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La musique de Maelo

Et son apport à la musique afro caribéenne.

Publié le 23 octobre 2003, par : guayacan

Nous allons ici pointer les caractéristiques de la musique d’Ismael Rivera, ainsi que son l’importance dans la musique afro caribéenne.

N’étant pas musicologue, ce que vous allez lire ci-dessous n’est qu’une tentative de résumer quelques points importants développés dans les livres cités dans les sources.

« Ismael era lo más grande. Llegaba a un estudio sin saber los números. Se daba la idea de la música y el hombre al instante inspiraba. El no tenía letra escrita para tantos números que se hicieron famosos, pero se montaba en el caballito del montuno y le salían unas jerigonzas, unas frases, que sólo él podía crear. (...) Ismael era un monstruo. Uno oye esos números completos ahora y no puede comprender cómo se hacían en los estudios de grabación con esa rapidez y ese canto que Ismael lograba. Olvídate, Ismael era un monstruo de esos que de vez en cuando aparecen en la música. »
Rafael Ithier in Cesar Pagano, Ismael Rivera : El Sonero Mayor, Ediciones Antropos, Colombia 1993, cité dans Figueroa

Traduction approximative :
« Ismael était le plus grand. Il arrivait au studio [d’enregistrement] sans connaitre les chansons. Il se faisait une idée générale de la musique et immédiatement il imporvisait. Il n’avait pas de paroles écrites pour beaucoup des chansons qui devinrent des succès, mais il montait sur le cheval du montuno et lui sortaient des phrases [1] que lui seul pouvait crééer. (...) Ismael était un monstre. Quand on écoute les chansons complètes aujourd’hui, on ne peut comprendre comment on faisait en studio pour enregistrer avec cette rapidité et ce chant qu’Ismael atteignait. Oublies ! Ismael était l’un de ces monstres qui, de temps en temps, apparaissent dans la musique.

Voici ce que dit Rafael Ithier, co-fondateur et directeur musical du Gran Combo, de Maelo. Et il est bien placé pour en parler puisque, membre du Combo de Cortijo, il a eu de nombreuses fois l’occasion de travailler en studio avec Ismael dans les années 50.

Plusieurs études, essais ou chapitres entiers traitent des caractéristiques du chant du Sonero Mayor. Vous trouverez dans la suite un résumé extrèmement succint de celles ci :
- clave
- déplacements rythmiques
- rimes et structures

La Clave

Tout part de là. Toutes les improvisations de Maelo sont construites sur, avec et autour de la Clave. Ce n’est pas un simple don, mais le fruit d’un travail volontariste et acharné. Les enregistrements sonores et visuels [2] de ses débuts témoignent de ce travail.

Déplacements rythmiques

Ismael ne respecte pas l’espace imparti à l’improvisation entre deux "coros". Il est le premier à pisar el coro : mot à mot "marcher sur les choeurs". Aujourd’hui, c’est une pratique évidente pour tous les sonéros, mais cela ne se faisait pas avant Maelo.

Ainsi, en empiétant sur le choeur, en rajoutant des syllabes, Maelo crée des déplacements rythmiques dans ses pregones [3]. Cela lui permet :
- d’ajouter de l’intérêt au discours,
- de renforcer l’importance d’une note ou d’une syllabe
- de créer des tensions rythmiques.

Rimes et structures

Maelo altère la structure de ses soneos de plusieurs façons. Il alterne des phrases communes avec des paraphrases, il inclue des phrases nouvelles par rapport au texte "connu" d’une chanson. Par ailleurs, il est capable de rassembler des phrases mélodiques différentes par un usage subtil des rimes.

Bref, ce qui caractérise Maelo, c’est sa grande liberté à l’heure d’improviser. Liberté mélodique, liberté rythmique, liberté vis à vis du coro. Il a cassé les patrons du soneo pour ouvrir de nouveaux espaces, le plus caractéristique étant peut-être ces chansons comme Las Tumbas : la liberte d’Ismael est si grande, si grande est sa capacité à transmettre l’émotion par son chant qu’il peut à l’occasion se passer des choeurs, comme par exemple dans Incomprendido (pas de choeur) ou Las Tumbas [4].

Pour en savoir plus, référez-vous aux sources, où bien demandez directement à un chanteur de salsa si vous en connaissez...


Encore une fois, n’étant pas musicologue, tout ce qui est écrit ici a pour seul but de donner une vague idée de l’importance de Maelo et de son apport à la musique Afro Caribéenne. J’invite tous les musicologues qui liront ces lignes à ne pas hésiter à nous signaler des erreurs, à compléter cet article, où même à en écrire un plus complet. Pour cela, cliquez sue "répondre à cet article" ou contactez l’auteur


[1] mot difficile à traduire, entre phrase, language populaire et argot

[2] le combo passait dans un programme régulier à la télé portoriquaine

[3] improvisations entre les choeurs

[4] Las Tumbas est structurée autour de trois coros assez longs, l’un au début, le suivant au milieu et le dernier peu avant la fin