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La rumba Guaguancó

Publié le 1er octobre 2007, par : pbouge

Une présentation de la rumba Guaguancó et quelques chansons traduites.

Le guaguancó, une chronique populaire.

Le guaguancó est né dans les faubourgs de la Havane et de Matanzas à la fin du XIX ème siècle. Véritable genre musical, la rumba comporte de nombreuses variétés qui se sont nourries les unes des autres. Comme son prédécesseur le yambú, le guaguancó a aussi assimilé des composantes de la columbia tout en gardant un style propre et original. Comment un style musical a-t-il pu garder pendant plus d’un siècle sa popularité ?

La persistance extraordinaire de la rumba est dû à une spécificité cubaine de l’esclavage. Aboli très tardivement (1860) il ne s’est pas accompagné d’une destruction quasi totale de la culture des esclaves comme dans de nombreux autres pays esclavagistes, les USA par exemple. L’esclavage à Cuba était très important en densité et en variété. Fernando Ortiz a dénombré plus de cent groupes éthniques différents à Cuba et il estimait qu’à la fin du XIX ème siècle il y avait encore quarante ’nations’ distinctes qui avaient su préserver leur identité à l’aide d’associations d’entraide, de clubs ou de loges, connues sur le nom de "cabildos" (les cabildos Yoruba, Congo -Bantu-, Arara -Fon-...). Tolérés par le pouvoir, les cabildos étaient des regroupements d’esclaves, d’anciens esclaves affranchis et de leurs descendants. Dès la fin du XIX ces sociétés prirent des noms de saints catholiques et tissèrent des liens avec l’Eglise. Les dieux du Panthéon Yoruba ont pris ainsi un deuxième nom catholique. Camouflage pour préserver une culture, ou tactique d’intégration d’une Eglise, cela a permis de conserver à travers le temps de nombreuses cultures. Le caractère très organisé, parfois très fermé, très secret, de ces regroupements a permis de conserver la mémoire en particulier les chants, des rites, des cérémonies, des instruments et des rythmes de ces cultures.

Mais la conservation de cette mémoire n’a pas figé le genre au contraire . Les choeurs de guaguancó ont continué d’évoluer en assimilant les mélodies des chorales de chant et de "clave" pendant les premières années du XX ème siècle. Sur le plan rythmique le guaguancó est plus dynamique plus rapide que le yambú mais le chant y est plus fluide. Il s’accompagne avec trois tambours -"salidor", "tres glopes", "quinto"-, des "clave" pour donner le rythme de base, une "cajita", un tronc de "caña brava" (ou le cata formé avec un tronc de bambou) qui se percutait à l’origine avec des cuillères. La polyrythmie est particulièrement riche et mélodieuse. Le tambour le plus grave soutient le rythme et le tambour intermédiaire dialogue avec le quinto.

Le morceau est introduit par un chant unique ("aléléléalalalaaaa ....) qui donne le ton aux musiciens tandis que la clave va donner le rythme. La partie initiale du chant est plus longue que dans le yambú. Le texte est narratif avec de la prose alternant avec des vers de 8 syllabes enchainés par groupes de dix. Les thèmes sont ceux de la vie quotidienne, du pays, des sentiments. Ils sont chantés avec humour ou gravité, et sont souvent des chroniques populaires. L’influence de l’Andalousie est très marquée dans les paroles et les improvisations qui s’expriment surtout dans la troisième et dernière partie constituées de questions/réponses entre le choeur et le soliste.

La chorégraphie est d’une très grande richesse. De contenu érotique c’est une parade, une pantomime sexuelle, un jeu de séduction. Un homme et une femme tour à tour s’attirent puis se repoussent avec une grâce sensuelle, dans une gestuelle explicite. La femme séductrice et aguicheuse se protège avec les plis de sa robe, la paume de ses mains ... car l’homme est ardent et la poursuit de ses avances pour la posséder ("vacunarla") d’un mouvement du pelvis qui se nomme aussi "abrochao". La femme montre alors sa défaite. Quelques fois l’homme simule un geste de possession avec le pied ou la main. Généralement la représentation continue en entraînant à tour de rôle d’autres couples dans la danse.

De nombreux guaguancós ont été composés par des auteurs anonymes et mais aussi par des auteurs notables comme Ignacio Piñeiro ("Sobre una tumba una Rumba", "Papá Oggún", "El Desengaño de Los Roncos", "Para niñas y señoras"), Tío Tom ("Consuélate come yo", "Chango ta’veni"), Evaristo Aparicio ("Xiomara", Alberto Zayas ("El vive bien", "Tindé aró"), Calixto Callava, Santoz Ramirez, Chano Pozo, Pascual Herrera, Silvestre Méndez, Florencio Calle, Esteban Lantri ... etc.

Les excellents interprêtes sont si nombreux qu’il est difficile de faire une sélection complète : Chano Pozo, Augustin Gutiérrez, Ángel Contreras, Pedro Izquierdo, Candidi Camero, Carlos Valdés, "Patato", Aristide Soto, Tata Güines, Lazarito Quinto... Sans oublier les orchestres : Estrellas Amalianas, Los Muñequitos, Los Papines, Conjunto Clave y Guaguancó, Yoruba Andabo... ni les chanteurs : Agustin Pina, "Flor de Amor", Miguel Chapottin, Alberto Zayas, Carlos Embale, Juan Núñez, Benito Gonzalez, "Roncona", Juan Campos, Estaban Lantri, "Saldiguera", Hortensio Alfonso, "Virulilla" et les merveilleuses Merceditas Valdes, Celeste Mendoza, Lucrecia Oxamendi, Manuela Alonso, ...

Quand aux danseurs ils constituent une pléiade inclassable qui rendent toujours aussi vrai l’interrogation populaire :

"¿En Cuántas casas, salores, parques de la Habana, Matanzas, Santiago de Cuba, Guantanamo... se ha cantado, tocado y bailado guaguancó ?

Titre, Cuba Linda
Compositeur, José Deza

Original Traduction
Cuba Linda de mi vida
Cuba Linda siempre te recordaré
(bis)
Yo quisiera verte ahora
Como la primera vez
Cuba Linda de mi vida
Cuba Linda siempre te recordaré
(bis)
Cundo escucho un son cubano
Cundo escucho un son cubano,
De los tiempos ya pasada
Mi corazón se entristece
Y mi juventud revive ese tesoro cubano
Tierra de ensueño y encanto
Con su son tan habanero
Tierra que yo tanto quiero
Tierra que yo tanto quiero
Y por ella yo me muero
Cuba Linda de mi vida
Cuba Linda siempre te recordaré
Te recordaremos, te recordaré
Rumbero te recordaremos
Coro :
Te recordaremos
Belle Cuba de ma vie
Belle Cuba dont je me souviendrai toujours
(bis)
J’aimerais te voir maintenant
Comme la première fois
Belle Cuba de ma vie
Belle Cuba dont je me souviendrai toujours
(bis)
Quand j’écoute un son cubain
Quand j’écoute un son cubain,
Des temps déjà passés
Mon coeur s’attriste
Et ma jeunesse revit ce trésor cubain
Terre de rêve et d’enchantement
Avec son son si havanais
Terre que j’aime tant
Terre que j’aime tant
Et pour qui je me meurs
Belle Cuba de ma vie
Belle Cuba dont je me souviendrai toujours
Nous nous souviendrons de toi, je me souviendrai de toi
Rumbero, nous nous souviendrons de toi
Coeur :
Nous nous souviendrons de toi

Titre, Consuélate como yo
Compositeur, José Deza

Original Traduction
Consuélate como yo
Que yo también tuve un amor
Y lo perdí
Y por eso digo ahora
Ya yo no vuelvo a querer
¿De que te sirvió el querer
Si a ti también te traiciono
Como a mi
Coro :
Por eso ahora, ya yo no vuelvo a querer
Console-toi comme moi
J’avais aussi un amour
Et je l’ai perdu
C’est pourquoi je dis aujourd’hui
Que je n’aimerai plus
A quoi cela t’a-t’-il servi d’aimer ?
S’il t’a trahi toi aussi
Comme à moi
Coeur :
C’est pourquoi maintenant je n’aimerai plus

Titre, ¿Dónde andabas anoche ?
Compositeur, Ignacio Piñeiro

Original Traduction
Avísale a la vecina
Que aquí estoy yo
Que vengan para que aprecie dulce cantar
Después no quiero que digan
Que di la rumba y no la invité
Que vengan para que aprecie sonoridad
¿Dónde andabas anoche ?
Qué bien te busqué
(bis)
Recorrí La Habana y no te encontré
Me fuí con mamita, y el Ronco seguí
Me gustó su canto
Y con el me fuí
Coro :
Ven, ven, Iroko, ven, ven
Préviens la voisine
Que je suis ici
Qu’ils viennent pour apprécier le chant doux
Après je n’aime pas qu’on dise
Que j’ai donné la rumba et que je ne l’ai pas invité
Qu’ils viennent pour que apprécier la sonorité
Où as-tu passé la nuit ?
Je t’ai cherché partout
(bis)
J’ai parcouru la Havane et je ne t’ai pas croisé
Je suis parti avec ma petite chérie et le rauque a continué
J’aimais son chant
Et avec lui je suis parti
Coeur :
Viens, viens Iroko, viens, viens

Titre, La última rumba
Compositeur, Inconnu

Original Traduction
Esta es la última rumba
Que cantamos en tu morada
(bis)
Oyelo bien encargada,
Hay una voz que retumba
Esta la última rumba
Que cantamos en tu morada
Para que viva alegrada
Hay una voz que retumba
Esta es la última rumba, etc.
Coro :
Soba quien soba
C’est la dernière rumba
Que nous chantons dans ta maison
(bis)
Ecoute-là bien encargada... ????
Il y a une voix qui résonne
C’est la dernière rumba
Que nous chantons dans ta maison
Pour qu’elle vive heureuse
Il y a une voix qui résonne (qui retentit ?)
C’est la dernière rumba, etc.
Chœur
 ????? Sobar veut dire : tripoter (tocar), fouler (pieds), pétrir, rosser

Courte discographie :

- Los Muñequitos de Matanzas "Cuban Classics IV"
- Carlos Embale "Rumbero Mayor", EGREM
- Clave y Guaguanco "60 Anniversario, La Rumba que no termina", Cuba Chévere
- Rumboleros Grupo "Protesta carabalí", Envidia
- Grupo Afro-Cubano de Alberto Zayas "El yambú de los barrios"
- Grupo Yoruba Andabo "El callejón de los rumberos"
- divers interprêtes "Rapsodia Rumbera" EGREM CD0121
- divers interprêtes La Rumba Soy Yo - Bis Music, 2000
- divers interprêtes La Rumba Soy Yo II - Bis Music, 2004
- Yoruba Andabo "Rumba en la Habana" (CD et/ou DVD)
- Los Muñequitos de Matanzas "Live in LA" (DVD)


  • Message 1
    • par pbouge, 3 octobre 2007 - La rumba Guaguancó

      Ouvrages de référence :

      - "Diccionario de la Musica Cubana", Helio Orovio, Editorial Oriente, Santiago de Cuba 1994

      - "La conga, la rumba : columbia, Yambu y guaguanco", Helio Orovio, Editorial Letras Cubanas, La Habana 1992

      - "Los Instrumentos de la Musica Afrocubana", ensemble de 8 livrets, Fernando Ortiz, Editorial Letras Cubanas, La Habana 1995

      Sites de référence :

      - ¡Vamos a guarachar ! le meilleur blog consacré à la rumba

      - Rumbabierta un excellent groupe de rumba en France