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Ismael Miranda

Publié le 1er septembre 2005, par : Maya Roy

Avec Ismael Miranda, chanteur et compositeur, c’est un autre pionnier de la salsa qui sera à l’honneur à Tempo 2005. Improvisateur et vocaliste hors pair, il a marqué l’histoire de cette musique de nombreux grands classiques.

Né le 20 février 1950 à Aguada, une localité de l’île de Porto Rico, il a 4 ans lorsque ses parents émigrent à Long Island, puis dans le quartier de Lower East Side à Manhattan, une enclave portoricaine au milieu du territoire contrôlé par les Italiens. À huit ans, il commence à étudier la musique, il chante avec des chorales et à onze ans, il a déjà la maîtrise des congas. Cette précocité l’amène à jouer et à chanter très tôt avec, entre autres, le sextette Pipo y su Combo et celui d’Andy Harlow, frère du pianiste Larry Harlow qui signera parmi les premiers avec le label Fania. En 1966, Ismael Miranda est engagé comme chanteur dans l’orchestre du percussionniste Joe Pastrana, « le roi du Latin Soul », avec lequel il enregistre en 1967 quelques titres sur l’album Let’s Ball et obtient son premier succès, Rumbón Melón.

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El Exigente

Larry Harlow, surnommé El judío maravilloso par Pacheco, décide en juillet 1967 de recruter Ismael Miranda comme chanteur principal de son orchestre. Ils enregistrent ensemble l’album El Exigente, suivi en 1968 de celui qui rendra Miranda célèbre d’emblée : Orquesta Harlow presenta a Ismael Miranda. Au dos de la pochette, Harlow écrit : « Sa voix est jeune, claire, puissante et surtout, il a une grande présence... Ismael allie dans un style dynamique le sang portoricain, la saveur cubaine et le savoir faire américain ». Pendant leurs six années de collaboration, ils enregistrent en tout huit albums, dont les mythiques Tribute to Arsenio Rodríguez (1971), Abran paso et Oportunidad (1972), avec un grand nombre de compositions d’Ismael Miranda lui-même (Abran paso, Abandonada fue, Oigan bien mi guaguancó, Dolor y amor, Señor Sereno...) et d’autres écrites en commun. En 1972 encore, Pa’Bravo yo, composé par Ismael Miranda et interprété par Justo Betancourt, est sur toutes les radios.

En toute logique, le chanteur rejoint les « Étoiles de Fania » : il est le plus jeune du groupe et Pacheco qui adore les surnoms lui donne celui de El niño bonito de la salsa (le joli garçon de la salsa). Jusqu’en 1986, il figure sur 17 des albums de la Fania All Stars, et il apparaît dans les 3 films Nuestra Cosa Latina (1972), Live in Africa (1974) et Salsa (1976).

En 1973, en plein boom de la salsa, Miranda veut voler de ses propres ailes, il quitte l’orchestre avec trois musiciens, le conguero Frankie Rodríguez, le bassiste Joes Santiago et le timbalero Nicky Marrero et crée sa propre formation, Orquesta Revelación, où figurent aussi Oscar Hernández au piano et Nelson González au tres. Publié sous le label Fania, l’album Así se compone un son, avec la composition éponyme, mais aussi Mulenze, Las Cuarentas, Ahora sí... fait une entrée fracassante sur les ondes aux États-Unis, en Amérique latine et jusqu’en Europe.

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En Fa Menor

Mais des dissensions éclatent dans l’orchestre et Miranda retourne dans son Porto Rico natal où il poursuit une carrière en solo tout en continuant à enregistrer à New York pour Fania. En 1974 et 1975, deux albums co-produits avec Pacheco, En Fa menor avec Borinquen tiene montuno, La cama vacía, de sa propre composition, et Las esquinas son, et Este es... Ismael Miranda avec La cosa no es como antes et La copa rota confirment ses premiers succès. En 1975, il est sur la scène du Madison Square Garden pour le premier New York Salsa Festival, Super Salsa 75, avec tous les grands noms du moment. Puis il retrouve Larry Harlow en 1976 sur l’album Con mi viejo amigo d’où ressortent Venceré et Esta noche me emborracho. De la douzaine d’albums qui ont suivi pour le label Fania, on retiendra surtout Sabor, Sentimiento y pueblo en 1978 avec Nací para cantar, la même année Un compositor que canta où il reprend ses propres compositions, Doble energía avec Willie Colón en 1980, The Master en 1983 avec Cuando un cantor está preso, la réunion au sommet avec la Sonora Matancera en 1984, et Una nueva visión en 1985 où il chante sa propre composition Yo no soy juguete et plusieurs thèmes composés par Tite Curet Alonso, dont Ya yo me curé. Il fonde ensuite son propre label et outre Por el buen camino (1987), il marque son attachement à la culture de son île avec Motivos de mi tierra, Felicitandote et La Mano maestra où il rend hommage aux musiques et rythmes portoricains traditionnellement joués en période de Noël.

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Doble Energia

Fin 1988, il annonce son intention de se retirer de la musique pour se consacrer à ses affaires. Heureusement, il n’en a rien été : en 1993, il interprète Me curo con rumba sur le premier album de la Descarga Boricua. En 1995, son concert au théâtre de Bellas Artes à San Juan de Porto Rico est enregistré en live, en 1996, 1997 et 1998, il signe trois albums de boléros avec Andy Montañez. En 2001, il entre chez Universal et donne un magistral concert à San Juan de Porto Rico, immortalisé dans un double CD. La même année sort Vengo con todo, en 2003, Tequila y ron, un hommage au chanteur et compositeur mexicain José Alfredo Jiménez, est unanimement salué par la critique pour la qualité de ses arrangements. Ismael Miranda est l’un des chanteurs venus fêter leur compère Pacheco sur son dernier album Entre amigos. Enfin, pour cette année 2005, il nous offre une autre perle, l’album Edición especial accompagné d’un DVD et produit comme en 2003 par Gilberto Santa Rosa : une pléiade d’artistes de toutes les générations venus fêter ses 38 ans de carrière, 7 thèmes inédits sur 8, de la salsa, un boléro, et même un reggaetón où participent Andy Montañez et le rappeur Cheka. C’est ce titre promotionnel qui était en avril n°1 au chart latin de la revue Billboard  ! Et cette fois encore, la critique souligne qu’au fil des années, la voix du chanteur portoricain est restée merveilleusement intacte. Ismael a d’ailleurs reçu le prix Ismael Rivera du Día nacional de la salsa en mars 2005.

En avant goût de ce qui nous attend sur la scène de Vic pour l’été 2005 , laissons la parole à Ismael Miranda :

« Je fais mon travail avec amour, c’est vrai, mais je suis vraiment heureux de voir comme les gens m’ont soutenu au cours de ces 38 ans de carrière. Je remercie Dieu pour cette affection que me porte le public ; c’est pour lui que je donne toujours le maximum de moi-même ».