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2007 Toros y Salsa Festival / José Cheo Navarro à Dax -1-

De Los Juniors à Bailatino - 1ère Partie

Publié le 1er octobre 2007, par : Chabelita

José ’Cheo’ Navarro est le créateur de Bailatino qui a fait deux concerts à Dax cette année. Le CV de ce timbalero et bongocero comporte tous les orchestres salsa les plus savoureux du Venezuela. Une mine d’informations pour nous !

Entrevue réalisée le samedi 8 septembre 2007 à Dax (Landes) durant le festival Toros y Salsa.

BuscaSalsa : Nous avons publié votre biographie sur BuscaSalsa et nous souhaiterions approfondir certains points. Par exemple, Los Juniors All Stars. J’ai un disque de cet orchestre et je voudrais savoir s’il en existe d’autres ?

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Juniors

Cheo Navarro : Quand los Juniors sont nés, leur première répétition s’est faite dans l’immeuble où je vivais alors.

BS : Où ça ?

CN : A Caracas, dans une partie appellée « 23 de Enero », une zone trés populaire pour la musique, un quartier joyeux. Je me mettais en bas de l’immeuble, pour écouter et avec une cannette vide, j’apprenais. Deux ans plus tard, une des surprises de la vie a fait que je suis devenu musicien et que j’ai pu jouer avec eux. Je n’ai plus jamais enregistré avec eux. Ils ont fait un disque avec la chanson « La Fresa ».

Dix ou 15 ans après, un autre groupe appelé « los Juniors » a vu le jour, mais ils n’avaient rien à voir avec eux. Le groupe original a débuté en 1967, pour le cuatricentenaire de Caracas. J’ai travaillé aec eux un an, plus ou moins.

BS : Qui était dans ce groupe ?

CN : Le conjunto comportait une trompette, un trombone, un rythme complet, piano, basse et un chanteur. L’un d’entre eux -le pianiste- est aujourd’hui directeur symphonique : Juan Carlos Núñez. Le bassiste -Rafael Naranjo- fait partie d’un excellent quartette de musique vénézuélienne, avec un style de fusion très agréable. Je n’ai jamais rien su depuis du tromboniste. Par contre le trompettiste si, il est l’une des bonnes trompettes du Venezuela. Le chanteur est décédé -il avait aussi fait partie du Grupo Mango- Joe Ruiz. Kiko Pacheco le fondateur, aujourd’hui travaille peu dans la musique. Il est issu de « Los Pacheco » qui était un orchestre de frères. Aujourd’hui ils ont fait un conjunto de type charanga, qui marche assez bien.

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José Cheo Navarro
Toros Y Salsa 2007 ©M.W. pour buscasalsa.com

Que te dire de plus. Le bongocero Henry, avait un surnom « come hierro » ("mange fer") car il jouait une cloche excellente, un bongo génial. Et le timbalero, Vásquez, est un homme âgé mais qui joue toujours de la musique, il a un groupe.

Voilà ce que font aujourd’hui les anciens musiciens de Los Juniors.

BS : Le disque était excellent.

CN : Très bon. Ce groupe fut la révélation à Caracas. Alors que les seuls groupes qui existaient à Caracas à l’époque étaient Federico y su Combo, Los Dementes et le El Sexteto Juventud, est apparu ce groupe avec son style -tu sais- totalement génial, et ils ont tout déchiré.

BS : Ici nous connaissons le Sexteto Juventud car Cutufla vit à Paris.

CN : Le Sexteto Juventud a marqué grâce à Monsieur Carlos Quintana ‘Tabaco’. Malheureusement, comme ça arrive souvent, il n’a pas eu la reconnaissance qu’il méritait. Il avait ce style, cette chimie excellente. Il était bon instrumentiste, chanteur. Il avait un style très particulier.

BS : Il ressemblait à Ismael Rivera.

CN : et à Chamaco Ramírez, celui qui est décédé, qui chantait avec Tommy Olivencia. Je le comparais beaucoup à Chamaco Ramírez, il avait ce swing populaire, de la rue. J’ai aussi eu l’opportunité de travailler avec le Sexteto Juventud mais plus tard. Je suis resté un an avec eux. Et à ce moment là, Alfredo Cutufla était aux timbales, nous avons joué ensemble à cette époque. Nous sommes amis. Je vais fêter mes 40 ans dans la musique, j’ai commencé avant lui, c’était un jeune prometteur. Mais il est venu ici et vous l’avez gardé. (rires)

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Ali Delgado, Jose ’Cheo’ Navarro, Chabelita, Marcial Isturriz
Toros Y Salsa 2007 ©M.W. pour buscasalsa.com

BS : Parle-moi du Grupo Mango que j’adore.

CN : Le Grupo Mango nait en 1973, fondé par le bassiste Argenis Carmona. Ce groupe était un peu comme Bailatino ; on a réuni ces 6 musiciens pour faire quelque chose, laisser quelque chose, c’est ce qui s’est passé avec Mango. Nous nous sommes réunis, Joe Ruiz n’était pas encore entré pour chanter, et quand Argenis nous a convoqué à la répétition, on s’est retrouvé dans le local, on s’est regardé et on s’est mis à jouer. On se demandait l’un à l’autre : “Tu connais ce morceau, tu le connais ?”. On a lancé le morceau et on l’a joué comme si cela faisait 3 ans, 4 ans que nous le jouions ensemble. Tout le monde a fait sa partie et on a terminé pareil, comme si on avait toujours joué ensemble, une chose unique !

Une autre particularité de ce groupe, c’est que nous n’avons jamais écrit notre musique et regarde la musique que nous faisions ! La majorité des paroles sont du pianiste (Moisés) et de moi (Cheo Navarro). J’amenais un texte nouveau (ou Moisés l’amenait) ; on répétait dans l’aprés-midi, on y mettait une introduction, toute l’harmonie, les coupures, les mambos, et parfois même on répétait deux chansons. Et si on avait une présentation le soir, on jouait les nouveaux morceaux, sans rien oublier. Ca c’est impresionant car la musique que nous faision était difficile. Il y avait beaucoup à "manger" dedans, comme on dit chez nous.

De plus, ce groupe voit le jour en 1973 et termine une décennie plus tard -en 1983- avec les mêmes musiciens, seul Joe Ruiz n’y était plus du fait de son décès. (...)

BS : Il n’y a aucun projet de réunir à nouveau le Grupo Mango ?

CN : Non car Joe Ruiz est mort ; tout comme Gustavo Quinto, le conguero...

BS : Il semblerait que Freddy Roldan vive au Portugal

CN : Oui, au Portugal. Selon moi, si Freddy rentre au Venezuela pour quelque temps, je monterais -pas sous le nom de Mango- mais je recruterais la majorité de ceux qui ont joué dans le groupe avec Freddy.

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Mango 1981
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Mango 1981

BS : Tu sais que les collectionneurs de disques de salsa se battent pour avoir les disques du Grupo Mango ?

CN : C’est vrai. Nous avons fait 5 disques, ensuite sont apparues de nombreuses compilations.

BS : Et les pochettes des disques étaient superbes.

CN : Oui, il y en a une que j’adore, comme un ornement de fruits...

BS : tout blanc

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Mango 1979
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Mango 1979

CN : oui et avec une seule mangue en couleur. Et aussi la pochette de la mangue en forme de sein qui semble griffée avec les dents, très naturelle.

Nous avons fait 5 disques, et rien de plus. Jusqu’ici au Venezuela c’était le groupe de salsa qui avait duré le plus longtemps avec les mêmes musiciens. Dans les autres orchestres, les musiciens ont varié. Ce groupe est né et est mort avec les mêmes membres. Sur ce point Mango a été détrôné par Bailatino qui a 12 ans d’ancienneté avec les mêmes musiciens.

Je n’aime pas parler de qui est le meilleur, car pour moi il n’y a pas de meilleur, tout le monde est au top. Mais là où je me suis senti le plus à l’aise musicalement, où il m’a semblé avancer, c’était d’abord au sein de Mango et maintenant au sein de Bailatino.

BS : Dans les disques de Mango il y a beaucoup de mots en français. Qui parlait français dans le groupe ?

CN : Moisés. Quelqu’un de trés talentueux. Je crois que son nom vient d’ici : Daubaterre, il doit avoir une ascendence française. Nous n’en avons jamais parlé.

BS : Il y a même une chanson en français...

CN : « Madame » le producteur du disque a voulu donner une touche française au morceau et il a trouvé une fille -je me rappelle qu’elle se prénommait Pauline- et il nous a expliqué : « elle va dire en français, ceci sur l’amour et je ne sais quelle plaisanterie » ; et dans le morceau elle nomme Cheo "qui parle français", or celui qui parle ce n’est pas moi, c’est Joe !

BS : Tous les musiciens vénézuéliens me parlent de Joe Ruiz.

CN : Ecoute Isabelle ce type il fallait le voir chanter sur scène. C’était un Ismael Rivera, et il avait un don - regarde, ça me donne la chair de poule- un don d’improvisation et de parolier, oh impressionnant Isabelle !!! Excellent chanteur de boléro.

D’autre part, nous avons fait deux disques : les membres de Mango sans le pianiste, et où Freddy a joué sur un seul morceau, c’était avec le pianiste péruvien Alfredo Linares. Joe Ruiz chante sur le premier disque qui s’appelle “salsa de verdad”. Joe Ruiz était unique, amical, compositeur, il lisait beaucoup, il adorait lire. Il était plus vieux que moi. Je me souviens du temps où je le voyais, moi au 1er étage alors que lui répétait au 3ème étage. Quand il descendait, il me saluait et je me disais que j’aimerais jouer avec lui. Et des années plus tard, j’ai pu lui dire : aujourd’hui je joue avec toi ; ce sont les choses de la vie.

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Felipe Blanco, Jose Cheo Navarro
Toros Y Salsa 2007 ©M.W. pour buscasalsa.com

BS : Le pianiste Alfredo Linares est aussi un virtuose.

CN : Lui est classique.

BS : J’aimerais le voir à Dax.

CN : Tu sais - se serait super- lui demander qu’il joue le répertoire de son premier disque.

BS : Une idée pour François...

CN : Je crois qu’il est à Cali.

BS : Parle-moi du Trabuco venezolano

CN : Quand le Trabuco voit le jour, le timbalero du Trabuco était le maestro ’Pavo’ Franck Hernandez. (...)Il était composé de musiciens d’envergure : Pavo, Mandingo -qui vit maintenant en Allemagne,- Chú Quintero -qu’il repose en paix- cousin de Luisito Quintero, et la section de Brass, je ne t’en parle même pas !!! Au piano Chorro Ortiz, décédé aussi. A la basse il y avait José Quintero.

A cette époque sont nés deux orchestres : un typiquement cubain -Sonero Clásico del Caribe- et un big band de salsa -Trabuco- avec de nombreux chanteurs, y compris Joe Ruiz. Joe Ruiz était partout.

Je ne sais pas pourquoi le ’Pavo’ Franck n’a pas pu assurer certains concerts ; et moi à ce moment là j’étais le petit jeune qui était à la mode. Ils m’ont emmené à un concert et j’ai du apprendre le répertoire d’un jour à l’autre. J’avais un petit enregistreur grâce auquel j’ai enregistré tout le concert de cette nuit-là. Je suis rentré chez moi à 1h du matin et j’ai appris les chansons jusqu’à 8h du matin, j’ai dormi quelques heures. Et je suis allé jouer le soir suivant. J’étais inquiet : ‘je dois jouer comme lui’. Cette nuit-là quand je suis allé jouer, il y avait pas mal de gens mûrs, -j’avais alors 28 ans, aujourd’hui j’en ai 56- et quand j’ai joué, ces messieurs m’ont porté aux nues, m’ont embrassé : « gamin, tu as fait un travail incroyable ». Et à partir de là je suis resté avec le Trabuco. Je suis allé à Cuba avec le Trabuco en 1988.

BS : Pour un concert avec Irakere ?

CN : Irakere, ça a été spectaculaire. 3 jours, à alterner avec Irakere.

Il existe un disque live avec le Trabuco et Irakere au Poliedro (Caracas).

J’ai aussi enregistré un disque avec le Trabuco qui s’appelle « Flor y Nata ». Je compose et j’ai écrit la chanson spéciale du disque qui s’appelle : « la orquesta de moda ». Avec le Trabuco on a fait beaucoup de concerts.

Beaucoup de mes rêves dans la musique se sont réalisés.

J’ai eu l’opportunité d’être invité sur scène par Chick Corea. C’était dans les années 80. Le Grupo Mango alternait avec Chick Corea au théâtre " ?". Il m’a regardé jouer et quand ce fut à son tour de monter sur scène, il a joué un morceau « España » qui est latino et il m’a fait appeller sur scène ; moi je ne voulais pas monter : « qu’il monte, qu’il monte », il s’est mis au piano et j’ai dû faire un solo de timbales avec lui !

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Felipe Blanco, Cheo Navarro, Alexis Escobar
Toros y salsa 2007
Bailatino
©Chabelita

2ème partie : Bailatino, -à suivre au 1er novembre 2007-