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Histoire création et développement du latin jazz 3/7

Troisième partie : les beaux-frères Machito et Mario Bauzá

Publié le 4 décembre 2004, par : Montunero

III)Personnages majeurs et mouvements créateurs

  • a. Les beaux-frères Machito et Mario Bauzá

Né à cuba le 18 avril 1911, il est très jeune quand sa mère mourut et son père, joueur de base-ball voyageait beaucoup. C’est la famille qui l’éleva qui lui enseigna le solfège. Dès ses sept ans, il étudiait la clarinette et la clarinette basse au conservatoire, et à partir de l’âge de neuf ans, il en joue dans l’orchestre philharmonique de la Havane. Plus âgé, toujours à Cuba, il découvre le jazz en écoutant la radio américaine, et lors d’un voyage à New York (avec la charanga de Antonio Romeu), il assiste à la représentation de Rhapsody in Blue de George Gerschwin, dans laquelle le saxophoniste (Frankie Trumbauer) l’impressionne tellement qu’il décide d’acheter un saxophone alto. Il profite de ces onze jours à New York pour visiter les clubs de jazz, et de retour à la Havane, il veut devenir musicien de jazz. Il apprend donc à jouer du saxophone, termine ses études au conservatoire, et va jusqu’à refuser une proposition de poursuivre à la Scala de Milan, afin de se dédier au jazz.

Et le 29 avril 1930, il s’expatrie pour vivre à New York. Dans le bateau, il voyage avec l’orchestre de Don Azpiazú, dont le chanteur, Antonio Machín, deviendra un ami. Le spectacle du groupe commence avec l’arrivée sur scène de Machín, descendant sur une aile en chantant « Maniiiiii », le début de la chanson El Manisero de Moisés Simons. Peu de temps après, tout le monde la connaît, et c’est aujourd’hui la plus connue des compositions d’origine cubaine.

Machín, qui reste à New York, a besoin d’un trompettiste. Bauzá lui demande de lui acheter un trompette, et en deux semaines, il maîtrise l’instrument ! A partir de ce moment-là, Mario Bauzá va se dédier presque exclusivement à la trompette. Il est engagé par Chick Webb qui lui apprend à combiner la syncope américaine avec la syncope cubaine.

Mario Bauzá racontait à qui voulait l’entendre que ce n’était pas Benny Carter qui avait découvert Ella Fitzgerald : c’était lui qui l’avait présentée à Chick Webb. D’après Bauzá, Carter le copiait, Mario le laissant le remplacer quand il voulait aller voir un match de base-ball...

En 1936, il va à la Havane pour se marier avec Estella, la sœur de Macho (l’ancien surnom de Machito), et s’en revient à New York en ayant convaincu son beau-frère de l’accompagner.

De retour à New York, il refuse une proposition de travail avec Duke Ellington, avec qui jouait déjà Juan Tizol, le compositeur de Caravan. Duke avait bien apprécié les rythmes cubains, mais Mario Bauzá pense que cet orchestre n’est pas le bon endroit pour cette expérimentation, et préfère l’orchestre de Cab Calloway. Il parle de cette situation avec un trompettiste qu’il avait déjà côtoyé dans l’orchestre de Chick Webb, et qui avait joué avec Socarras : John Birks Gillespie, qui s’appellera plus tard Dizzy Gillespie. Mario lui propose d’être son remplaçant pendant une absence de quatre jours. Cab l’apprécie, et finalement, l’engage aussi. C’est avec cette formation qu’ils vont jouer Estoy Cansado, morceau dont Mario a composé la ligne de basse.

Né en 1908, il baigne dans la musique depuis son enfance : lors de chaque anniversaire fêté dans la famille, son père engage un orchestre. Francisco commence l’apprentissage de la flûte et du piano. A l’âge de quatorze ans, il est le chanteur d’un groupe de Son. Il rencontre le fiancé de sa sœur Estella : Mario Bauzá, ils deviendront très proches, tous deux passionnés de musique. Au retour de Mario des USA pour se marier avec sa sœur, Macho chante toujours à Cuba, mais son beau-frère arrive à la convaincre : il débarque à New York pour vivre près de chez Mario. Avant qu’il ne parte, un ami lui avait conseillé de changer de surnom, en utilisant le diminutif « ito », comme le faisaient beaucoup de gens connus. Macho devient alors Machito. Il va chanter avec Noro Morales et Augusto Coen. Il essaie de créer son propre orchestre, mais ça ne marche pas. Il essaie une deuxième fois, sans oublier d’avertir Mario, mais ce dernier n’est pas disponible (dans le groupe de Cab Calloway, il remplace Doc Cheatham qui était parti avec Machito...).

En 1940, il va créer un nouvel orchestre dans le Barrio (jouant de la guaracha, du son et de la rumba). Cette fois, Mario va se charger de la direction de l’orchestre.

    • iii. Le groupe de Machito, le travail des beaux-frères, Tanga.

Dans ce nouveau groupe, Mario ajoute un saxophone, des trompettes, d’autres trombones, et la conga dans la section rythmique : un orchestre de style cubain qui peut aussi rivaliser avec les big bands. Il n’y a pas de batterie, mais une section de percussions latines. Cet orchestre va engager un jeune Portoricain, Ersnesto Anthony « Tito » Puente, en tant que Timbalero. Mais en 1942, celui-ci devra partir sous les drapeaux. Le groupe s’appelle « Machito and his afro-cubans », comme une provocation : il est constitué de personnes de toutes origines, mais le nom permet de se différencier des autres « directeurs » qui n’embauchaient que des musiciens blancs. Machito and his afro-cubans va mélanger la conga, le bongo, la clave, les maracas et le güiro avec les harmonies et les solos du jazz. Les musiciens eux-mêmes sont étonnés par les polyrythmies (conga qui joue en 6/8, timbales en 2/4, et le bongo sur cinq notes...), et pour cela, ils devront être de bons solistes. Ils vont jouer sur la scène de La Conga : des musiciens noirs jouent dans le quartier central de Manhattan ! Les publics aussi vont se mélanger : noir, blancs, Portoricains, Cubains, amateurs de jazz, de musique latine, danseurs... C’est une musique à écouter et à danser !

Après Tito Puente, c’est au tour de Machito d’être appelé par l’armée, comme cuisinier et coiffeur ; et Tito Puente, dans la marine américaine (Navy) continue d’envoyer des compositions et des arrangements. Mais par la suite, il ne restera pas travailler avec Machito. Le chanteur est le Portoricain Polito Galíndez, avec Graciela, une autre sœur de Machito qui avait fait partie du groupe Anacaona. Mario Bauzá va agrandir le répertoire en commençant à écrire et à arranger, demandant aux percussions de jouer EN CLAVE. C’est le début du latin jazz.

Le premier morceau qu’ils jouent pendant le spectacle est Tanga (synonyme de Marijuana). Et quand Machito revient (de l’armée), il le découvre, y ajoute des paroles et fait du « scat ».

Ce morceau fut choisi pour être le jingle de la publicité du club La Conga à la radio (La Conga devint plus tard le China Doll, d’aspect asiatique, mais avec de la musique latine, puis plus tard le fameux Bird Land). Tanga fut une bombe et le groupe devint très connu.

En 1945, le pianiste Joe Loco (José Estévez) part pour l’armée, et c’est René Hernández qui le remplace : ses arrangements au piano liés à la ligne de basse au premier temps presque non accentué ce « tumbao », ce son propre à l’orchestre de Machito.

    • iv. Des musiciens de jazz, de cubop

Beaucoup de musiciens de jazz ont joué de la musique afro-latine et ont essayé ces rythmes : Flip Philips, Stan Kenton, Charlie Parker, Howard McGhee, Lester Young, Dexter Gordon, Cannonball Adderley, Barry Rogers... et Dizzy Gillespie.

Tanga fut ainsi joué en versions bebop, et cela s’appela Cubop City.

Killer Joe fut aussi un rumbop ou cubop très important, écrite quelques mois avant Manteca.

De toute façon, le premier qui a mis des phrases de bebop dans les rythmes latins fut Arturo O’Farrill, dans un arrangement fait pour Rita Montaner en 1945... qui ne fut jamais enregistré.


  • Principale reference : Delannoy, Luc, ¡Caliente ! Une histoire du latin jazz, Editions Denoël, Collection X-TREME 2000, ISBN : 220724833.X
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  • Message 1
    • par massarotti, 16 novembre 2009 - Histoire création et développement du latin (...)

      Il faut savoir que Bauza est très connu pour raconter à peu près n’importe quoi à qui veut bien l’écouter en échange d’un bon verre. Autrement dit comme informateur, il est meilleur comme représentant de la "guaperia" (à peu près = frime) que comme source de faits exacts ! Et il ne jouait vraiment pas très bien de la trompette Il fut surtout un excellent publicrelation et un escrocq notoire envers ses collègues. Le seul qui ne se soit jamais plaint ouvertement, c’est son beauf Frank "Machito" Grillo. Mais il a fini par le virer vers la fin de sa vie (ainsi que Graciela, sa propre soeur et épouse de Bauza) peut-être pour enfin respirer ???? En tous cas monter un groupe plus petit et tourner plus internationalement Bref attention quand on rapporte les propos de Bauza. Pour exemple, son tube "Tanga" est signé par lui, mais le véritable compositeur est Chico O’Farrill selon les uns et René Hernandez selon les autres. Je penche pour Hernandez... A la next ! ashè o Emmanuel Massarotti