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Histoire création et développement du latin jazz 4/7

Quatrième partie : La Havane, jazz rumba et descarga

Publié le 4 décembre 2004, par : Montunero

III) Personnages majeurs et mouvements créateurs

  • b. La Havane : jazz, rumba et descarga
    • i. Orquestres de jazz à Cuba

Bien que depuis 1937, l’interdiction de jouer des instruments de percussions afro-cubaines soit levée, la majorité des groupes que l’on peut entendre à la Havane sont des groupes de jazz, dont beaucoup de groupes étrangers (de musiciens blancs) qui vont à la Havane... pour les touristes.

Depuis 1920, il y avait des orchestres cubains de jazz, comme la orquesta Caribe de Alejandro García Caturla, ou la orquesta Cuba de Jaime Prats : de plus en plus, des groupes qui ressemblent à des big bands se créent, avec quatre saxophones, deux trombones, un piano, une contrebasse, une batterie et quelques percussions. Ces groupes vont proposer de la musique populaire américaine et quelques boleros, danzons et habaneras.

Ces « big bands » cubains vont remplacer les groupes américains, mais pour éviter de choquer le public, ils cacheront les musiciens noirs ainsi que les congas et le bongo, qui ont une image très vulgaire...

  • ii. Descargas et Jam Sessions

En 1854, la « Gaceta de la Habana » (Gazette de la Havane) évoque une descarga dans laquelle Louis Moreau Gottschalk fut invité... et plus tard, beaucoup de concerts terminaient par une « rumbita », une descarga. A partir des années 30, on continua à faire la même chose avec le jazz, c’est-à-dire ce qui s’appelle aux USA « jam sessions » (« bœufs » en français), et les mots « Descarga » et « Jam Session » sont devenus synonymes. Dans ces descargas (« décharges » d’idées musicales), les musiciens ont commencé à mêler le jazz et les rythmes afro-cubains. De sorte qu’en même temps que Mario Bauzá créait le latin jazz à New York, les cubains le créèrent aussi à la Havane. Les premières Jam Sessions de jazz datent des années 30, alors que les decargas de cette fusion datent plutôt des années 40. C’est là qu’a commencé Arturo « Chico » O’Farrill, avec Pucho Escalante (tromboniste), Custavo Más (saxophoniste), Peruchín (pianiste), quique Hernández (conterbassiste) et Machado (à la batterie). Les personnes emblématiques de cette époque de descargas furent les musiciens Tata Güines (Arístides Soto), Ernesto Lecuona, Cachao, Walfredo de los Reyes, Guillermo Barreto...

Il n’y eut aucun enregistrement de ces descargas avant 1952. Pendant cette époque, Andrés Echeverría (« El Niño Rivera ») a essayé de jouer du jazz non avec un orchestre mais avec un « conjunto » (c’est-à-dire avec un piano, une contrebasse, un bongo, des congas, une guitare, quatre trompettes et trois chanteurs), mais cela ne marcha pas bien.

    • iii. Les premières descargas enregistrées

En 1952, le producteur de jazz Norman Granz (qui avait déjà produit les enregistrements de beaucoup de groupes de jazz et latin jazz), de passage à la Havane, ne voulait pas croire qu’il y avait là de bons musiciens. Irving Price négocia que s’il arrivait à réunir des musiciens de bon niveau un soir, Norman s’engageait à les enregistrer. Il réunit alors un groupe avec Bebo Valdés (pianiste du Tropicana) qui avait l’habitude des belles descargas, avec les meilleurs musiciens y compris musiciens américains de passage. Bebo arriva en retard, et Norman Granz était déjà partit. Cependant, ils purent tout de même enregistrer. Ils avaient huit chansons, il en manquait une... Bebo proposa un thème pour bœuffer, et cela donna Con Poco Coco, la première descarga enregistrée. Mais peu de gens l’ont prise en compte, car le disque était destiné au public américain. C’est pour cela que plus tard, Cachao affirma être le premier à enregistrer des descargas.

Au Tropicana, les descargas sont un grand succès, et l’enseigne Panart décide d’organiser une séance nocturne, avec Julio Gutiérrez, Pedro Peruchín, José Silva, El Negro Vivar, Francisco Fellove (chanteur du premier « scat » afro-cubain)... c’était une arnaque : six mois plus tard, à New York, Silva entend une musique et s’étonne : Le saxophoniste joue comme moi ! Le disque s’appelait « Cuban Jazz Session », volumes 1 à 5, par Panart. Ils furent vendus par millions...

Plus tard, Cachao et Tata Güines enregistrent les « Cuban Jazz Sessions in Miniature » (produites par Panart) : des morceaux de deux à trois minutes, autant de rythmes de son et de rumba que de jazz, mais qui sont des musiques pour écouter, pas uniquement pour danser : Cachao eut la même démarche que celle de Duke Ellington pour le jazz : il transforma une musique de danse en musique à écouter.

Tata Güines participa aussi aux descargas de Chico O’Farrill Descarga #1 et Descarga #2 (qui fut récupérée par Tito Puente en changeant le nom).

    • iv. Les années 60, fin d’une grande époque

Le nouveau régime cubain n’apprécie pas ces réunions de musiciens de jazz ou de musique afro-cubaine : les descargas deviendront clandestines, et finalement disparaîtront.

En 1965, on supprime même les Juke-Box (symbole de propriété privée) : ce jazz ne peut plus s’exprimer officiellement ni librement.

Mais comme on le verra dans une autre partie, cette situation engendrera une autre forme de jazz et de latin jazz.


  • Principale reference : Delannoy, Luc, ¡Caliente ! Une histoire du latin jazz, Editions Denoël, Collection X-TREME 2000, ISBN : 220724833.X
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