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Guayacan Orquesta

Publié le 26 juillet 2004, par : guayacan, pbouge

Lorsque l’on parle de salsa colombienne, on peut citer de nombreux noms tant ce pays a contribué à l’essor de cette musique en lui donnant de grands musiciens et aussi un public extraordinaire. Guayacan Orquesta est l’un de ceux ci.

L’histoire de Guayacan [1] commence avec celle de son fondateur Alexis Lozano Murillo, dans les années 50, dans la région du Chocó [2], et plus précisément dans sa capitale : Quibdó. Alexis fleurte avec la musique dès son plus jeune âge. Il apprend la musique dans une ancienne école fondée à Quibdó par le père espagnol Isaac Rodriguez, école par où passe aussi Jairo Varela Martínez. A 10 ans il a déjà dirigé des petits groupes...

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Logo du site officiel
(c) guayacanorquesta.com

Ce n’est qu’au début des années quatre-vingt que sa carrière musicale va prendre de l’ampleur. A Cali, la musique occupe depuis longtemps une place prépondérante. Jusqu’à cette époque, l’intérêt que cette ville porte à la musique s’exprime à travers une passion du disque presque pathologique. A la fin des années soixante-dix, l’essor des cartels de la drogue provoque un afflux d’argent, les retombées économiques permettent à la ville de faire vivre de nombreux groupes de musiciens. C’est durant cette période qu’Alexis retrouve Jairo et fait équipe avec lui pour fonder Grupo Niche. Quatre albums plus tard, il se sépare de Grupo Niche pour fonder un nouveau groupe plus conforme à ses convictions musicales mais aussi morales. Il s’éloigne de Cali et de ses cartels pour s’installer à Bogota.

Pendant trois ans, il recrute et forme les musiciens de son futur groupe : Guayacan Orquesta. Lui même collectionne les cartes de visites : il est directeur musical du groupe mais aussi tour à tour tromboniste, guitariste, joueur de tres et de güiro, arrangeur, producteur [3]... Le son de la salsa colombienne est reconnaissable, entre autre, aux chœurs, aux riffs des cuivres et à des arrangements souvent plus "légers" qu’à New York ou Portorico. Guayacan s’inscrit dans cette tradition, son directeur musical a été inspirés par l’Afrique et Cuba, avec des mélodies, des rythmes, des arrangements plus proches de la rumba du guaguanco ou du montuno qu’ils ne l’étaient chez Grupo Niche. Ce retour aux sources est marqué par le choix du "très" [4].

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Le groupe
(c) guayacanorquesta.com

En 1986 sort Llegó La Hora De La Verdad, suivi de Que La sangre Alborota en 1987 puis Guayacan Es La Orquesta l’année suivante. De ces trois disques, Sony a fait une trés recommandable compilation : 16 grandes éxitos / La Otra Cara qui retrace cette première période du groupe.

A la fin des années quatre-vingt le groupe traverse sa première crise. Plusieurs musiciens quittent le groupe, deux des cofondateurs rejoignent Grupo Niche. Alexis trouve son salut auprès d’un ami d’enfance Nino Caicedo. Celui ci compose plusieurs chansons sur La Más Bella (1990) puis devient le manageur du groupe en plus d’en être le compositeur quasi exclusif. Il l’est encore aujourd’hui. Suit la période dorée de Guayacan, avec en 1991 5 Años : Aferrados Al Sabor, puis le méga hit Oiga Mire Vea en 1992. L’année suivante, nouveau carton avec [Torero sur l’album Con El Corazón Abierto et la série continue avec l’excellent A Verso Y Golpe (1993) [5]. En 1995 le groupe est mondialement connu. Sa notoriété facilite les collaborations avec des artistes comme le pianiste Pappo Luca, le percussioniste Jimmy Delgado,....etc. et l’orchestre s’ouvre ainsi encore plus sur de nouvelles inspirations. L’album qui va en être issu Marcando La Diferencia (Pau Pau, Medellin, Medellin) est la réussite qui cloture la série.

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le producteur Orlando, Guayacan, ?, Nino et Andy Caicedo
(c) Dejavu / SalsaFuriosa

Les années suivantes vont être un peu dificiles pour le groupe. Jhon Lozano, principal chanteur du groupe depuis 1990 est parti, Nino traverse ce qui ressemble à une crise d’inspiration. En 1996 sort Como En Un Baile - 73 Exitos. Le disque, composé d’une dizaine de medley de styles musicaux différent, est intéressant culturellement pour qui veut se faire une idée de ces styles, mais musicalement c’est une déception. L’année suivante, on croit au renouveau avec Con Sabor Tropical (il faut écouter La chica De Cartel !), mais en 1998, rechute. Nadie Nos Quita Lo Bailao est un nouvel assemblage de medley décevant.

Alexis Lozano et Andy Caicedo

En 1999, De Nuevo En La Salsa se situe bien au dessus du niveau des disques précédents. La prestation de Azuquita, invité de marque, y est remarquable. Mais c’est le prélude à une panne d’enregistrement de 4 ans ! En 2003, Otra Cosa [6] est une nouvelle source d’espoir. Cinq titres de Nino dont les singles Es Penoso et No Llores Por El ainsi que quelques reprises nous montrent que la Orquesta Guayacan n’est pas morte, elle est toujours là, bien vivante ! Il ne nous reste qu’à croiser très fort les doigts et souhaiter que cela dure !


Discographie : ensemble des disques disponibles
- chez descarga
(tous n’ont pas été réédités)

Sources :

  1. The City of Musical Memory, Latin Beat Magazine, Aout 2003, par Cristobal Diaz Ayala. Un article au sujet du livre homonyme de feu Lise A. Waxer (Wesleyan University Press Middletown, CT 06459, 2002)
  2. les profiles de Descarga par John Child pour Guayacan Orquesta et Grupo Niche
  3. Las Imagenes Culturales del Pacífico, par Jhon Antón Sánchez

Crédits Photos : photos du concert donné par Guayacan le 3 avril 2004 à Montreuil, (c) Dejavu pour Salsa Furiosa.


[1] Le ’Guayacan’ est une essence de bois qui durcit au vieillissement, utilisé dans la construction et l’artisanat

[2] région située sur la côte pacifique où la communauté d’origine africaine est très importante et où la musique tient une place particulière. Pour en savoir plus sur cette région voir ici mais aussi et surtout là

[3] Il semble aujourd’hui être bassiste, en tout cas il l’est sur Otra Cosa et il l’était pendant un concert à Montreuil en avril 2004

[4] La guitare remplacera assez vite le très, le groupe ayant trouvé un réglage permettant de la faire sonner de la même façon

[5] 1994 et A Puro Golpe pour le pressage US

[6] sur cet album, Andy le fils de Nino Caicedo, 18 ans, devient l’un des chanteurs du groupe