce qu’il a connu à New York. Il travaille avec des groupes hip hop comme chorégraphe et danseur, se produit dans des sessions « open mic » (micro ouvert) locales et ne cesse d’enregistrer des maquettes : il se fait un nom dans la scène underground comme le latino branché reggae-salsa-rap et il affine son rap en « spanglish » (mélange d’anglais et d’espagnol). En 1992, il enregistre deux titres sur l’album de Papa San, DJ jamaïcain du style dance-hall issu de Spanish Town, la première capitale de la Jamaïque.

En 1993 a lieu un premier tournant dans la vie musicale de Mangú : il auditionne pour Joe Galdo, producteur et président des studios South Beach de Miami, connu entre autres pour son travail avec Miami Sound Machine (Gloria Estefan). Joe Galdo cherche un rappeur à l’aise en espagnol et en anglais pour le titre La Playa  ; Mangú rafle la mise et signe pour un single et un album chez Island, le label de son idole, le rappeur Rakim. La Playa devient un hit international, l’enregistrement de l’album complet, lui, va durer un an et une pléiade d’artistes de tous horizons y figure : le flûtiste Johnny Pacheco (en concert à Vic Fézensac le même soir), l’une des stars du raggamuffin jamaïcain Beenie Man (en duo avec Mangú sur le titre Sexy), Betty Whright (diva funky-soul-pop), Mother Superia (une grande du hip hop au féminin) et bien d’autres.

Cet album sortira en France en 1998 sous le titre Mangú et vaudra au Dominicain le prix Découverte de Radio France Internationale. Le morceau phare qui envahit les ondes françaises, c’est Calle Luna Calle Sol, adaptation d’un classique de la salsa du barrio paru en 1973 sur l’album Lo mato de Willie Colón et Hector Lavoe. On remarque déjà à quel point Mangú a affiné un style qui bouscule les clichés, un cocktail spanglish de reggae, salsa, rap, jazz et mambo. Et le mémorable concert organisé par RFI à La Cigale permet au public de découvrir aussi qu’avec son physique de latin lover croisé de jeune caïd, Mangú a une énergie d’enfer et que même sans tous les artistes de l’album, il tient la scène comme les plus grands : dans la salle, tout le monde danse, des vénérables journalistes aux branchés parisiens.

Mais depuis 1993, Mangú ne s’est pas arrêté en chemin. Il enregistre un titre sur l’album Lam Toro du Sénégalais Baaba Mal en 1994, en 1996, il participe à la bande originale du film Eddie avec Whoopi Goldberg, puis viennent les tournées internationales qui suivent son premier album. Pourtant, il éprouve le besoin de prendre du recul, d’affiner encore en cherchant une nouvelle voie dans son hip hop. Il s’installe à Paris et tout en enregistrant avec d’autres (en 2000 sur l’album Solidays Sida-Solidarité avec l’Afrique et sur Candela du groupe No Jazz, en 2001 sur l’album 109 de Charlelie Couture, en 2003 sur celui du groupe hip hop-punk-rock Stupeflip), il mixe et remixe ce qui donnera en 2004 Mi Familia, paru sous le label français Naïve.

Si l’album a dérouté les toujours vénérables critiques, c’est qu’il ne répète pas le premier. « Je n’ai pas de limite dans mon inspiration. Si je fais un troisième album, il peut être complètement différent des deux premiers. C’est cette liberté en tant qu’artiste qui me fait vibrer. Je n’aime pas les stéréotypes. » (Interview à Afrik.com, 3 juin 2004)

La famille, ce sont les amis rappeurs, le pianiste Omar Sosa venu le soutenir de quelques phrases musicales, et le percussionniste Miguel « Angá » Díaz. On retrouve le flow précis et carré de Mangú, mais il aborde franchement un son plus électro, la palette rythmique est large. « C’est comme un nouveau chapitre de ma vie. Je suis le même personnage, mais avec un son différent...Ce disque a un côté street que n’avait pas le premier album, on a voulu que ce soit 100% Mangu. » déclare-t-il sur le site de son label. Outre les femmes Sexyyyy et la danse, les compositions disent l’amour version romantique, renouent avec des thèmes sociaux comme celui de la jeune fille enceinte jetée à la rue et contrainte de se prostituer pour élever son enfant ou de celle qui se laisse abuser par un « dur » du quartier et termine accro au crack (Estrella) ; la dérision est là aussi, avec l’ironie sur la fin du monde tant annoncée lors du bug imaginaire de 2000 (¿Que está pasando ?) et même sur l’obsession du sexe (Sexoooo) !

Cet album, Papi Chulo et son inséparable panama le défend impeccablement sur scène, sans machines, en acoustique avec son groupe : guitare électrique, piano, percussion, basse (le groove puissant du Cubain Luis Manresa) et une magnifique choriste. Des tubes déjà consacrés, d’autres à découvrir, un changement constant d’atmosphère dans un univers 100% hip hop aux saveurs de mangú dominicain. « C’est le public qui donne à l’artiste une énergie que ce dernier essaie de lui rendre » a coutume de dire l’artiste. Gageons qu’avec le public de Vic, le concert sera chaud, chaud, chaud !

  • Message 1
    • par tito al, 15 décembre 2009 - Mangú

      Que fais Mangu maintenant ; Il est sur l’scene encore ?

      • par Maya Roy, 19 février 2010 - Mangú

        J’ai appris il y a quelques jours qu’il est en plein enregistrement, paraît-il avec plein de surprises, mais je n’en sais pas plus. Sans doute des news dans pas longtemps.