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José Mangual Jr

Dax, 10 septembre 2004

Publié le 1er juin 2005, par : guayacan

Nous remercions José Mangual Jr. pour être resté un moment après et son premier concert au festival Toros Y Salsa 2004 et avoir pris le temps de répondre à nos questions.
(traduit de l’espagnol)

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Frankie Vazquez, José Mangual, Jimmy Sabater
Durante el festival Toros y Salsa 2004

Guayacan : Bonsoir José Mangual

José Mangual Jr : Bonsoir

G : ¿avec quel orchestre avez vous commencé ?

JM : Le premier orchestre avec lequel j’ai joué n’était pas celui de Willie Colón, le premier fut avec Monguito Santamaría júnior, le fils de Mongo Santamaría, durant les annés 70. Nous jouions du Latín Jazz, et Hector Lavoe me disais tu ne vas arriver nulle part avec un "co ki co ki co kikico" ou "kon kon tiki kon kon" [1] et il me disait tu dois jouer "kon tikikon tikikon ti kon" et tu dois faire les choeurs. Le Bongosero de Willie Colón à cette époque se nommait Chuqui López, il était trop jeune pour voyager à Los Angeles. Ils ont fait appel à moi et depuis... -“tu étais plus vieux” intervient Jimmy Sabater - Oui, j’étais plus vieux, j’avais la "Licence Cabaret", (rires). Et nous somme allé travailler à Los Angeles.

G : ¿J’ai cru comprendre que vous avez travaillé avec l’orchestre de Willie Colón et puis vous avez continué avec Hector Lavoe, quand ils se sont séparés ?

JM : Quand Willie dissous son orchestre j’ai commencé avec Hector, exactement.

G : A la même époque vous avez eu l’opportunité d’enregistrer avec Tony Pabón et son Orchestre La Protesta, or Hector Lavoe était un artiste Fania alors que Tony n’en était pas..

JM : Et bien, je vais te dire la vérité, ce qu’il s’est passé c’est que je suis sorti de l’orchestre de Willie Colón pour une dispute, alors j’ai commencé avec Tony Pabón, mais je n’étais pas chanteur, mon truc c’est le bongo, je chante parce que j’aime chanter et je chantais les choeurs, mais l’idée est que je ne suis pas un chanteur "lead". Alors Néstor Sánchez, qui est mort il y a un an, a intégré l’orchestre. Ensuite Willie Colón m’a rappelé et je suis resté avec lui, voila ce qui s’est passé. Avec TOny j’ai enregistré une chanson qui s’appelle San Miguel composition de Kent GOmez et moi-même, mais en réalité, je n’avais pas l’envergure pour être chanteur lead d’un groupe.

G : Ensuite, vous avez continué avec Hector Lavoe, et en même temps vous aviez des tournées avec la Fania et vous commenciez à enregistrer au Venezuela.

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Tributo a Chano Pozo 1

JM : En fait en 1974, j’ai fait un disque avec Percussion Entendiendo Ritmos, c’était un disque d’enseignement de percussion. Le disque fut reconnu. Alors, Monsieur Martín Cohen[[directeur de LP NDLE] décida d’employer d’autre personnes et cela m’a choqué. Pourquoi, alors que c’était mon idée utiliser d’autres musiciens ? J’ai alors décidé de fonder ma propre compagnie. En ce temps là elle s’appelait “True Ventures” et j’ai dédié un album d’enseignement au grand Chano Pozo. Ce qui s’est passé c’est qu’au lieu de rester un album d’enseignement, en Colombie, au Venezuéla, ils ont commencé à danser Campanero et Cuero Na Ma, ensuite la Velvet m’a signé. Et puis j’ai commencé à faire mes propres compositions et productions. Aujourd’hui encore je continue sur ce chemin.

G : Et dans le même temps vous continuiez à tourner

JM : Oui, je n’avais pas voulu que cela se passe ainsi, mais quand nous jouions, les gens disaient Campanero, Cuero Na Ma, les chansons avaient du succès !

G : Je suppose que vous étiez un des seuls qui avait plusieurs contrats sans exclusivité Fania.

JM : En fait, je n’avais pas de contrat Fania. Comme je vivais à New York, ils m’appelaient pour enregistrer, mais le bongosero de la Fania était Roberto Roena et c’est toujours Roberto Roena. Quand Roberto ne pouvait pas y aller, je le remplaçais.

G : Et là on vous demandais Mil Amores, Campana Mayoral,

JM : Oui, j’étais là bas pour jouer le bongo, et pas pour chanter Campanero ou autre.

G : Et cela vous permettait de monter vos propres projets en parallèle, ce qui avec l’arrivée de la Salsa Romantique en 1982...

JM : Tout s’est cassé la figure

G : Oui, et avec la chute de la Fania de fut le début d’une grande période (en gros 1982 à 1995) ou vous avez beaucoup produit.

JM : je me suis fais producteur, je produisais plusieurs chanteurs, je travaillais avec diverses compagnies comme producteur, choriste, ...

G : Vous avez travaillé avec Melcochita, Hugo González, Sarabanda...

JM : Oui, ave Sarabanda c’est moi qui ai chanté Barranquillero Arrebatao, je l’ai chanté alors que je travaillais à Houston Texas. Le chanteur n’avait pas l’envergure, alors j’y vais et je fredonne Es tiempo de tributar un homenaje sincero.... Je l’ai chanté pour que le chanteur m’écoute et le fasse car je repartais ensuite chez moi à New York. Le mois suivant le propriétaire de Sarabanda me dit "Ecoutes, pourquoi on ne garde pas ta version chantée sur laquelle on travaille les arrangements ?". ON a fait les arrangements et du jour au lendemain ce fut un succès.

G : Qui avait composé la chanson, un colombien ?

JM : Un compositeur colombien nommé Víctor Raúl Sánchez Patillas.

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Tributo a Chano Pozo 2

G : Et durant toutes ces années vous avez économisé pour votre propre projet le Tributo a Chano Pozo volumen II que vous avez enregistré en 95. Au sujet de ce disque, j’essaie un motif qui puisse m’expliquer quelques trucs, tout d’abord, est-ce que ce fut succès commercial ?

JM : Non, car ce genre de musique n’était pas en haut de l’affiche. J’avais la même idée que pour le premier volume, mais ce n’est pas possible après tant d’année de faire un travail de la même ampleur.

G : Vu de France puisque je n’ai pas pu voir comment il a été reçu au Venezuela, en Colombie etc... pour moi ce disque est un de ceux que je considère comme un grand classique, il me semble qu’en peu de temps il a atteint ce rang...

JM : Et bien, à cette époque, il n’y avait pas de compagnie qui puisse m’acheter le disque et lui donner la promotion qu’il mérite. Alors il n’a pas fonctionné comme il aurait du, mais il est là. C’est comme les films les livres et les peintures connues, on le fait et il se passe trente ans avant qu’ils ne soient reconnus... Toutes ces productions sont toujours propriété de ma compagnie, et j’espère que demain ce sera un grand succès ! Enfin, il se vend bien, pas autant que le premier qui continue de se vendre comme s’il avait été enregistré hier. Des 100 meilleurs vinyles, le Tributo a Chano Pozo Volumen Uno est numéro 89 et j’en suis très fier.

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Son Boricua

G : Celui de 95 est dans les 100 meilleurs des mélomanes ! Passons maintenant à 1998, quand débute Son Boricua, une idée de Humberto Corredor.

JM : Oui, Humberto Corredor a eu l’idée d’enregistrer Son Boricua. Il m’a appelé et au départ je lui ai dit que je n’étais pas intéressé. Je n’aimais pas l’idée d’un vibraphone quand tout le monde utilise trois trompettes, trois trombones pour faire les choses en grand.

G : Pourquoi avez-vous finalement accepté ?

JM : J’ai réfléchi et je me suis souvenu qu’autour de 1972, mon père m’avait appelé en me disant : “amène moi le bongo au Riverside Plaza » Ce soir là jouaient Tito Rodríguez et son orquestre dans lequel étais mon père, Orlando Marín, Vicentino Valdez et le sexteto de Joe Cuba. L’orchestre était en train de jouer mais quand Joe Cuba et Jimmy Sabater (qui joue avec moi aujourd’hui) ont commencé, ils ont cartonné ! Je me suis souvenu de cette nuit et j’ai accepté l’idée. Je me suis dit que si ces six là ont été capable de faire ça aux cotés d’un grand orchestre, peut-être que l’on pourrait le refaire, avec Jimmy Sabater.

G : C’est grâce au succès de Son Boricua que vous avez pu réaliser votre dernier projet Dancing With The Gods ?

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Bailando Con Los Santos

JM : Et bien, étant Santero, j’ai toujours eu l’envie d’enregistrer quelque chose de rythmique. Souvent, quand tu chantes les saints, c’est plutôt du folklore. Cela ne touche qu’à une branche. J’ai pensé qu’avec “Dancing With The Gods” dans la mode de la danse cela pouvait recouper plusieurs choses. .Les gens dansent et chante “que viva Chango” et il ne savent pas qu’il s’agit d’un chant religieux. Je suis très content car le disque a eu un bon succès.

G : Une tournée de José Mangual Jr et son groupe est en vue ?

JM : Espérons ! Pour 2005 j’ai quelques offres pour une tournée en Europe, j’espère pouvoir emmener le groupe.

G : Quels sont vos projets actuellement ? On dirait qu’il est très difficile aujourd’hui de sortir un disque qui soit musicalement aussi fort que le Tributo a Chano Pozo volumen dos ou Dancing With The Gods...

JM : C’est difficile quand on ne dispose pas d’une compagnie qui puisse le distribuer à un niveau ou tout le monde puisse l’écouter. Quand on doit seul faire connaître sa musique, comme je le fais actuellement, c’est très difficile. Si tu laisses le disque à un distributeur à New Cork, il le distribue, mais il n’y met pas toute sa force comme nous l’avions fait avec Cuero na ma et Campanero. A cette époque, quand une chanson était jouée à New York, on l’entendait dans le monde entier. Aujourd’hui New York est une place muette.

G : Revenons à l’évolution de la Salsa. Pourquoi la période de la Salsa Romantica ne vous a pas convaincu ?

JM : Elle ne m’a pas convaincu car alors le Sonero s’est perdu. Un charmant gamin qui plaise aux gamines avec une musique répétitive... Je ne joue pas dans cette catégorie.

G : En 1993 vous avez travaillé pour la RMM

JM : Ils m’ont appelé pour les coeurs et la percussion mineure.

G : A la fin du siècle passé sont sortis de nombreux disques d’anniversaires : les 40 ans du Gran Combo, les 35 de Bobby Valentín, 45 de la Ponceña... La salsa dura est-elle un peu revenue ?

JM : Oui, elle s’est relevée, mais c’est la "vieille” salsa, celle qui a été enregistrée avant qui continue de se vendre. Les artistes aujourd’hui sortent un disque et il n’a pas le même impact.

G : Sauf Pert-être Jimmy Bosch ou des propositions comme la vôtre, la Salsa Dura est revenu à la mode, mais avec les chansons d’avant. Est-ce parce que les producteurs ne veulent pas prendre de risque ou parce que la nouvelle génération n’a plus de message ?

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Mis Mejores Exitos

JM : Et bien comme dit le proverbe : "se souvenir c’est vivre”. C’est ce que nous avons fait avec Son Boricua Bueno pour les années 60 et 70. Mais nous ne le jouons pas de la même façon.

G : La Salsa s’est toujours construite sur les chansons du passé : d’abord sur le répertoire cubain, puis sur les balades durant les années 80 et aujourd’hui encore... mais n’avez vous pas le sentiment que le Barrio n’est plus ce qu’il était, qu’il a perdu son identité et que c’est aussi cela qui manque à la Salsa actuellement ?

JM : Si, ce qui lui manque ce sont ces racines que les jeunes qui dansent aujourdhui ont perdu. Durant la période des balades on a perdu le feeling, la saveur de danser, le savoir de qui sont les musiciens... les racines ! Aujourd’hui on revient un peu en arrière... Dans les pays sud américains je vois lors de mes tournées que la mémoire est encore fraîche, mais aux Etats-Unis et à Puerto RIco, elle s’est un peu perdue.

G : Il y a de l’espoir ?

JM : Je crois que oui. La musique se vend plus qu’avant. La vieille musique se vend. Mais nous devons éduquer car dans beaucoup de pays on perd les racines, le folklore

G : Et bien merci beaucoup José Mangual

JM : Merci à toi pour cette entrevue, je te souhaite beaucoup de chance et que vive la Salsa !


[1] Il chante un rythme de campana que je ne sais pas transcrire, le suivant est le rythme classique d’accompagnement de la clave