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2008 Tempo Latino / concerts de La 33 et Larry Harlow

Publié le 10 décembre 2008, par : pbouge

C"était la XV ème édition du festival Tempo-Latino dont la programmation avait de quoi dérouter les aficionados salseros : pas assez de cubaine pour les amateurs de son, de rumba ou de timba, pas assez de dura pour les fans de salsa de New-York, pas assez de ci ou de ça, ...etc. Tempo-Latino est juste resté fidèle à son esprit de fête de la musique latine au sens large. Et comme chaque année le public, enthousiaste, a encore répondu nombreux et c’est bien mérité (les photos <<).

La 33 s’est formée dans la rue du même nom à Bogota, au début des années 2000, pour jouer un répertoire assez éclectique, d’abord dans son pays d’origine à Cali puis à New York où les danseurs les ont adoptés. La direction d’orchestre est assurée par le bassiste Sergio Mejia qui cultive aussi un look de musicien rock tendance Carlos Santana.

Les musiciens, très jeunes pour certains, n’avaient pourtant pas de vocation pour la salsa. Ils évoluaient dans d’autres styles musicaux comme le rock, le ska ou le jazz :

  • MEJIA Sergio Basse & directeur
  • MEJIA Santiago Piano
  • CELIS Guillermo Chant
  • CANTILLO David Chant
  • MARTINEZ PabloChant
  • ROJAS Cipriano Congas
  • FERNANDEZ Juan David Timbales
  • SANCHEZ Diego Bongos
  • NIETO Roland Trompette
  • CARDENAS Juan Felipe Saxophone
  • VEGA Jose Miguel et ROMERO Vladimir Trombones

Leurs influences sont donc nombreuses mais avec au moins deux points communs : une énergie communicative plus proche de la scène rock que de la salsa et un swing solide. Et si l’on ajoute un son rude et brut, une rythmique groovy, des paroles proches des barrios et nourries par la vie des membres du groupe, on obtient un tout finalement plus proche d’une salsa dura moderne que du son colombien comme Guayacan, The Latin Brothers ou encore Jo Arroyo même si les références dans la tradition salsera colombienne sont revendiquées dans le dernier CD du groupe : Gozalo (le précédent était intitulé La 33)

La recette du groupe c’est immédiatement on a une forte impression de proximité et de familiarité. C’est l’avantage des reprises c’est que tout le monde connaît les tubes : La Pantera Mambo, l’immense Merecumbe de Johnny Colon ou encore Roxane du groupe de rock Police. avec en plus avec des compositions originales interprétés avec une grande générosité dans les pregones et les improvisations. Le public des arènes a été essoré par l’énergie déferlante de la 33. Et franchement je n’avais pas souvenir d’avoir un tel enthousiasme.

Larry Harlow pour tous les passionnés reste et restera un des pères fondateurs de le salsa par son rôle en tant que musicien, directeur d’orchestre, arrangeur, compositeur et producteur. Il était cette année la tête d’affiche du festival avec un orchestre fameux dont la plupart des membres avait participé à la grande aventure de la FANIA.

Larry Harlow est le plus cubain des musiciens de New York. Il a quitté Brooklyn pour étudier la musique à Cuba pendant deux ans à la fin des années des années cinquante et lui rendu hommage à l’île dans de nombreuses chansons comme par exemple El Malecon.

En plus, sa grande référence musicale est Arsenio Rodriquez pour les compositions et pour le type d’orchestre. Il reprendra de nombreux titres de l’aveugle merveilleux avec une formation où les solides tumbaos de tres ou de piano, de congas et de basse constituent la colonne rythmique. Il renforce la section de cuivres et adopte les timbales et travaille avec de merveilleux sonéros : Ismael Miranda, Junior Gonzalez, Nestor Sanchez, le tout synthétisant le "son New York" qu’il a largement contribué à créer avec, dans un autre style, les frères Palmieri ou encore Willly Colon. Sans Larry Harlow la salsa aurait peut être pris un tout autre chemin : pour rester dans celui du Son cubain dans un style plus proche de la Sonora Matancera ou de celui Johnny Pacheco et de ses sonéros Justo Betancourt et Pete "El Conde" Rodriguez ; ou encore emprunter celui du boogaloo avec entre autres Ray Barretto ou Johnny Colon comme locomotives.

C’est donc un orchestre de légende qui s’est présenté devant le public avec un absent, le grand tresero Yomo Toro :

  • KAHN Lawrence ‘’Larry Harlow’’ Piano
  • SANTIAGO Alberto ‘’Adalberto Santiago ’’ Chant
  • ROSARION Luis Chant
  • LUCIANO Emi ‘Emo Luciano’’ Chant
  • COWAN Kico ‘’Bobby Sanabria’’ Batterie
  • CORNIEL Wilson ‘’Chembo Corniel‘’ Congas
  • BAUZO Louis ‘’Louie Bauzo’ Bongo/Bata
  • VIRUET Richard ‘’Richie Viruet’’ et GOLLEHON Joseph ‘’Mac Gollehon’’ Trompettes
  • MARRERO Nicholas ‘’Nicky Marrero’’ Timbales
  • FONTAINE Franck Saxo Baryton/flûte
  • MARTINEZ Pedro ‘’Ray Martinez’’ Basse
  • KAHN Lewis ‘’Louie Kahn’’ Trombone/violon
  • FIEDLER Joseph ‘’Joe Fiedler’’ Tombone

Adalberto Santiago sonero de la Fania All Stars, a aussi chanté avec l’orchestre de Ray Barretto, avec La Tipica 73... et également en solo. Il est accompagné par Emo Luciano qui collabore depuis plus de 10 ans avec Larry Harlow et Luis Rosario. A la batterie Bobby Sanabria a fait partie de la grande aventure du Latin Jazz en accompagnant les plus grands. Chembo Corniel a lui aussi étudié à Cuba et tourné avec Chucho Valdés, Tito Puente, Willie Colón, Pete “El Conde” Rodriguez, Orchestra Broadway...etc. Nicky Marrero a participé à l’orchestre d’Eddie Palmieri, de Larry Harlow, mais aussi Ray Barretto, Machito, Celia Cruz, Fania all Stars... Lewis Kahn accompagne Larry Harlow depuis ses débuts mais a aussi joué avec la Fania All Stars, Mon Rivera, Dizzy Gillespie, Rubén Blades, Héctor Lavoe, Charlie Palmieri... Il faut lire son interview passionnante. Il y a aussi Joe Fiedler musicien reconnu dans la salsa (Celia Cruz, Eddie Palmieri...) mais aussi dans le jazz (Lee Konitz, Anthony Braxton, Cecil Taylor...). En regardant les bios de ses musiciens ont à l’impression de dévoiler la mémoire de la salsa.

Vous l’aurez compris cet orchestre est exceptionnel et le répertoire tout autant avec entre autres, La Cartera, Son plus grand succès de l’album Salsa et le magnifique solo de violon de Lewis Khan. Quitate La Mascara, une des chansons fétiches d’Adalberto Santiago...etc. Tout celà a donné un concert proche plus proche de la FANIA All Stars que de l’univers musical de Larry Harlow. Sauf peut être Yo Soy Latino tiré de l’album du même nom et clin d’œil au festival.

J’aurais également aimé les voir interpréter l’originalité, le swing et le groove des chansons comme Fracaso, Abandonada Fue, El diablo Viene, Silencio, No hay Amigo, Ametralladora, Mortifica, Mi Guaguancó, Jovenes Del Muelle,... etc. dont certaines se trouvent sur les rééditions CD. Mais il eut fallut que le concert se poursuive toute la nuit tant son œuvre est considérable. Mais une chose est sure : le public ravi a fait une formidable ovation pour un concert où Larry Harlow a tout donné :

Tempo Latino 2008 est terminé. Que réserve l’édition 2009 ? Nul ne le sait mais j’y serai.