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Histoire création et développement du latin jazz 5/7

Cinquième partie : Chano Pozo et dizzy Gillespie

Publié le 4 décembre 2004, par : Montunero

III) Personnages majeurs et mouvements créateurs

  • c. La collaboration de Chano Pozo et Dizzy Gillespie

Mario Bauzá avait intégré les subtilités harmoniques du jazz à la musique cubaine ; Chano Pozo y Dizzy Gillespie ont ajouté les percussions et les rythmes afro-cubains au bebop.

    • i. Premières compositions de Chano Pozo

Luciano « Chano » Pozo González était le demi-frère du trompettiste Félix Chappotín. « Chano » signifie « élégant ». Chano avait travaillé avec Rita Montaner (ils furent amants). Il était danseyr, conguero, il travaillait dans des hôtels et avait l’habitude de composer, sans toutefois savoir écrire la musique : il demandait à d’autres de le faire pour lui. Chano participa à des concours de « comprasas » (musiciens et danseurs qui défilent pour Carnaval), chaque quartier avait sa comparsa. Chano gagna le prix avec la chanson Parampampin. Puis une danseuse (Caridad « Cacha » Martínez) sut le convaincre d’être représentant du quartier de Belén : il gagna de nouveau avec Los Dandys de Belén.

Petit à petit, Chano devenait de plus en plus célèbre, ce qui l’encouragea à former son Conjunto Azul. Le jour du premier concert, il avait six congas accrochées ensemble. Ce fut la première fois que l’on vit plus de deux congas à la fois.

Quand il arriva à New York, son ami Miguelito Valdés le prévint que certaines de ses compositions de l’époque de Cuba étaient devenus des succès. Chano rencontra son manager qui nia tout cela. Cette pratique était pourtant très fréquente : les américains allaient chercher des partitions à Cuba et les jouaient sans que l’auteur ne le sache... Ironique quand on sait à quel point les américains défendent les droits de leurs propres auteurs !

Chano revint exiger des comptes à son manager, mais un garde l’empêcha d’entrer... Quelques minutes plus tard, il y eut une bagarre au cours de laquelle Chano reçut deux balles dans la colonne vertébrale. : c’est pour cela que par la suite, il était constamment un peu penché et que s’asseoir plus de dix minutes lui provoquait une forte douleur.

    • ii. Présentation de Chano à Dizzy

La musique cubaine intéressait beaucoup Gillespie, ami de Bauzá. Mario présenta Chano Pozo à Dizzy Gillespie disant que c’était la personne dont il avait besoin pour faire cette fusion.

Auparavant, Dizzy avait déjà travaillé avec le conguero Diego Iborra (qui avait lui-même travaillé avec les Lecuona Cuban Boys). Iborra était resté à New York car il voulait jouer du jazz. Au « Three Deuces », il s’était présenté à Dizzy et à Bird (Charlie Parker). Ils lui demandèrent d’amener ses instruments. Etonnés, ils demandèrent ce que c’était... et ils apprécièrent beaucoup les congas, ils lui proposèrent de travailler ensemble. Pendant un an, Iborra a préparé l’oreille de Dizzy à la venue de Chano.

Au départ, Chano faisait du bebop, il s’habituait à la musique locale, mais Gillespie courut le risque de lui laisser plus de liberté musicale... et cela marcha. Ils enregistrèrent Cubana Be Cubana Bop, Algo Bueno, (où Chano chante Yoruba).

Le 25 décembre 1947, avec le grand orchestre de Dizzy Gillespie, au Town Hall, Chano Pozo provoque un scandale : dans un contexte de ségrégation, avec un public blanc, on joue des congas ! On ne connaissait même pas l’instrument. Ils jouent des compositions de Chano, qui va même danser et chanter des textes Yoruba. C’est dans ce concert que l’on interprête pour la première fois Manteca, l’hymne du latin jazz. Le lendemain, la presse, enchantée, fait l’éloge de Chano, c’est un Dieu.

    • iii. Manteca

Le 30 décembre 1947, on grave Manteca : l’ajout des percussions cubaines au bebop ; et cette musique dont les origines se situent à Harlem va contaminer Manhattan. Cependant, Dizzy avait corrigé certaines parties de Manteca, et ainsi pouvait figurer come co-compositeur... mais la partition de cette époque ne mentionne même pas le nom de Chano Pozo. Dizzy et Gil Fuller disaient que Chano avait beaucoup d’idées, mais qu’elles n’étaient jamais complètes : il manquait les ponts, ou les parties harmoniques. Il faisait les rythmes avec la mélodie uniquement. On ne sait pas ce que Chano pensait ou aurait pensé de cette vision.

Certains dirent que Dizzy a toujours joué du bebop, jamais latin, qu’il ne jouait pas en clave, mais c’est une grande polémique. Diego Iborra affirme qu’il était très fin et compétent, relativement à ces rythmes : la seule chose était qu’il s’autorisait à faire des changements sur les patterns rythmiques, dans les arrangements, mais en sachant ce qu’il faisait.

    • iv. La mort du Dieu

A l’occasion d’une série de concerts en Europe, peu de gens se rendent compte de cette révolution. Seulement une personne parle de cela en France : André Hodeir... et comme la presse américaine, il se méprend : un musicien jouait le « bongo » (au lieu de « conga »), et il s’appelait « Pozo González » (sic).

Un jour, Chano achète un peu de haschich, qui ne lui procure aucune sensation. Il va voir le dealer pour récupérer son argent, ce que le vendeur refuse. D’un coup de poing, Chano le laisse KO, prend 5$ dans sa poche et s’en va. Le jour suivant, il est assasiné : le dealer le tue avec son révolver.

Miguelito Valdés, son véritable ami, se charge de toutes les formalités, mais personne dans sa famille ne récupère les droits de ses compositions, que les producteurs avaient conservés.

Chano, à Cuba, faisait partie d’une société Abacua, et devait aussi s’initier à la Santería avant de partir à New York. Sa sœur dit que Chango l’avait prévenu que s’il partait avant l’initiation, il ne reviendrait jamais...

18 ans après sa mort, un album nommé « Spanish Rice » sort dans les bacs, avec Chano Pozo dans les musiciens... une erreur du producteur.


  • Principale reference : Delannoy, Luc, ¡Caliente ! Une histoire du latin jazz, Editions Denoël, Collection X-TREME 2000, ISBN : 220724833.X
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