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Johnny Pacheco - Entre amis

Publié le 1er juillet 2005, par : Chabelita

Johnny Pacheco est né en 1935 en République Dominicaine. Il apprend à jouer : accordéon, violon, saxophone, clarinette et percussions à New York, où il arrive en 1946. Son talent éclate dans les orchestres de Dámaso Pérez Prado, Xavier Cugat et Tito Rodriguez. Après sa séparation avec l’orchestre de Charlie Palmieri, il crée son propre groupe "Pacheco y su Charanga" en 1960. Son 1er disque sort en 1964 sous le label Alegre. En 1965, il fonde avec Jerry Masucci le label "Fania". Il a connu la gloire avec Celia Cruz et Pete "El Conde" Rodriguez dans son orchestre, et la "Fania All Stars". Il a plus de 150 chansons à son répertoire, une dizaine de disques d’or et autant de nominations aux Grammies. Son album "Entre amigos" sorti en 2005 est une petit merveille à écouter avec attention.

Entre amigos = Entre amis

Voir les crédits de cet album ICI

Cela faisait plusieurs années que cet album était en préparation tout simplement parce que Johnny Pacheco a écrit de sa main sept des onze chansons. Il est ravi du fait qu’aucune de ces chansons ne se ressemble.

Sur cet album il a réuni les musiciens de son orchestre le "Tumbao añejo" et un groupe d’invités prestigieux.

- 1-Cela commence fort avec "Coco Seco", reprise d’une chanson typique cubaine qu’on retrouve chez « la playa sextet » et sur l’album « Rey Del Bajo » [1] de Bobby Valentín qui arrange cette nouvelle version au refrain entêtant : « coco, coco, coco seco ». Avec la trompette d’Arturo Sandoval et la flûte de Dave Valentín.

- 2-Johnny Pacheco voulait faire un disque distinct de ce qui sort actuellement, une des touches originales de cet album est -par exemple- le solo de guitare électrique de John García sur « El Exigente » cha-cha-cha écrit par Johnny Pacheco qui chante lui même le chœur « on m’appelle l’exigeant, oui ça c’est moi ! ». Tandis qu’un chœur féminin chante ...quoi en français ? on dirait bien !!! Là encore les arrangements de Bobby Valentín.

- 3-Johnny Pacheco a rencontré Celia Cruz pour la première fois en 1960, instant gravé à jamais dans sa mémoire : quand cette fille électrique est monté sur scène, avec sa voix qui surpassait les trompettes, j’ai ressenti un pincement, je ne pouvais pas y croire. Il l’engagera dans son orchestre, le début d’une amitié de plus de 40 ans, qui ne s’est pas éteinte avec la disparition de la chanteuse en 2003 puisqu’il lui rend hommage sur "Celia...Reina soberana". José Alberto "El canario" -ami proche de Célia cruz-, Tito Rojas et Ismael Miranda prêtent leurs voix au texte de Pacheco. Le refrain "les années passent, sans changement, il n’y a pas une chanteuse qui puisse t’égaler"

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Célia Cruz et Johnny Pacheco

- 4-"La bicicleta" chantée par Héctor Casanova est une chronique de la vie urbaine. "Ne laisse pas ton vélo dans l’escalier car les voleurs rodent". Avec un superbe solo de Dave valentin à la flûte. Un rythme lent qui s’accelére grâce aux arrangements de Papo Lucca.

- 5-"Busca tu puesto", qui ressemble à une nouvelle version de "Quitate tú", c’est-à-dire un duel de "soneros" où chacun des chanteurs se réserve un couplet en essayant de mieux improviser que ses collègues. Le refrain cherche ta place si tu veux chanter, lorsque ce sera à toi tu devras improviser. Ray Viera -chanteur de l’orchestre de Pacheco- commence en rime :

Como soy el primero (comme je suis le 1er)
tengo que romper el hielo (je dois rompre la glace)
para mi es un gran orgullo (pour moi c’est un grand honneur)
compartir con los soneros (de partager la scène avec les soneros)

Suivent Héctor Casanova, José Alberto "El Canario", Hernán Olivera, Adalberto Santiago, Michael Stuart, Tito Rojas, Ismael Miranda, Cheo feliciano et Gilberto Santa Rosa. Le tout suivi d’un superbe solo de Ricky González au piano.

- 6-Un des bijoux de ce CD : « La mujer de mi vecino » où Héctor Casanova chante les paroles de Johnny Pacheco qui s’est déchainé. Le refrain dit : « la femme de mon voisin est très laide, super laide » [2].
La pauvre femme est comparée à King-kong. On dit qu’elle a subi 10 opérations en vain, qu’elle a été invitée à une fête où les enfants ont été horrifiés à sa vue,... Si ce n’était pas suffisant, il rajoute qu’à un concours de laids elle gagnerait le 1er prix, le trophée (rires..). Le voisin avoue pourquoi il l’a épousé : « avec elle personne ne s’approche quand elle cuisine une paella » [3]. La morale de l’histoire, après avoir bien ri, le voisin s’en fout, il l’aime comme ça. Le tout sur les arrangements et le piano de Ricky Gonzalez qui vont vous propulser directement sur la piste. Son petit silence au milieu de la chanson va en surprendre plus d’un ! Il est là pour introduire le dialogue des deux compères Pacheco/Casanova :
- Pacheco dit à son voisin « Casanova, cette nuit j’ai vu ta cuisinière, elle est moche ! »
- Le voisin -Casanova répond : « Pacheco, mais elle cuuuuisine, huuuuuuuuuummmmmmmm !!!!!!!!!!!!! » [4]

- 7-"La Cirugia". Avec ce morceau Pacheco montre qu’il n’a pas oublié la musique de son pays (Rép. Dominicaine) : le merengue. Son ami Johnny Ventura chante "La cirugía" : la chirurgie, que Celia Cruz elle-même avait refusé de chanter, pour ne pas froisser ses amies. Ecrite par Pacheco lui-même, il y raille les gens d’aujourd’hui qui abusent de la chirurgie esthètique. Celle-ci s’est faite opérer du nez, qu’on lui a refait à l’image de celui de Pinocchio ! Telle autre est revenue avec la tête d’une chien pékinois. Chien connu pour son museau écrasé ; c’est là qu’on entend les aboiements du petit chien !. Miguelito s’est fait faire de la liposuccion et il se retrouve avec le ventre en accordéon... Hilarant du début à la fin !!! Le summum venant du dialogue Pacheco/Ventura où tous deux se mettent dans la peau de Docteurs en pleine intervention catastrophe :
"Bonjour et bienvenue Dr Ventura"
"bonjour Dr Pacheco"
Ils expliquent le processus de l’opération, ça tourne mal, ils se demandent quoi faire de la peau en trop : un sac à main ? Une paire de chaussures ? Un porte-monnaie ? L’opération ratée se termine par de grands éclats de rire de nos deux protagonistes. Ainsi après trois minutes de chanson arrive l’air de rien un morceau d’harmonica, idée de l’arrangeur Ricky Gonzalez. C’est un instrument qui pourrait être incongru dans un merengue mais qui coule tout naturellement, grâce au talent du musicien qui ne cesse pas de nous étonner. Le morceau se termine sur un nouveau choeur "le chirurgien a perdu la main " [5]

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Johnny Pacheco
(c) Photo Yamilette Arana pour le journal Primera Hora 21/12/2004

- 8-Humour toujours mais plus noir avec "Que mareo" (quel mal au coeur !), de Roberto Noro, texte où il est question d’un goût prononcé pour l’alcool et de la mort. Ce qui laisse un goût amer sachant que Pacheco va fêter ses 70 ans, est très handicapé par des douleurs cervicales et a perdu de nombreux amis : Célia Cruz, Pete "el conde" Rodriguez,...La chanson dit que si la mort arrive, il la suit, si on lui dit que là-haut, il y a de quoi boire. Et le voilà s’imaginant au bar du ciel préparant des verres ...

- 9-"El Bacaliboro" chanté par Ray Viera, arrangé par Papo Lucca. Il est beaucoup question de cuisine dans cette chanson où on sent la présence de nombreux sous-entendus et double-sens qu’on vous laisse deviner.

- 10-"La mujer del peso" arrangée et écrite par Johnny Pacheco parle du dernier potin du quartier...

- 11-"Yo fallé" : "j’ai échoué ; il est certain que j’ai échoué en n’utilisant pas ma tête" voilà ce qu’écrit Johnny Pacheco en parlant d’un amour qu’il a laissé s’échapper. Hector Casanova chante cette histoire et narre tout ce qu’il compte lui faire s’il la croise à nouveau... Le tout accompagné par Luis Garcia au cuatro et un superbe solo de Bobby Valentín à la basse.

Bobby Valentín produit le disque sous le label Bronco.

"Entre amigos", que certains qualifient déjà de "testament musical" a pour d’autres l’odeur d’un vainqueur du prix Grammy.

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Pacheco chez lui à NY. Photo (c) A. López.

[1] Fania 457 ; 1974

[2] Mi vecino tiene una mujer muy fea, una mujer muy fea, pero requete fea.
Mi vecino tiene una mujer muy fea, pero requete fea, deja que tu la vea.

[3] Mi vecino a mi me dijo porque se caso con ella : « no hay nadie que se la acerque cocinando una paella . »

[4] « Casanova, anoche vi tu cocina ¡esta fea ! »
« Pacheco, pero coooooocina....... »

[5] Se le fue la mano al cirugiano.