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Ismael Rivera - Biographie 2/2

L’après Combo

Publié le 10 octobre 2003, par : guayacan

En 1962, c’est la fin du légendaire Combo de Cortijo. Dans cette deuxième partie, nous retrouvons Maelo quatre ans plus tard à son retour à Puerto Rico.

Finalement il sera libéré au bout de 3 ans et 8 mois. A son retour à Puerto Rico, une foule immense l’attend à l’aéroport. Cortijo lui aussi l’attend, et ils enregistrent en 1966 un premier album : Welcome / Bienvenido, Tico 1140, 1966.

Algunos me creían muerto Certains me croyaient mort
pero que va il n’en est rien
aquí estoy je suis ici
ya yo llegué je suis arrivé [1]

Ils enregistrent ensuite Con Todos Los Hierros. Mais ils ont du mal à travailler. Dans l’île, les engagements se font rare, les milieux d’affaires "boycottent" les deux musiciens populaires. Finalement, ils partiront tenter leur chance à New York.

A New York, Ismael crée son groupe Los Cachimbos, avec lequel il conserve un son proche de celui du Combo. Il enregistre De Colores, puis Controversía dans lesquels il touche au Boogaloo, indispensable sonorité de l’époque. A partir de ces albums, peu à peu, il abandonnera la Bomba et la Plena pour véhiculer ses messages et ses chansons à partir des dérivés du Son, de plus en plus Salsa.

En 1971, avec Kako et son groupe, il sort Lo Ultimo En La Avenida, un disque absolument génial (Mi Negrita Me Espera, Lo Ultimo En La Avenida, El Cumbanchero, Moti Agua, Entierro A La Moda, …). Puis en 1972 il sort avec Los Cachimbos Esto Fue Lo Que Trajo El Barco, dans lequel il chante la chanson qui probablement colle le plus à son image : Incomprendido. La grande originalité de ce disque est la présence de chansons dont le texte est tellement dense (comme Incomprendido par exemple) que le coro disparaît ! C’est toute la force du Sonero Mayor que l’on peut apprécier, malgré l’absence du mécanisme moteur de l’improvisation chœur/réponse, son chant porte toute les nuances du sonero.

L’année suivante, il sort Vengo Por La Maceta, teinté d’influences brésiliennes (Berimbau de Baden Powell). Puis en 1974, le disque aussi indispensable qu’incontournable selon Cesar Miguel Rondon : Traigo De Todo. Il y chante notamment sa rencontre avec le Christ noir de Portobello (Panama) : El Nazareno. 1974 est aussi l’année d’un concert historique : Cortijo, Ismael Rivera, Rafael Ithier, Eddie Pérez, Martin Quiñones, Kito Vélez et Roberto Roena c’est à dire le Combo original de Cortijo se reforme pour une soirée exceptionnelle. Cela donne le disque Juntos Otra Vez.

En 1975, il sort Soy Feliz avec Los Cachimbos, dans lequel il chante Las Tumbas, la chanson que lui a composé Bobby Capó au sujet de son séjour en prison. La même année Allegre Records et Tico Records, le label qui publie les disques de Maelo, sont rachetés par l’empire FANIA. Jerry Masucci freine considérablement la production de ces labels. Néanmoins, Ismael reçoit le support de plusieurs piliers de la Fania (Barry Rodgers, Adalberto Santiago, Ruben Blades, Yayo El Indio etc. et Louie Ramirez à la production) pour enregistrer un disque spécial fêtes de Noel : Feliz Navidad. Ce disque est important à plusieurs titres. Maelo rechante les rythmes traditionnels portoricains (Bomba, Plena, Aguinaldo, Seis…), mais surtout ce disque marque le début de la fructueuse collaboration entre Ismael et Tite Curet. Le premier succès de cette collaboration est la chanson Seis de Borinquen (qui sera reprise plusieurs fois par Celia) :

Yo tengo un sabor a playa en este cuerpo J’ai un goût de plage dans ce corps
Y un sabor a coco que me quema Et une saveur à noix de coco qui me brûle
Una cancion nocturna en mi garganta Une chanson nocturne dans ma gorge
Manchas de platano corren por mis venas Des tavelures de banane courent dans mes veines

Certains notent qu’à partir de ce disque la voix de Maelo commence à se détériorer. Effectivement, l’oreille attentive y sera sensible sur les trois derniers disques du Sonero Mayor : De Todas Maneras Rosas, Esto Sí Es lo Mío et Maelo, El Sonero Mayor (1977, 1978, 1980). Mais si sa voix faiblit, il compense par son impressionnante maîtrise du chant et de l’improvisation. Ces trois disques sont ceux de la maturité. Pour la petite histoire, il est en 1979 avec Celia l’artiste le mieux payé de la Fania. En 1981, il fait à Paris la première partie d’un concert de Bob Marley devant 75 000 personnes.

Le 3 octobre 1982, presque le jour de son anniversaire, son frère d’âme Cortijo décède. Maelo ne s’en remettra jamais réellement. En 1983, à l’issue d’une tournée en Colombie et au vénézuéla, Il perd la voix : cancer ? infection ? trouble psychologique lié la perte de Cortijo ?, ce qui est sur c’est qu’il ne chantera plus. Cinq ans plus tard, alors qu’il essayait de récupérer pour pouvoir chanter à un grand concert en son hommage, il meurt d’une crise cardiaque le 13 mai 1987 dans les bras de sa mère Doña Margot. Porto Rico organise un deuil national de plusieurs jours. L’ile et la Salsa sont orphelines du Sonero Mayor.


[1] Aqui Eestoy, Ya Llegué, Ismael rivera dans Bienvenido