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La Charanga (4/4) : Les Charangas de New York.

Publié le 2 juillet 2003, par : pbouge

Quatrième et dernier volet de cette série dédiée aux charangas :

1/4 Introduction, la contredanse

2/4 Le Danzón, les premières Charangas

3/4 Les Charangas Cubaines

4/4 Les Charangas de New York

4/4 Les Charangas de New York

Il y a plus de cinquante ans, en 1952, le flûtiste Gilberto Valdés qui se produisait alors au « Tropicana club » dans le Bronx, fonde la première charanga d’Amérique du Nord. De nombreux autres orchestres ont suivi : Orchestra Nuevo Ritmo, La Duboney de Charlie Palmieri, Johnny Pacheco, Lou Pérez, Mongo Santamaría, Ray Barretto, Chihuahua Martínez’s Orquesta Metropolitana, Rolando Lozano’s Orquesta Antillana, Charanga 76, Típica Novel, Típica Ideal, Orquesta Broadway… etc.

Vers 1952, le Palladium était devenu le lieu du mambo, suivi en 1954 par le cha-cha-cha [1]. Situé sur Broadway « midtown » au numéro 1692, au coin de la 53 ème rue, cette salle de concert et de bal, allait devenir le creuset de la salsa. Pour une entrée payée comprise entre 75 cents et 1 dollar 25 cents, le public avait droit à deux orchestres -et quels orchestres ! -, des démonstrations, des cours et des concours de danse. Un public très mélangé (« wasp », latino, africain et asiatique) a été d’abord séduit par trois grandes formations, celles de Tito Puente, de Tito Rodríguez et de Machito, avec principalement des répertoires de mambo et cha-cha-cha.

Une deuxième vague allait suivre autour des années 60, avec le premier éditeur de musique latine à New York Alegre avec surtout des charangas [2] qui allaient entrer en compétition avec les orchestres de mambo. À leur tête, Johnny Pacheco et Charlie Palmieri vont collaborer pour plusieurs enregistrements dans la même formation pour rendre très populaire un nouveau style, la pachanga [3]. La pachanga va rencontrer tout de suite une adhésion des danseurs qui vont être enthousiasmés par la « Charanga Duboney » de Charlie Palmieri et de Johnny Pacheco. Ce type d’orchestre avec une flûte et quatre violons n’était pas courant à New York. Johnny Pacheco [4] a d’abord été engagé en tant que percussionniste mais peu de temps après il a commencé à jouer des solos de flûte en remplacement d’un musicien qui avait quitté le groupe.

En 1961, deux titres de l’album Pachanga At The Caravana Club suscitent l’enthousiasme du public : Son De Pachanga et La Pachanga Se Baila Así [5]. L’album Let’s Dance The Charanga est aussi très réussi avec l’extraordinaire sonero Vitin Aviles dans un répertoire très varié : Domino, Mack The Knife, ou encore Comme Ci, Comme ça. L’album Viva Palmieri comporte un excellent ’son-montuno’ Lo Dicen Todos et plusieurs pachangas comme par exemple Galletana. L’album Tengo Maquina Y Voy A Sesenta comporte au moins deux morceaux passionnants : La Timba es Mia et Clap My Guaguanco. Vous l’avez compris c’est avec un parti pris que je soutiens que l’essor des charangas de New York est principalement dû aux talents multiples de compositeur, instrumentiste, chef d’orchestre, pédagogue de Charlie Palmieri.

Charlie Palmieri a également dirigé en 1961, le grand orchestre Alegre All Stars composé des meilleurs musiciens du label pour jouer le formidable répertoire de l’époque : mambo, cha-cha-cha, pachanga… avec des incursions dans le jazz en particulier pour les solos. Tous leurs albums sont réussis, les interprétations de El Manicero, de Manteca, de Bobby : Bajo y Clarinete sont superbes de créativité, d’humour et de joie.

D’autres ont bien sûr poursuivi avec talent la voie ouverte par Charlie Palmieri. En 1961 les percussionnistes Willie Bobo, puis Joe Loco, collaborent -avec créativité- avec un très grand congocero : Mongo Santamaria qui va diriger ces nouvelles charangas pour donner quatre albums, en introduisant de plus en plus de phrases de montuno. Ce style va influencer tous les orchestres de l’époque dont celui de Ray Baretto et de nouvelles formations comme Orquesta Novel ou Orquesta Broadway.

Depuis il y a toujours une demande constante pour les charangas : Charanga America, Charanga 76, Orquesta Antillana, Bongo Logic, Alfredito Valdes Jr. … et d’autres, toutes servies avec virtuosité par des musiciens comme Cachao, Eddy Zervigon, Alfredo De La Fé, Lou Pérez, Dave Valentin…etc.

Ironie de l’histoire le Palladium a définitivement fermé ses portes le 1er mai 1966 [6], et ce jour le dernier morceau, Pare Cochero fût joué par une charanga l’ "Orchesta Broadway". Mais une autre ère avait déjà commencé car peu de temps auparavant, en 1963, Charlie Palmieri et sa charanga avait sorti un album intitulé Salsa Na’ Ma’ et dans la chanson de même titre les chœurs répétaient :

salsa na’ ma’, que cosa rica

salsa na’ ma’, que cosa rica


[1] le mambo fut créé par Orestes et Israel Lopez à Cuba et popularisé aux USA par Pérez Prado, et le cha-cha-cha par Enrique Jorrin, voir chapitre 3

[2] Les charangas étaient aussi appelés avec confusion pachangas à l’époque

[3] "pachanga," un mot popularisé par Eduardo Davidson. Chanteur cubain qui a eu un grand succès avec la chanson La Pachanga. Elle se dansait un peu comme le charleston.

[4] Johnny Pacheco volera ensuite de ses propres ailes vers le succès avec Oyeme Mulata ou Caramelos

[5] Cette dernière chanson avait pour but de clarifier avec humour les sens respectifs de charanga et de pachanga

[6] Selon Max Salazar. Mais d’après Isabelle Leymarie, le Palladium ferme le 15 avril 1966 suite à une descente de police où plusieurs personnes sont arrêtées pour trafic de stupéfiants

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  • Message 1
    • par El diablo, 6 juillet 2006 - La Charanga (4/4) : Les Charangas de New (...)

      Article très intéressant, mais quelques corrections : les orchestres du Palladium jouaient aussi du jazz latin et n’étaient pas seulement-dieu merci-des orchestres de mambo et de cha cha cha. La "pachanga" a été récupérée aussi par l’orchestre de Tito Rodriguez et n’est pas une production musicale "spécifique" des charangas, qui par ailleurs ont largement profité de la fin de la vague du cha cha cha... L’essor des charangas de New-York n’est pas dû au seul talent de Charlie Palmieri et de la Duboney (et de fait Pacheco comprit vite que le succès populaire ne lui arriverait qu’au prix de la séparation d’avec Palmieri), mais surtout à l’arrivée en masse de musiciens cubains - voir la troisième partie- à New-York suite à la prise de pouvoir par Castro : de fait la révolution cubaine n’a pas représenté pour les musiciens cubains (de talent) l’amélioration des conditions de vie qu’une certaine propagande sert assez régulièrement...

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