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Le son nuyoricain d’Angel Canales et Bobby Rodríguez

Publié le 1er mars 2006, par : Gary Dominguez

Ces documents ont été publiés dans le site disparu GhettoLatino, où ils faisaient partie du Cahier Latino de Gary.

Bobby Rodríguez était saxophoniste, flûtiste, pianiste, percussionniste, directeur d’orchestre et producteur de disques. Il appartenait dans les années 60 au groupe de son frère Ray Rodríguez (dans lequel chantait Néstor Sánchez). Bobby et son autre frère Jaime, aussi joueur de sax, ont aidé à ce que l’orchestre ait un son "dur" avec une forte inclinaison vers le Jazz Latino.

En 1974 il commença à réunir une série de musiciens "nuyoricains" (nom donné aux latinos de New York de parents portoricains), avec l’intention de former un groupe plus original que celui de son frère. C’est ainsi qu’il recrute Junior Córdova, qui deviendra le chanteur classique de son orchestre La Compañía. Un autre jeune qui venait de jouer de la soul avec Joe Bataan, qui plus est excellent tromboniste et interprète en anglais : Eddie Hernández et un troisième sonero connu sous le nom de José Acosta, qui avait le même timbre que Pete "el Conde" Rodríguez. Le piano était entre les mains d’Al Dorsey, la trompette entre celles du fabuleux musicien Joe Wohletz, un des instrumentistes les plus importants du Latin Jazz de New York. A la basse se trouvait la main droite de Bobby : Pastor "Toti" Negrón.

Bobby Rodríguez y La Compañía décollent définitivement en 1976 quand ils enregistrent leur premier 33 tours sous le label Fania, dans lequel figurait le classique Recuerdos de Arcaño de Johnny Pacheco qui démontrait au public international la qualité du flûtiste sur laquelle pouvait s’appuyer La Compañía.

Cet album comprenait une chanson qui faisait référence au quotidien des hispaniques de New York : El Número 6 composition de Rubén Blades qui racontait l’impatience des latinos attendant le métro 6 de New York (une des lignes les plus en retard et contestée du circuit des métros de New York). Parallèlement à la création de La Compañía, Joe Cain, musicien et producteur de disques newyorkais, présentait le premier album d’Angel Luis Canales (1975), sous la direction musicale du tromboniste Juan Torres, "El Sabor de los Rumberos Nuevos".

Il faut relever la participation de deux colombiens, tous deux pianistes et arrangeurs qui ont collaboré au lancement d’Angel Canales y Sabor, Eddie Martínez, responsable de tous les arrangements de ce premier album qui incluait "El Cantante y la orquesta", "Lejos de tí", "Hace tiempo", "No te acostumbres" et "Sol de mi vida", où brille José Madrid au piano. Canales [1] avait perçé sur un album du pianiste Markolino Dimond, dont il a interprété tout le répertoire, au milieu des années 60. Un des apports de Canales, comme chanteur, fut la création d’un style unique ; comme il l’affirme lui-même son chant est un mélange de l’école de Maelo, Lavoe, Tito Rodríguez, Fernando Alvarez, Marco Antonio Muñíz, Roberto Ledesma, Juan Legido et Dioris Valladares.

Si la voix de Canales est curieuse et "différente", le son de son groupe n’est pas en reste, c’est la réunion de musiciens internationaux qui aiment l’irrévérence toute "latino". Il a dans son groupe japonais, juifs, nord-américains et européens. Et bien sûr, la saveur des latinos. Jusqu’au milieu des années 80, Canales a enregistré 10 LP, dont huit sous son propre label SELANAC. La Compañía de Bobby Rodríguez a dans son catalogue 7 LP, dont celui de 1987 "Juntos otra vez", qui réuni de nouveau les musiciens fondateurs.

Il faut noter la participation de Bobby Rodríguez avec la Fania All Stars comme artiste invité.

Eddie Martínez parle d’Angel Canales

(Article issu de la Revue Caribe Palenque / Bogotá-Colombie-No.3 - 1995)
L’ange (Ángel) Canales -Le musicien évoque comment le chanteur controversé a connu la notoriété-

"Je me trouvais là-bas en 1971 travaillant avec Mongo Santamaría, quand le bassiste de l’orchestre, Eddie "gua gua" Rivera m’a appelé : - Eddie : "il y a un type ici qui te demande". - ? -Il s’appelle Angel Canales, il a l’air bien, simple, travailleur ; il est portoricain. - ? -Il a un petit orchestre et il veut que tu lui fasses des arrangements. -$$$ - Mais s’il te plait, ne lui prends pas le même tarif qu’à la Fania, car, en réalité, il n’a pas de quoi te payer. - Ummhh..parce que c’est toi, "gua gua", donne-lui mon numéro.

Quatre jours après apparut chez moi Angel, humble et respectueux, avec les musiciens de son groupe, la majorité étaient portoricains. -Maestro Bla bla bla... - ? Ecoute, nous n’avons pas d’argent, mais nous avons 8 ou 9 arrangements à faire pour notre premier disque. -(J’ai pensé à "gua gua") Qu’est-ce que vous voulez ? -Nous voulons utiliser deux trombones, une trompette, un sax baryton et une flûte ; piano, basse, conga, timbales et bongo. -Salsa contemporaine ? -Oui, nous voulons quelque chose de moderne. Dans votre style, maestro !

Durant le processus le chanteur lui-même m’a convaincu qu’il était parfaitement ignorant dans le domaine de la musique et que certains de ces musiciens, déférents avec moi, étaient déficients dans le domaine de leurs instruments. Mais... que faire ? Ils commençaient et modifier leurs idées du jour au lendemain ça n’allait pas coller... J’ai reçu l’argent. Il n’y en avait pas beaucoup, cependant il s’agissait de jeunes gens comme il faut et amis de mon copain "gua gua", j’ai commencé à travailler. Angel m’avait laissé une cassette avec sa voix. Ecoute cette voix tellement médiocre, "gua gua" ! J’ai du harmoniser tout ce matériel, m’embarquer à leur arrondir...un style. Je leur ai confié les arrangements et j’ai assisté à quelques répétitions, mais je n’ai pas pu être là au moment de l’enregistrement car j’étais en tournée avec Mongo, c’est pourquoi le pianiste Joe Madrid a pris ma place.

Finalement, l’album Sabor fut un succès. Qui n’a pas entonné "Puerto Rico, yo nunca dejaré de amarte" ou dansé : Sol de mi vida ou Perico Macoña ?. Donc, ça a été un super succès dans toutes les discothèques de la zone latino, jusqu’à maintenant 24 ans après. Pour son second album, il m’a règlé comme on paye un arrangeur. Vint le troisième, à ce moment là j’étais en tournée avec Gato Barbieri, raison pour laquelle je n’ai plus pu travailler avec eux. Je ne sais pas si dans celui-là ils ont utilisé mes arrangements, car dans le second ils n’ont pas utilisé tout le matériel orchestré. Je crois que dans le troisième ou dans un autre ils ont dû inclure deux ou trois morceaux, des dix ou onze harmonisés pour le premier album.

Dans tous les cas, excusez-moi d’abuser de la première personne. J’ai été l’architecte de l’édifice sonore qui a contribué au succès du bijoutier Angel Canales, humble quand il en avait besoin et irrespectueusement ingrat quand le succès est arrivé. C’est un chanteur médiocre, sans la plus petite notion de la technique musicale, mais par chance il avait du charisme et une ascendance sur les grands auditoires. Quel truc ! Un proverbe dit :

Al que Dios se lo dió, que San Pedro se lo Bendiga

Eddy Martínez - Pianiste et arrangeur - Colombie

- 1. Discographie d’Angel Canales (1970-87)

TITRE de L’ALBUM CHANSON / REFERENCE COMPOSITEUR / ARRANGEMENTS
Brujerías / 1970 [2] Tiene sabor Markolino Dimond / Angel Canales
Sabor / 1974 Perico Macoña Angel Canales / Eddie Martínez
Canales "En el San Juan" T.R. Mi niña bonita / 1976 D.R. / Steve Guttman
Canales live at Roseland Buenas Noches / 1978 Angel Canales en vivo !
Canales - Selanac Volumen 1 Dos Gardenias Isolina Carrillo / Angel Canales /1980
El diferente / Canales Bomba Carambomba Amadeo / Luis Cruz / 1981
Canales en el Poliedro (Venezuela) Hay qu’echar pa’lante Canales / Steve Guttman / 1982
Different Shades of Thought Faro de Luz S. Cebrian / Bob Quaranta
It’s time / Ya es tiempo / 1987 Aguacate perfumado D.R. / Angel Fernandez
Canales Greatest Hits Live ! Sentimiento de un latino en Nueva York 1991

- 2. El Sabor De Angel Canales / Son meilleur répertoire (1970-1987)

CHANSON COMPOSITEUR / ARRANGEMENTS / REFERENCES
Mariquita Markolino Dimond / Markolino Dimond / Sello Alegre / 1970
Yo no tengo pena Markolino Dimond / Markolino / Angel Canales : Vocal
Sabor, los rumberos nuevos Angel Canales / Eddie Martínez / Luis Cruz / 1974
Lejos de tí Angel Canales / Eddie Martínez / Puerto Rico
Cha cha a la Canales Angel Canales / Eddie Martínez / 1977
La realidad Angel Canales / Steve Guttman / 1977
Kung-fu Karate Angel Canales / Luis Cruz / Roseland / 1978
Soy del Monte D.R. / Steve Guttman / Johnny Torres / 1980
El Barrio Markolino Dimond / Angel Canales / Johnny Torres / 1970
Nostalgia D.R. / Angel Canales / Steve Guttman / Johnny Torres / 1980
Esta es la manera mía... Angel Canales / Pepe Castillo / 1981
La vida es una caja de sorpresas Tommy Sánchez / David Janeway / 1981
Bomba carambomba (vivo) D.R. / Canales en vivo en el Poliedro de Caracas / 1982
Nadie como tú Tommy Sánchez / Angel Canales / S. Sacks / 1982
No te asombres D.R. / Canales / Angel Fernández / 1987
Una buena mujer para compañera Tommy Sánchez / canales / 1987
Aguardiente Markolino Dimond / Markolino / Canales / 1970
Sol de mi vida Canales / Johnny Torres / Joe Madrid / 1974
El cantante y la orquesta Antonio Tapia / Eddie Martínez / Joe Madrid / 1974
No te acostumbres D.R. / Canales / Eddie Martínez / 1974
Ana Isaoco Canales / Eddie Martínez / 1976
Sandra Canales / Steve Guttman / 1976
Concierto en bongó Canales / Eddie Martínez / 1976
Arrepentida Canales / Luis Cruz / Roseland / 1978
Panamá Soberana (en vivo) Canales / Luis Cruz / Roseland / 1978
La humanidad Canales / Steve Guttman / 1980
Saraguey Santoja Canales / Pepe Castillo / 1981
Guantánamo Benny Moré / Canales / Luis Cruz / 1982
Brujería Markolino y Angel Canales / 1970
Hace tiempo Canales / Johnny Torres / Eddie Martínez / 1974
Dilema de amor Tommy Sánchez / Canales / Luis Cruz / 1987
Baby please don’t go Angel Canales / Canales / Steve Guttman / 1982
Dolphin D.R. / José Madrid / Angel Canales (Instrumental)
No encontrarás quien te haga el amor como yo Angel Canales / Steve Guttman
De que te quejas P. Ortíz / Canales / Eduardo Martínez / 1976
Viejo Carrusel D.R. / Canales / Eduardo Martínez/ 1976
Mi irmita Markolino / Angel canales / Johnny Torres / 1970
La hiedra Canales / Joe Madrid / Eddie Martínez / 1974

[1] NDT : Angel Canales, né à Ponce, Porto Rico, mais a grandi à New York où il est arrivé à l’âge de 10 ans.

[2] NDT : Brujeria, Vaya Records, 1970.