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La charanga (3/4) : Les charangas cubaines

Publié le 7 février 2003, par : pbouge

Un article en quatre épisodes pour parler de la charanga :

1/ Introduction, la contredanse

2/ Le Danzón, les premières Charangas

3/ Les charangas cubaines

4/ Les Charangas de NY

Troisième partie : Les charangas cubaines

Le danzón va évoluer en 1929 dans un nouveau genre, la danzonete, sous l’impulsion d’Aniceto Díaz et de sa chanson Rompiendo La Rutina. La grande différence avec le genre précédent c’est la présence de (des) chanteurs au sein de l’orchestre, et qui se danse en couple.

En 1937, Israel "Cachao" Lopez, contrebassiste dans l’orchestre Las Maravillas Del Siglo allait composer les premiers morceaux où la ligne de contrebasse contenait déjà le rythme du mambo. Ce rythme allait être immédiatement exploité par son frère Oreste qui crée le ’danzón mambo’ l’année suivante. Pendant longtemps le mérite de la création de ce nouveau rythme allait être attribué à Oreste et ce n’est que récemment que la paternité du nouveau rythme est revenue à Cachao et aussi au flûtiste Arcaño dont les riffs et les improvisations ont aussi beaucoup aidé à la création du mambo. Mais il faudra attendre 1939 pour que ’La Primera Maravilla Del Siglo’, l’orchestre d’Antonio Arcaño lance ce rythme sur les ondes radiophoniques avec le grand succès composé par Oreste Lopez, Mambo. Ce morceau assez rapide est encore relativement loin de la forme connue et populaire du mambo créée bien plus tard par Perez Prado.

De nombreuses charangas ont continué à jouer dans les années 40, 50 et même jusqu’à aujourd’hui, celle de :

Antonio Maria Romeu, Cheo Belen Puig, Melodías del 40, Orquesta América, Abelardo Valdés, Abelardo Barroso’s Orquesta Sensación, Pancho El Bravo, Rosendo Ruiz, Orquesta Sublime, Orquestra Aragón, Félix Reyna, Neno González, Estrellas Cubanas, et José Fajardo.

En 1949, Enrique Jorrín [1]compose un nouveau morceau cadencé par « un, deux, cha-cha-cha », qui va être martelé avec enthousiasme par les pas chassés des nombreux danseurs :

1&2&3&4& sur une mesure à 4 temps

x0x0x0xx Musique vraiment très entraînante, la communication entre les musiciens et les danseurs a été immédiate sur un rythme immédiatement adopté "deux-trois", "quatre-et-un", « quatre-et-un » correspondant au "cha-cha-cha" ayant donné son nom à cette danse.

Difficile de passer en revue de manière exhaustive tout le foisonnement, toute la richesse des charangas cubaines. Mais il faut choisir forcément de manière injuste alors regardons d’un peu plus près deux grands contributeurs : José Fajardo et Orquesta Aragón.

Pour les Cubains, la ’Aragón’ fait partie de ces choses qui ont toujours été là. Le groupe a fait danser les grands-parents avec le danzón, les parents avec le cha-cha-cha, les enfants avec la timba ou le ’cha-cha rap’. Depuis plus de soixante ans, les Cubains ont rendez-vous avec la Orquesta Aragón à la radio, aux nombreux concerts du groupe, et avec l’importante discographie du groupe. En 1939, l’Orquesta Aragón se forme dans la ville de Cienfuegos, sous la direction du contrebassiste Orestes Aragón avec des violons, un piano, une flûte, des percussions et un chanteur et dont le répertoire est surtout constitué de danzón et de danzonete. Le groupe prend différents noms à ses débuts : Rítmica del 39 puis Rítmica Aragón avant d’adopter finalement celui d’Orquesta Aragón. En 1948, Rafael Lay succède à Orestes Aragón et en 1954, le flûtiste virtuose Richard Egües rejoint le groupe. Le cha-cha est alors au zénith et la Aragón va produire de nombreux succès El Bodeguero, Pare Cochero… Les décennies suivantes suivront au rythme d’autres grands succès. Pour approcher son répertoire de nombreux CDs peuvent être recommandés, comme Charangas y Pachangas, Danzones de Ayer y Hoy ou Ritmo Cha-onda. Cependant l’album sorti pour le soixantième anniversaire d’Orquesta Aragón, La Charanga Eterna  [2] avec des invités comme Omara Portuando, Cheo Feliciano, Papa Wemba est le plus indiqué. Vous y trouverez des morceaux traditionnels comme Siboney ou Bruca Manigua, d’anciens succès d’Aragón, El Paso de Encarnación, La Reina Isabel ou encore des morceaux d’aujourd’hui. Le dernier CD En Route est aussi très intéressant pour le mélange harmonieux des genres. Vous trouverez sur ce site une biographie très complète et en français.

Le flûtiste occupe le rôle central dans une charanga, et il est au moins un flûtiste pionnier qui mérite toute notre attention. José Fajardo est né le 18 octobre 1919 à Guane, Pinar del Río à Cuba et décédé le 11 décembre 2001. Une première carrière dans la police, puis dans l’armée, puis des emplois dans les cours de justice, il trouve enfin sa voie en 1942 pour jouer avec Antonio María Romeu, Arcaño y sus Maravillas et bien d’autres encore. Fajardo chef de sa première charanga en 1949 va connaître le succès avec le cha-cha-cha en 1953, mais joue aussi des danzones. Voyageur il va et vient de Cuba à New York, au Venezuela, pour à chaque fois découvrir et jouer avec de nouveaux musiciens et produire encore de nouveaux enregistrements avec Tata Güines, Fania all Stars, Enrique Jorrín, Johnny Pacheco, Belisario López, Mongo Santamaría, Ray Barretto, Alegre All-Stars, Machito, les deux Titos (Rodríguez et Puente), Lou Pérez, La Playa Sextet, Louie Ramírez, Eddie Palmieri, Mario Bauzá, Roberto Torres, Africando… etc.  [3] Là encore c’est très difficile de recommander des enregistrements, il y a bien sur des compilations ou des albums comme Fajardo Y Sus Estrellas, Pacheco, Fajardo & Pupi, Las Tres Flautas [4].

Au début des années 60, c’est la pachanga qui va enthousiasmer les danseurs de New York. A suivre ...

Références


Notes


[1] William Navarette, dans son livre ’La Chanson Cubaine’, éditeur l’Harmattan, souligne le rôle essentiel de l’orchestre América dans la création du cha-cha-cha

[2] Import CD, 1999, Lusafrica 362112

[3] Une biographie très complète en anglais sur Descarga.com

[4] CD Fania 561),1980