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Jimmy Bosch, le grand chef de la salsa subversive 2/2

Traduction de l’article paru sur Descarga.com

Publié le 19 novembre 2004, par : pbouge

Cet article a été publié sur descarga.com sous le titre Jimmy Bosch Salsa’s Subversive Superchef, il s’agit d’une interview de Jimmy Bosch par John Child. Il a été traduit avec l’aide de Pénélope du forum Salsafrance.

Entretien avec le tromboniste et chanteur Jimmy Bosch.

Janvier 1999.

  • Deuxième partie

- Jimmy Bosch, le grand chef de la salsa subversive, par John Child.

Dans le même temps, Jimmy fit un petit bout de chemin avec le groupe du Portoricain joueur de "tres" Charlie Rodriguez, et fit partie aussi de l’Orquesta Novel, une charanga (violons et flûte) qui swingue, fondée dans les années 60. "Pendant à peu près un an, j’ai joué régulièrement avec ce groupe" me dit Jimmy. "C’est assez surprenant, car mon frère Ruben, qui nous a quitté il y a 7 ans, était aussi un tromboniste et a joué avec Novel pendant près d’une année". Avec Orquesta Novel, Jimmy a enregistré A Mi Me Gustó (1981) et Prestige (1984) chez Fania.

"Avant l’orchestre ‘Novel’ j’avais travaillé pendant un certain temps avec Charlie Rodríguez et son groupe à New York. Je n’ai jamais enregistré avec le groupe de Charlie, mais c’était un groupe amusant et qui balançait. Jorge Maldonado chantait de nouveau avec Charlie, si je me rappelle. Je travaillais alors avec les deux groupes. Je travaillais en indépendant avec eux, le groupe de Charlie Rodríguez et Orquesta Novel. J’ai commencé à travailler avec Charanga ’76, de temps en temps avec Gene Hernández y Novedades. Il a eu la chance d’enregistrer avec Charlie, Chocolate Dice (1982) et avec le trompettiste Afro-Cubain légendaire Alfredo "Chocolate" Armenteros, qui fut invité sur ‘Soneando Trombón’". L’album a été arrangé par le pianiste actuel de Jimmy, Alfredo Valdés Jr., qui était alors le directeur musical du S.A.R. ; "Charlie apportait alors une grande partie de l’expérience de SAR. Il est à Puerto Rico maintenant. Je pense vraiment qu’il s’est retiré des studios d’enregistrement. Il joue de temps en temps, mais il n’est plus directeur musical, ni même musicien actif.

"Et tu as eu Jorge Maldonado comme chanteur pour votre première nuit au S.O.B. ?"

"En fait, j’ai interrompu sa retraite. Il n’avait pas chanté depuis des années. Je l’ai convaincu de revenir pour faire ce concert. Et maintenant il est de nouveau sur scène, il chante avec ‘Libre’. Le chanteur et percussionniste Marco Motroni de Orquesta Novel en faisait partie aussi." "L’orchestre Novel joue toujours, mais il n’a pas enregistré depuis très longtemps. C’est très triste de constater que ces groupes merveilleux n’enregistrent plus de nos jours." "Cependant je crois qu’ils ont enregistré un disque qui est disponible." [1]

A partir du milieu des années 80 et au début des 90s, Jimmy est un musicien du jeune groupe du conguero vétéran Ray Barretto. C’était avec Barretto que Jimmy a fait ses débuts en Angleterre lors d’un concert mémorable le 6 septembre 1987 au ‘Town and Country Club’ (maintenant ‘The Forum’) de Londres. Jimmy a participé à 5 albums de Barretto : Todo Se Vá Poder (1984), Aquí Se Puede (1987), un ‘Grammy Award’ en collaboration avec Celia Cruz : Ritmo En El Corazón (1988), Irresistible (1989) et une nomination au Grammy Soy Dichoso (1992), le tout pour l’éditeur Fania. J’ai dit à Jimmy que mon épouse Helen avait pris des photos d’une soirée de Jazz en 1986 au club maintenant fermé, le Village Gate club à New York. Ray Barretto et Libre jouaient le même soir et Jimmy a changé de costume entre chacun des quatre sets pour pouvoir jouer avec chaque groupe avec la bonne tenue.

En plus, Jimmy a joué avec les frères ‘funky’ de Brooklyn, les géniaux Lebrón Brothers. J’ai soutenu deux de leurs albums où Jimmy participait : Salsa Lebrón (1986) sur Caimán, avec en invité Bobby Rodríguez, et El Boso (1988) sur le El Abuelo avec Chocolate. "Je me rappelle ces enregistrements. Je n’y ai pas mis les mains. Récemment, j’ai remarqué une omission dans ma discographie, ceux-là. Pour une raison que j’ignore, je les ai oubliés. Je dois les rajouter."

Jimmy as-tu joué en concert avec les Lebrón Brothers ? "Oui sûr, un peu. Beaucoup de plaisir. Vous savez, mon parcours de tromboniste, en tant que musicien de scène, s’est fait avec des groupes qui ont maintenu un engagement, pour la plupart, dans la musique que je développe avec ma propre production, et c’est la salsa dura d’aujourd’hui."

Est-ce que tu trouves l’expression ‘Salsa Dura’ heureuse ? "Ouais, ça va. Il y a un problème au sujet de Cha Cha Gabriel (album Soneando Trombón) qui est un cha-cha-cha. Naturellement, chaque style a son nom. La Salsa Dura, ou la salsa agressive, ouais, la salsa dura différencie ma production des autres."

J’ai également rappelé à Jimmy son travail sur l’album intitulé Exclusiva, Mercando, qui comprenait des musiciens de Libre comme Herman Olivera [2] chanteur et Papo Vásquez au trombone. "J’avais oublié ce groupe."

Son autre travail des années 80 incluant la Típica ’88 : It Feels So Good !! (1989), Cotona, avec le chanteur Jorge Maldonado, Andy González et George Delgado aux timbales.

Nous avons parlé de la première occasion de travailler avec Cachao et son idole, le tromboniste Barry Rogers, pendant un hommage à Cachao au ‘New York’s Hunter College Auditorium’, en novembre 1987. Le bassiste virtuose cubain, multi-instrumentiste, arrangeur, compositeur, chef d’orchestre Israel "Cachao" López est un des plus influents parmi tous les musiciens latins, et est étroitement lié à la genèse du mambo et un grand maître de la ‘descarga’ (fusion latine).

"Ce fut ma seule occasion de travailler avec Barry Rogers, quel privilège ! Même la répétition, qui fut plus amusante que le concert lui-même. Puisque nous étions assis l’un à côté de l’un l’autre pour jouer des ‘moñas’ sans se parler. Les cuivres ont démarré et nous avons joué ensemble. Nous nous sommes regardés et nous avons bien ri, vous savez. De ma place, c’était un honneur d’être avec un maître dont les gens m’avaient beaucoup parlé. Alors j’étais avec lui en tant qu’interprète, en tant que tromboniste, en tant que Portoricain, en tant que salsero. Et j’ai vraiment senti un respect mutuel et Barry a fait une remarque pour que ce soit clair. Cela a vraiment été un grand moment."

J’ai questionné Jimmy sur la mort de Barry en 1991. "Il est mort dans son sommeil. L’histoire veut que, si je me rappelle, il donnait une réception dans sa maison, si je ne confonds pas. Et comme le faisait souvent Barry, il avait l’habitude de racompagner les gens en voiture et apparemment il est retourné chez lui après avoir déposé certains de ses amis. Il s’est endormi et ne s’est pas réveillé. A la stupeur de tout le monde. C’est tout ce que je sais." Je me suis associé aux nombreux éloges pour Jimmy à propos de son solo extatique dans Lindo Yambú dans le film en 1993 sur Cachao : Como Su Ritmo No Hay Dos, un summum dans le documentaire d’Andy García à propos de Cachao. Jimmy a participé au volume 1 (1994) chez l’éditeur ‘Crescent Moon label’ (dirigé par Emilio, l’époux de Gloria Estefan), qui a gagné le Grammy du meilleur album latin tropical en 1995, et une nomination pour le Master Sessions Volume II (1995) l’année suivante, tous les deux produits par García.

Les enregistrement de Jimmy dans les années 90 incluent deux albums de salsa dura avec le sonero vétéran dominicain Santiago Ceron, Mi Campeon Jukin (1994), Leomar Racing et Cool (1996) éditeur Exclusivo, et le Caimán All-Stars (Las Estrellas Caimán) avec Descarga In New York (1995) et Descarga del Milenio (1997), éditeur Caimán. Les Caimán All-Stars avaient un certain nombre de musiciens qui ont joué aussi dans le groupe de Jimmy, Alfredo Valdés Jr. , Chocolate, Andy González et Jimmy Sabater. Jimmy a également été recruté pour jouer un solo non crédité, le morceau du titre de l’album de Willie Colón et de Ruben Blades La Tormenta (1995), label Sony tropical.

En parlant avec Jimmy à propos de la tournée avortée de SalsaSon annoncé en 1998, une affiche double, son groupe avec celui de Son cubain Son 14, a amené la question suivante : "ton point de vue sur la musique cubaine populaire contemporaine ?"

"Je la trouve tout à fait intéressante. Les montunos sont agressifs et la vibration dans son ensemble est plutôt différente de ce à quoi j’ai été exposé toute ma vie. Au fur et à mesure que je joue ou que j’enregistre, j’apprécie beaucoup. Je suis un joueur rythmique, leur approche est provocante dans la façon avec laquelle ils cassent les structures rythmiques et cela me convient vraiment bien. J’aime cette musique, je l’apprécie beaucoup. Un autre aspect est que certains marchés comme le marché européen sont saturés. C’est ce que j’entends dans cette tournée."

"C’est ce que m’ont dit Frankie Vásquez et George Delgado (respectivement le chanteur et le timbalero du groupe de Jimmy)"

"Vous avez été vus comme très vivifiant à Paris parce le public était las de songo et de timba." "Et c’est le commentaire que nous avons recueilli auprès des organisateurs qui ont été dans l’industrie du spectacle pendant 20 ans, et aussi de la part des danseurs, aficionados et des collectionneurs de cette musique. C’est une bonne chose pour moi. Ce n’est pas tellement la question que mon groupe et mon approche soient appréciés et considérés mais plutôt considérés comme quelque chose de nouveau, et de régénérant."

Que penses-tu de l’attitude de quelques danseurs britanniques pleins d’acné selon laquelle on ne peut pas danser avec des groupes de salsa dura comme le tien ou Libre ?

"C’est le contraire. Vous en aurez la preuve ce soir. Le sens de mon engagement a toujours été le danseur. Et c’est à partir de là que tout évolue et tourne. A la minute même où nous commençons à jouer, ça doit te faire quelque chose. Vous sentez vos cheveux se dresser. Ton corps, tes pieds bougent, la douleur s’efface, et quelque chose te pousse à te déplacer. Il y a des solos et du jazz derrière tout cela, mais ce n’est pas intrinsèquement du jazz. Les gens ressentent cette musique jusqu’au moment où ils dansent, ils pleurent, ils rient.

Ils apprécient aussi les paroles. Ce n’est pas seulement à propos de la musique que vous connaissez, la salsa dura pour moi c’est également des compositions et des paroles avec de la signification et du contenu. Une chanson qui a quelque chose dire, qui porte un message, peut faire une différence dans la vie de quelqu’un. Cela doit aussi provoquer des pensées, pour évoquer des émotions, des sentiments, des expériences de leurs propres vies, une identification avec ces chansons. C’est ce qui se passe avec mes chansons. Une des choses que je répète tout le temps, dans mes concerts, avant que nous commencions, j’invite le public à s’autoriser d’éprouver vraiment l’expérience. Et c’est une chose d’énorme à faire. Les gens disent : ’Mais de quoi parle-t-il’ Laissez-vous aller pour ressentir cette musique. Si vous vous abandonnez, si vous vous ne restez pas sur vos gardes, quelque chose de stupéfiant se produira. Je le sais. C’est ce qui se passe tout le temps pour moi."

"En ce qui me concerne, vous prêchez un converti" lui répondis-je.

Je lui demandai ensuite son sentiment sur le fait qu’il monte sur scène dans un endroit de jazz comme le Jazz Café alors qu’un endroit salsa où l’on peut danser aurait convenu davantage.

"Absolument, remarqua Jimmy. "Ou une salle de bal 5 étoiles, une fête d’entreprise, une cave qui puisse contenir 10.000 personnes, le Yankee Stadium ou la planète Mars, la lune ou que sais-je encore. La musique peut être apréciée par absolument quiconque, de culture hispanique ou pas. C’est une musique superbe." "Je dis toujours que c’est intemporel. La seule chose qui puisse mal veillir est la qualité de l’enregistrement" ajoutais-je. Jimmy acquiesa.

Pour finir, je demandai à Jimmy s’il avait des nouvelles sur d’éventuels projets auxquels il ajouterait son touché.

"On m’a appelé pour participer à l’enregistrement du nouveau Cachao. Je ne sais pas si ça va se faire. J’ai aussi récemment fait un solo sur un titre produit par Alan Geik à Los Angeles, qui est une combinaison de musiciens de la Côte Est, Côte Ouest, Cuba et Porto Rico. C’est un projet très excitant qui devrait voir le jour l’année prochaine. Je vais aussi probablement jouer à nouveau avec les Caïman All Stars, dans un mois ou deux. Tout cela, se sont des projets solides, robustes, pas de salsa romantica en vue."

A mon sens, voici ce qui est en train de se passer indirectement, continua Jimmy avec insistance. "Parce que ce projet fait un peu de bruit, qu’il est visible dans les charts, qu’il est vendeur et passe sur les ondes, et parce que le groupe a une approche excitante, ce qu’il se passe c’est que mélangé avec un groupe de salsa romantica, ça ne fonctionne plus. Donc, les artistes qui jusque-là faisaient de la romantica commencent petit à petit à venir vers notre mouvement. De plus en plus de projets et de labels apprécient à nouveau cette musique et comptent dessus. Et j’espère que nous aurons prochainement un déferlement de cette musique."

"Moi aussi", dis-je avec optimisme. "Alors que nous traversions péniblement la vague de salsa romantica du milieu des années 80 aux années 90, je cherchais, ainsi que beaucoup d’entre nous, des signes de la réapparition de la salsa dura." "Et me voilà !" rétorqua Jimmy avec un petit rire dans la voix. "Je sais bien. Tu as toujours été là, et nous gardions toujours un oeil sur toi et les autres".


[1] voir article : Charanga de New York

[2] voir Sa biographie sur Descarga