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L’énergie d’Ernesto "Tito" Puentes

Publié le 1er février 2008, par guayacan

Ne pas confondre ce Tito là avec son presque homonyne, c’est certainement plus qu’un "s" final qui les séparent. A l’occasion de sa quasi rituelle tournée au New Morning nous avons pu échanger quelques mots le 6 décembre dernier avec le trompettiste cubain septuagénaire.

Ernesto "Tito" Puentes, dans les loges

Guayacan : Maestro Tito merci beaucoup de nous accorder quelques minutes en sortant de scène, quelle énergie !

Ernesto « Tito » Puentes : l’énergie c’est le public qui me la donne

G : il y a un point fixe dans la scène afro caribéenne à Paris, tous les six mois Ernesto « Tito » Puentes vient faire trois soirées au New Morning, cela dure depuis combien de temps ?

ETP : dans les douze ans

G : Douze années du big bang

ETP : Oui douze ans que l’on vient une ou deux fois par an au New Morning

G : Ça fait partie du paysage, ça fait maintenant 55 ans que vous êtes installé en France, mais avant cela, êtes-vous tombé dans la musique petit ou bien était-ce une affaire de famille ?

ETP : C’était une affaire de famille, mon père jouait du tres, j’avais deux oncles trompettistes, il y avait aussi un bassiste et un chanteur, je n’ai donc pas eu beaucoup de mal à me mettre à la musique car dans toutes les maisons où j’allais il y avait de la musique... la Banda Municipal, un orchestre semi classique, répétait chez ma grand-mère, j’écoutais tout le temps de la musique.

G : Pourquoi êtes-vous venu en France, et ce dès 1953 ?

ETP : Par hasard, je traversais l’Europe de l’Espagne en France en allant en Italie, avec un orchestre qui était parti de Cuba. Nous avons joué jusqu’au Liban et en Syrie, en Egypte. Quand l’orchestre s’est dissout, on m’a dit qu’il y avait beaucoup de cubains en France. Et je me suis dit il faut que j’aille là-bas tenter ma chance car je n’avais pas l’argent pour me payer le voyage de retour. Voilà pourquoi je suis venu en France.

G : Vous avez fait partie des précurseurs de la musique afro caribéenne en France, de ceux qui ont contribué à faire éclore puis à faire vivre cette scène-là en France bien avant les années 80.

ETP : Oui bien sûr, la musique afro-cubaine a été la plus vieille musique à se jouer en Europe, afro cubaine d’abord, puis le jazz, le tango et enfin la musique brésilienne qui est devenu très populaire avec la Bossa Nova, un rythme très jeune, à peine une quarantaine d’années.

Ernesto "Tito" Puentes

G : Combien avez-vous de cartes de visite, vous êtes chanteur, instrumentiste à la trompette, directeur d’orchestre, compositeur, arrangeur, est-ce que j’en oublie ?

ETP : Non.... Mais ce n’est pas ma faute rires... j’aurais voulu rester comme j’étais au départ première trompette, mais au fur et à mesure, je me suis dit je joue première trompette, tout le monde me demande comme soliste, donc je vais faire ce que je faisais déjà à Cuba : des arrangements pour trois trompettes et rythmes, et puis ici j’ai fait quelques arrangements pour des orchestres en France, et je me suis dit pourquoi pas pour moi ? Et aujourd’hui on dit que je suis arrangeur mais je trouve que je ne suis pas un arrangeur mais un dérangeur, je fais des dérangements et non pas des arrangements.

Ernesto "Tito" Puentes

G : A propos de dérangements, l’album précédent était plus centré sur Cuba, dans celui qui vient de sortir vous avez laissé une grande place au français

ETP : oui, il y a deux titres assez connus Marcia Baila et Que Reste T’Il de Charles Trenet. Ces deux chansons sont très belles et très rythmées, il n’y a pas beaucoup de chansons comparables à celles-là dans le répertoire français.

G : mais pourquoi pour ce disque-là, pourquoi au bout de plus de cinquante ans en France, vous chantez pour la première fois en français ?

ETP : oui, mais pourquoi pas, j’ai un accent qui n’est pas de Paris, assez particulier, j’essaye de me faire comprendre et pourquoi pas en français. En plus de ça, la langue française est très belle, je ne l’aurais pas fait en anglais, c’est une langue qui ne me dit pas grand-chose mais la langue française est pleine de poésie.

G : Est-ce qu’on peut dire votre âge

ETP : Oui, je suis né en 1930

G : On voit même 1928 parfois

ETP : 1928 c’est l’âge que je me suis donné pour pouvoir quitter Cuba à l’époque de Batista, pour éviter le service militaire. J’ai vu un avocat et je me suis inscrit sous une fausse identité comme étant né à La Havane, alors que je suis né à Palma Soriano, j’ai maquillé la chose pour pouvoir partir avec l’orchestre. Et j’ai donc officiellement deux ans de plus.

G : c’est peut être pour ça que vous faites si jeune

ETP : rires oui, mais maintenant ces deux ans de plus me pèsent beaucoup !

G : ça ne se voit pas tant que ça car on a oublié une carte de visite : danseur !

ETP rires oui, avec le groupe en partant de Cuba j’avais même un numéro de danse... il y a longtemps... cinquante quatre ans...

G : Merci beaucoup Maestro Tito, de toutes façons maintenant on le sait on vous revoit tous les six mois au New Morning

ETP : Oui, on vient ici, on s’émotionne ici et c’est bien

G : Merci beaucoup, et merci encore pour votre énergie

ETP : Merci.

Ernesto "Tito" Puentes


Mille mercis à Sophie Le Roux pour ces superbes photos. Retrouvez plus de photos sur son site