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La Charanga, (1/4) : la contredanse

Publié le 6 janvier 2003, par : pbouge

Un article en quatre épisodes pour parler de la charanga :

1/ Introduction, la contredanse

2/ Le danzón, les premières Charangas

3/ Les Charangas Cubaines

4/ Les Charangas de New York

Première partie : Introduction, la contredanse

Introduction

Tout le monde s’accorde pour reconnaître que les « Charangas Francesas", I.E. les orchestres français du 19ème siècle, ont contribué de manière décisive à la musique afro-caraïbéenne. Ce type d’orchestre, très en vogue dès les années 1920, était composé d’instruments comme la flûte qui occupait un rôle central, les violons et violoncelles, une section rythmique avec cymbales, congas, güiro, basse et piano, et plusieurs chanteurs qui interprétaient un style particulier appelé le danzón, considéré longtemps comme la danse nationale de Cuba. Mais avant de développer en détail sur le danzón dans le chapitre 2, revenons sur son origine, la contredanse.

La contredanse

Né en Angleterre la « country dance » va vite conquérir la France et une grande partie de l’Europe. En 1684, le maître à danser anglais du nom d’Isaac d’Orléans enseigne la « country dance » aux princesses, à Fontainebleau. Peu de temps après, André Lorin, maître à danser part en Angleterre pour apprendre ces danses qui rencontrent un succès grandissant en France. Petit à petit, cette danse francisée en ’contredanse’, se fait un chemin dans l’aristocratie française pour atteindre une grande popularité. Ce succès va durer tout le XVIIIème siècle, restant encore à l’honneur sous le Consulat. Elle doit sa popularité à sa simplicité, à sa gaîté, à sa facilité de mémorisation. C’est une danse allègre, aux airs très simples. Elle utilise un pas de bourrée, auquel s’ajoute un demi-contretemps et un pas de gavotte ou un pas de menuet ; il y a aussi des pas marchés. Ce sont des figures de bases qui peuvent être enrichies par des variations optionnelles. Les figures à exécuter sont annoncées par le ’Rigaudonnier’. On ne change pas de partenaires on se tient par la main. Danse gaie et légère elle était composée principalement de figures exécutées par des danseurs disposés en colonne et évoluant en vis-à-vis des danseuses pour former des lignes et un passage central. A la fin de chaque figure les participants se déplacent vers le bas de la danse afin de passer par chaque position de la colonne pour revenir à leur point de départ.. La série sera répétée jusqu’à ce que tous les couples retrouvent leur place initiale. [1]. Ce type de danse était appelé la contredanse « anglaise » et elle connu un grand succès en France mais en prenant un tour plus sophistiqué. Vers 1740 elle se transforme en contredanse « française », appelée aussi « cotillon », l’ancêtre du quadrille.

La contredanse française ou cotillon : Les couples sont disposés en carré et contrairement à la contredanse anglaise, il va y avoir des permutations de cavaliers et de cavalières. Pendant le refrain, répété après chaque couplet, chaque cavalier évolue avec la "compagnie" d’un autre cavalier en se déplaçant sur la diagonale. Très à la mode la contredanse française ne fera qu’une avec le « cotillon » [2]  [3].

D’autres danses d’origine française comme le rigodon influenceront la musique cubaine.  [4]. Une chanson d’un disque d’Orquestra Elio Reve « Epoca de Oro » s’appelle tout simplement « Rigodón » ; les chœurs disent « Juan Ramón baila Rigodón ». On retrouvera également le rigodon à Porto Rico dès les années 1830.

La contredanse s’est finalement imposée à Cuba en se transformant en « Contradanza » et en « Danza » puis en « Habanera ». Deux explications existent pour situer l’origine de la contradanza : certains disent que la créolisation s’était opéré à Saint Domingue avant l’exil des réfugiés, d’autres affirment qu’elle a eu lieu à Cuba après leur arrivée. La Contradanza est constituée de quatre mouvements : « paseo, cadena, sostenido, et cedazo ». Les deux premiers mouvements sont lents, le sostenido et le cedazo, en revanche, sont plus vifs. Le paseo, figure lente de la contradanza, est l’ensemble des déplacements des danseurs/euses le long de deux lignes en couloir. Les couples vont effectuer des changements de place le long de ce couloir en effectuant les pas et figures de la danse, et en parcourant chaque position de manière similaire à la contredanse anglaise.

La structure rythmique de la contradanza est basée un rythme syncopé et asymétrique appelé le quintolet en français, ou "cinquillo". D’aucuns pensent à tort que les rythmes de la contradanza ont suivi un chemin qui allait de l’Afrique, à Saint Domingue puis à Cuba. Or le chemin a été plutôt France, Haïti, Cuba.

Voici une notation du cinquillo :

1&2&3&4& sur une mesure à 4 temps

0x00x00x Il est joué (0)sur le temps 1, puis sur le 2 et le & du 2 et enfin sur le & du trois et sur le 4. Ce rythme existait antérieurement en Haïti sous le nom de ’Kata’  [5]. Ce rythme [6] se retrouvera dans la contradanza, la danza et la habanera qui, après avoir été exporté par les marins cubains à Bueno Aires, évoluera pour donner le tango. Le ’kata’ ou ’catá’ selon les orthographes, c’est le nom d’un tambour formé d’un tronc d’arbre creux sur lequel « le catayé » joue avec 2 bâtons. C’était l’instrument de prédilection des musiciens qui jouait la ’tumba francesa’ d’abord à Haïti et ensuite à Cuba dans l’« Oriente » [7] pour accompagner contredanse, rigodon et cotillon avec des rythmes très syncopés.

Une évolution du ’quintillo’ donnera naissance au rythme essentiel de la musique cubaine le ’tresillo’ dans la notation suivante :

1&2&3&4&

0xx0xx0x (notes sur le 1, le & du 2 puis sur le 4). Le tresillo, une partie constitutive de la clave [8] se retrouvera dans le son et jusque dans la salsa d’aujourd’hui.

A suivre … Prochain épisode le danzón et les premières Charangas.


Notes :


  • Message 1
    • par massarotti, 25 janvier 2010 - La Charanga, (1/4) : la contredanse

      c’est surtout dans la saison 1843-1844 que la contredanse s’impose dans les danses de salon (milieu bourgeois et nobles) et prime alors sur la polka mais les deux styles se retrouvent dans certains danzones notamment dans certaines formules d’accompagnement du piano cf frank emilio flynn y sus amigos almendras de abelardo valdés et je recommande une fois de plus, toujours et à jamais l’oeuvre complète de antonio maria romeu, el mago de las teclas qui avec son flûtiste, clarinettiste et saxophoniste Alfredo Brito (né au Mexique et amateur de jazz) ont laissé quelques chefs-d’oeuvre du genre à la postérité