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La semaine de la Salsa à Caracas

Et autres forums

Publié le 1er août 2005, par : Chabelita, Gherson Maldonado

Semaine de la Salsa à Caracas

Répondant à l’inquiétude de milliers d’adorateurs des rythmes urbains caribéens et comprenant que la salsa est un des éléments les plus marquants de la culture de la Caraïbe et du Venezuela, le ministre d’Etat à la Culture, Francisco Sesto Novas, a appuyé la réalisation d’une « Semaine de la Salsa » du 2 au 5 octobre 2004, en hommage à Phidias Danilo Escalona, l’animateur de radio de Caracas qui a introduit le mot « salsa » pour l’appliquer à la saveur musicale de la caraïbe urbaine.

Le projet, élaboré par la journaliste et chercheuse musicale Lil Rodriguez, auteur du livre « Bailando en la casa del trompo », a programmé une série d’activités regroupant conférences, films et concerts de rue grâce à huit orchestres qui refont vivre la capitale vénézuélienne. Le récit que nous en faisons plus bas, nous dévoile quelques aspects de ce grand événement porteur d’espoir pour la salsa et la culture en Amérique Latine. Son auteur, Gherson Maldonado, est l’animateur du programme ‘Concierto caribe’ à la « Radio Rebelde » de Catia (Venezuela).

Une semaine de la salsa en octobre 2004

Le 15 octobre 1933 à Caracas, la printanière ville Sud-Américaine était secouée par les vibrantes présentations du Trio Matamoros dans le théâtre Ayacucho, leur semence faisant germer sur cette terre les premiers groupes de « Son » de Caracas. Ce même jour a quelques mètres du prestigieux théâtre , naissait Phidias Danilo Escalona, charismatique et créatif animateur qui, à l’âge de trente ans, a commencé à dire à ses auditeurs : « Profitez de votre déjeuner, nous y ajoutons la sauce (salsa) ».

Aujourd’hui, 71 ans plus tard, Caracas est de nouveau secouée grâce aux vibrants vrombissements des bobines de films, des intéressants forums et présentations d’orchestres qui sont le contenu de la semaine de la salsa.

Sous les auspices du Conseil National de la Culture (CONAC) et de l’infatigable travail de Lil Rodriguez, à qui on a seulement permis de réaliser 25% du projet initial, cette première semaine de la salsa au Venezuela a démarré le samedi 2 octobre 2004 et s’est terminée le mardi 5 en ayant bouclé toute sa programmation et rempli toutes les attentes des amoureux de la salsa.

Les concerts ont eu lieu sur 3 scènes de la ville : à l’Ouest la resplandissante Catia ; à l’Est la populeuse Petare et au centre de la culture de Caracas sur la place des Musées. Danc chacune la semaine de la salsa s’est vécu comme une grande fête et démonstration de l’autenticité de la culture populaire à charge des orchestres programmés ; dont la présentation incombait à Phidias Escalona, fils du défunt invité d’honneur : Phidias Danilo Escalona, et de Ricardo Ruiz, « le Don Quichotte diffuseur de la salsa au Venezuela ». Les deux animateurs, tout comme les orchestres, se sont déplacés avec leur sac à dos musical sur les différentes scènes.

Durant les 4 jours ont été projetés gratuitement au le public salsero à la cinémathèque nationale : « El Afinque de Marin » court mètrage réalisé en 1979 avec pour objet le mouvement musical développé tout particulièrement à San Agustin del Sur, dont le sommet montre le groupe disparu « Madera ». A aussi été diffusée l’inmanquable « Nuestra Cosa Latina » de Leon Gast ; « Cuba Son » d’Yves Billon (2003) ; et le « Buenavista social club » de Wim Wenders (1999).

Le cycle de conférences s’est fait au Musée de Bellas Artes, débutant le dimanche 3 octobre 2004, où la veuve de Tite Curet Alonso, Norma Salazar, a conversé avec le public sur le thème «  la salsa et Tite Curet ». Le lendemain, le public s’est régalé avec les dissertations, sur le thème «  salsa et société » qu’a réalisé le prestigieux chercheur colombien César Pagano. Pour finir, le mardi l’événement s’est clos avec l’historien vénézuélien Juan Carlos Baez, qui a disserté sur le thème Phidias et son temps avec une analyse intéressante de la trajectoire professionnelle de Phidias Danilo Escalona, en parlant de l’utilisation du mot « salsa », de la part de Phidias depuis l’année 1694, où il nous donne l’opportunité de faire savoir que la première mode de la salsa s’est développée au Venezuela, dès 1966 avec la parution du disque « Llegó la salsa » de Federico Betancourt, d’où une série de productions sortiront à la vente sous ce nom, on dénombre ainsi sur la période 1966-1968 près de 49 productions sous le nom de « salsa » au Venezuela.

Les concerts nous ont permis de prendre le pouls d’une série d’orchestres de divers styles, tels que la saveur perdurable du Sexteto Juventud, avec la majorité des musiciens de son époque d’or : Olinto Médina (directeur) , Cruz Quintana (bongo et timbales), Juan Sánchez « Ojo E’ Vaca » (tres) , El « Chivo » Oscar Mijares chantant aux côtés du charismatique Erasmo Machado « Pachanga », pedro Aparicio (basse) et aux congas Carlos Romero, qui a emmené le public au délire avec ses chansons « Cuando llora un hombre », « Mi Calvario » et « La Carcel ».

Federico y su Combo Latino sous la direction du légendaire Federico Betancourt ont laissé une agréable saveur au public nombreux avec les voix de son époque dorée, deux grands messieurs : Carlín Rodríguez et Dimas Pedroza qui ont démontré leur qualité inépuisable sur leurs thèmes traditionnels : « Señor gallo, Pao Pao, Maina, Cocolía, aux côtés de l’orchestre Magia Caribeña avec de puissants cuivres, représentés par les deux trompettistes : Yensi Madriz et Prisco Oropeza, et la paire de trombones d’Oscar Mendoza et Héctor Velásquez, la basse de Jesús Martínez, le piano de Jesús Moreno « Menudo », Armando Guacarán aux timbales, Arnaldo Guacarán aux congas et au bongo Luis Sulbarán. L’apogée et le clou de l’événement, nous l’avons vécu quand un jeune homme avec une seule main complète est monté sur scène pour nous offrir un solo de timbales que beaucoup de timbaleros avec leurs deux mains normales lui envient.

Un autre orchestre qui a impressionné le public danseur qui, bravant la pluie, a comblé toutes les présentations, est sans aucun doute Bailatino, avec un style très influencé par « La Perfecta » et le « Conjunto Libre » sous la direction du timbalero vétéran José « Cheo » Navarro, Felipe Blanco aux congas, José Soto « Mortadelo » à la basse, le piano du virtuose Alberto crespo, l’impressionnant son des trombonistes Elie Rivero et Johan Muñoz, la flûte d’Alexis Escobar et la voix d’un des meilleurs chanteurs vénézuéliens : Edgar « dolor » Quijada et le prometteur Marcelo Isturiz. Offrant au public une quantité de chansons de qualité, comme leur version du « Bigotón de Danilo », « Conoci tu falsedad » et « la Mansión » entre autres.

Un de nos orchestres favoris a été La banda Sigilosa, superbe groupe ! Quel son si spectaculaire, celui de ces cuivres ! représentés par Juan José Verde, José Ramoncini soufflant très haut avec sa trompette, le sax tenor du hors-série Rodolfo Reyes, le trombone de Jaime Paez, les percusionnistes Williams Troconis, Vladimir Rivero le timbalero invité, le grand Alfredo Padilla, Pilingo au piano, Roldán Peña à la guitare électrique, avec les voix de Pecheche Mijares et Carlos Julio Ramírez « El oso ».

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La Banda Sigilosa avec Pibo Marquez aux timbales
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Les autres orchestres qui ont conquis le public : Calle Luna de Petare, un orchestre qui venait précédé d’une grande renommée qu’ils ont maintenu durant l’événement. Le souvenir desmoments classiques de la salsa avec La Oportunidad, et ses 9 ans d’existence, qui ont dignement représenté le quartier « 23 de Enero » : Armando Vásquez (timbales et directeur), Orlando flores (Sax tenor et directeur musical), Enrique Blanco au trombone, Antonio Madera au piano, Bitervo Plaza aux congas, luis Alen à la trompette aux côtés de Rodolfo Rada et Pablo Benavides. Arturo Colmenares au bongo, l’ex-« adolescente » Julio Antillano à la basse, le vétéran Wichie Pérez au chant avec josé Vicente Díaz et Rafael Flores.

Terminons avec deux orchestres que nous n’avons pas eu la possibilité d’apprécier en détail : La Vanguardia (avec des commentaires très favorable) et les filles de Aliaje. Tous les orchestres et toutes les présentations ont apporté aux vénézuéliens 4 jours de la meilleure salsa vénézuélienne et espèrons que dans un futur proche le 5 octobre de chaque année soit déclaré « Jour National de la Salsa au Venezuela » [1] ce qui nous permettrait d’améliorer les conditions économiques des musiciens, par l’accès à la sécurité sociale et la perception de revenus dignes des représentants et créateurs de la musique populaire.

Merci à la CONAC, à la journaliste respectée Lil Rodriguez et à tout le public qui a rempli la majorité des espaces, nos musiciens vénézuéliens qui sont occupés à créer mais qui attendent notre soutien pour la diffusion et la consommation du produit qu’ils nous offrent.

Un forum sur la salsa en novembre 2004

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Histoire de la salsa - 4/11/04
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Histoire de la salsa -18 nov. au 11 déc. 2004
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Avec beaucoup de succès a eu lieu le samedi 4 novembre 2004, un nouveau forum sur l’histoire de la Salsa au Venezuela. Dans un espace archi-plein du Musée Jacobo Borges se sont transmises les anecdotes des frères Pacheco (Kiko, Héctor, Nene y Luis), du créateur des "Estrellas Latinas" : Cheo Palmar et de celui de la Renovación : Nico Monterola, à l’aide d’images et de coupures de presse de l’époque.

L’animation et la transmission radiophonique sont revenus à Ricardo Ruiz et son "Sentir Latino", qui a dialogué sur la période 1970 à 1975, germe du futur Boom de la Salsa au Venezuela.

Le public s’est régalé avec un guaguancó improvisé par les musiciens présents : Les Pacheco, Tata Guerra, Fernando “Chino” Suárez, Carlín Rodríguez, Angelito Pérez, Rómulo Robaina, Olinto Medina, Cheo Linares et un personnage qui a surpris toute la salle, avec son témoignage et son art du chant, le prestigieux musicien vénézuélien résident à Milan : Orlando Castillo “Watussi”.


[1] NDT : c’est fait ! Le jour national de la salsa au Venezuela est le 5 octobre de chaque année.