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Gerardo Rosales présente les Venezuelan Masters

Publié le 1er novembre 2008, par : Chabelita

Interview réalisée le 5 septembre 2008 dans le parc Théodore Denis de Dax, dans l’après midi, quelques heures avant le 1er concert des Venezuelan Masters.

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Venezuelan Masters Orchestra
+ photographe

Buscasalsa : Quelle a été l’idée de départ pour former l’orchestre « Venezuelan Masters » ?

Gerardo Rosales : François Charpentier [1] m’a appelé. J’avais déjà joué à Dax environ quatre fois : 2 fois avec ma propre formation il y a longtemps, et j’avais aussi accompagné Meñique et Yolanda Rivera. J’ai aussi déjà joué en France avec Alfredo Rodriguez. François m’a dit : "je veux faire quelque chose avec le Venezuela, dédier quelque chose au Venezuela". Je lui ai répondu : « moi aussi j’ai toujours voulu le faire, j’aimerais aller au Venezuela pour parler directement aux personnes que je considère comme les plus importantes pour la salsa vénézuélienne".

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Venezuelan Masters Orchestra
+ Robert Quintero

Au Venezuela il y a beaucoup de musiciens, j’aurais pu faire un orchestre avec au moins 60 musiciens, mais c’est impossible. C’est pourquoi j’ai amené 6 éléments importants du Venezuela :
- Alfredo Padilla fondateur de la Salsamayor, de l’orchestre de Johnny Sedes, musicien de Los Dementes et actuel timbalero de la Dimension Latina.
- Mauricio Silva, qui fut pianiste d’Oscar d’Leon, La critica, compositeur de « Se necesita rumbero » un grand succès d’Oscar d’Leon, et qui fut ensuite une grande figure de la salsa romantique au Venezuela, où il a eu de grands succès. Un musicien qui joue du piano, du trombone et qui compose, excellent.
- Cheo Valenzuela qui fut chanteur de la Dimension Latina.
- Marcial Isturiz qui selon moi est le meilleur chanteur de salsa au sein de la jeune génération au Venezuela et dans le monde. Marcial compose, fait des arrangements, joue de tous les instruments : percussion, piano, basse, de tout.
- Nelson Arrieta, qui est l’un des chanteurs les plus importants de la fusion au Venezuela car il a été chanteur de « Guaco ».

J’ai voulu avec ces chanteurs et musiciens invités que vous entendiez les différentes générations et couleurs de chaque aspect de la salsa vénézuélienne.

J’ai aussi invité Johnny Sedes, qui n’a pas joué sur scène depuis 30 ans. J’ai connu Johnny Sedes par hasard lorsque Rafael Viera voulait acheter mes disques. J’étais au Venezuela et il m’a envoyé un message avec le téléphone de Juan Sedes. Je suis parti emmener mes disques et quand je suis arrivé chez Juan Sedes, je lui ai demandé « vous ne seriez-pas Johnny Sedes, le saxophoniste ? », “Si, je suis Johnny Sedes”.

La maison de Johnny Sedes était pleine d’albums de photos de l’époque où il jouait à New York, à Porto Rico,... Il avait toujours son saxophone et ses partitions. Je lui ai dit : "que faites vous en ce moment ?”, « je suis à la retraite, je pratique à la maison », « vous n’aimeriez pas venir avec moi en France ? Je vous invite à venir jouer votre musique avec moi ”, “Oui, pourquoi pas, allons-y”.

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Gerardo Rosales
Festival Toros y Salsa 2008

Ensuite cela fut merveilleux pour moi en tant que musicien, collectionneur et en tant que personne ; je suis très amateur d’histoire. Je souhaitais offrir ce cadeau à Johnny Sedes, pouvoir sortir du Venezuela et voir qu’on connait sa musique dans d’autres endroits du monde.

J’ai mélangé ces personnes avec les musiciens qui jouent avec moi en Hollande :
- Michael Simon un trompettiste de jazz, vénézuélien, frère d’Ed Simon et Marlon Simon qui vivent à New York.
- Nicole Zabala, une tromboniste vénézuélienne, très jeune, diplômée du conservatoire en Hollande.

Buscasalsa : c’est rare de voir une femme jouer du trombone.

G.R. : c’est une virtuose du trombone, elle est née au Venezuela mais sa mère est Allemande et son père Espagnol. Elle est diplômée de Rotterdam, elle est une des meilleures trombonistes de jazz là-bas.

Les autres musiciens Jose Centeno et Joaquin Arteaga, vivent en Espagne Jose Centeno est un jeune tromboniste de la nouvelle génération vénézuélienne qui est très bien préparé. Il organise les orchestres de Tito Nieves, Tito Rojas, et quand DLG vient en Espagne c’est lui qui fait toute la musique. Joaquin Arteaga joue avec tous les groupes de Barcelone. Lorenzo Barriendos est une légende de la musique au Venezuela, il vit depuis longtemps à Barcelone (Espagne), car il y est né mais il a grandi au Venezuela. Il a fait partie du Trabuco Venezolano durant de nombreuses années et de beaucoup autres groupes des années 70 et 80.

Nous avons aussi deux invités. L’un est américain : Charlie Biggs, il est de Los Angeles et il vit en Hollande, il joue à la fois aux USA et en Hollande avec de nombreux groupes.
Et Thomas Bottcher qui est Allemand, il est le pianiste de mon orchestre, un virtuose, qui peut jouer tous les styles et qui connait très bien la salsa. Il peut jouer comme Papo Lucca ou comme Larry Harlow, comme Ruben Gonzalez s’il veut. Il a un talent impressionnant, il ne voit pas, il joue de mémoire et il est excellent.

Je voulais réunir toutes ces personnes qui sont dans divers acpects de la musique pour produire un son qui ne reste pas seulement dans le souvenir, mais faire un son qui propose quelque chose pour le futur. Toros y Salsa me donne l’opportunité de commencer une histoire. Depuis les années 80, il y a toujours eu des « all stars » : Cachao, Tico all stars, Alegre all stars, Cesta all stars, Puerto Rico all stars, et est arrivé le Trabuco Venezolano qui était aussi un All Stars. Et ensuite est apparue la « Descarga Boricua », puis les « Puertoricans Masters ». Je voulais faire la même chose avec le Venezuela. Mais je ne voulais pas faire un second Trabuco, je ne voulais pas jouer la musique du Trabuco. Je vois plutôt cela comme une nouvelle Fania vénézuélienne, mais d’un angle de vue mieux organisé. Car tous ces projets ont échoué à cause d’une mauvaise organisation. Il n’y avait pas de continuité. J’ai dans la tête les envies, le désir de ce que ce projet perdure dans le futur. Cela ne dépend pas seulement de moi, mais cela dépend de l’argent, des subsides, des festivals et du gouvernement vénézuélien. Et aussi d’une grande quantité de facteurs économiques qui peuvent faire que ce projet aboutisse dans de nombreux coins du monde.

Buscasalsa : Tu me disais que cela fait un an que tu prépare ce projet ?

G.R. : oui nous travaillons depuis un an pour réunir tous ces musiciens. Mon épouse et moi avons une organisation, un bureau où nous produisons et vendons des disques, où nous organisons des événements. Le festival nous a engagés pour produire cette partie du spectacle. C’est ce que nous préparons depuis un an.

Buscasalsa : Et au Venezuela, les gens connaissent le projet ?

G.R. : oui des journalistes du Venezuela sont présents. J’ai fait une démo, que j’ai mise sur My Space, pour commencer une promotion sous-terraine, les musiciens sont allés à la radio pour en parler. Ils m’aident tous. Il n’est pas question de Gerardo Rosales, il est question du Venezuela. De montrer aux gens qu’au Venezuela aussi il y a de la bonne salsa. Nous avons un son et nous voulons le faire savoir. Les musiciens du groupe se chargent aussi de la promotion à l’intérieur du pays et à l’extérieur.

Buscasalsa : Ils semblent avoir très envie de jouer et de chanter.

G.R. : Oui, nous avons travaillé séparément. Nous nous connaissons, nous sommes amis, parfois j’ai joué avec Mauricio ou avec Marcial, ou Cheo a été mon chanteur ; j’ai fait partie de quelques descargas avec Padilla, mais nous n’avons jamais joué tous ensemble. Il y a beaucoup de respect entre nous, beaucoup d’envies. Tous sont des figures, tous sont bons et tous sont très sûrs. C’est exactement ce que je voulais, une collaboration de tous et que tous veuillent participer. Un des points d’achoppement des projets de « All Stars » a été l’égo. Dans ce groupe nous sommes simplemente tous frères, nous sommes amis et cela fonctionne très bien. Nous acceptons aussi que des musiciens d’autres groupes s’intégrent et viennent jouer avec nous. Ici est présent Robert Quintero qui est venu avec le Black Sugar Sextet, il y a Tito Allen, il y a Ralph Irizarry, ce sont nos amis depuis des années.

Buscasalsa : Ici à Dax tout se termine sur la même scène, les musiciens montent se joindre aux autres groupes pour faire une Descarga.

G.R. : C’est merveilleux car nous sommes une famille. Selon moi la salsa n’est pas ce que l’on voit ici en Europe, où la salsa n’est qu’un workshop qui coûte 9 euros, on donne des cours de danse, un DJ vient mettre quelques disques, les gens font des tours y ce serait ça la salsa ! Non ! Pour moi la salsa est un environnement, une culture, une manière de vivre , une manière d’exprimer un sentiment. Nous sommes réellement d’authentiques salseros. Celui qui va à un workshop et danse la salsa ainsi, ne pratique qu’un sport, une sorte de thérapie pour entretenir son physique. Mais cela est très différent d’être un salsero. Nous voulons transmettre aux gens ce message salsero à travers notre prestation en live. C’est très important.

Buscasalsa : Quel est le répertoire que vous allez jouer ? Il y a des chansons du Grupo Mango, de Marcial Isturiz, tes chansons aussi ?

G.R. : Il y a de tout. Nous avons « Dile que Venga » du Grupo Mango. Nous avons « Quien la tumbo » un des grands succès de la SalsaMayor, et dans l’orchestre nous avons le timbalero original, Alfredo Padilla. Nous jouons « Se necesita rumbero » qui fut popularisée par Oscar d’Leon, et composée par Mauricio Silva, ici c’est Cheo Valenzuela qui la chante, un ancien élève d’Oscar d’Leon. Il y a aussi des chansons comme « La salsa es mi vida » que j’ai enregistré à New York et qui a été un succès. J’ai aussi sélectionné de nouvelles chansons : un morceau de Guaco « Como Camina » chantée par Nelson Arrieta. Il y a deux titres de Cheo Valenzuela : « El Pachangon » et « Cristal » écrite par Simon Diaz, un compositeur vénézuélien très connu. Nous avons aussi une chanson originale « Yo soy la voz de la rumba », faite spécialement pour cet événement. Nous avons des arrangements originaux de Michael Simon, de Lorenzo Barriendos et de Mauricio Silva. Des arrangeurs travaillent tout spécialement sur ce projet qui aura un son nouveau.

Buscasalsa : Vous allez enregistrer ce nouveau projet ?

G.R. : Nous voulions enregistrer un disque mais nous n’en avons pas eu le temps. Nous avons amené une équipe, un studio mobile et nous allons enregistrer sur place. Nous avons 3 caméras. Le but pour le moment est de faire une démo pour la mettre sur youtube, faire notre publicité pour être engagés dans les festivals européens de l’année prochaine. Et si tout marche correctement, nous éditerons un disque live du concert de Dax. Si ce n’est pas possible, on fera un disque en studio.

Buscasalsa : Cette année tu as invité Johnny Sedes, mais à l’avenir tu inviteras peut-être d’autres personnes ?

G.R. : Oui, l’idée est que le groupe est flexible et qu’on pourra intégrer ponctuellement d’autres musiciens. Nous voulons que ce projet perdure. La continuité est importante pour nous, au moins une fois l’an nous voulons renouveller l’événement aux Etats-Unis, au Venezuela ou en Europe. Nous allons travailler pour cela.

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Marcial Isturiz, Gerardo Rosales, Cheo Valenzuela
Festival Toros y Salsa 2008

Buscasalsa : C’est difficile de sélectionner des chansons quand le répertoire du Venezuela est si important ?

G.R. : Très difficile. Je ne voulais pas vivre dans le passé. Actuellement au Venezuela, il y a un nouveau boom de la salsa, il y a de nombreux groupes excellents. On peut amener 80 orchestres ici et faire un festival seulement avec des groupes vénézuéliens. J’arrive d’un festival au Venezuela où se produisaient Watussi, Federico y su combo, le Grupo Mango qui s’est à nouveau réuni, Madera aussi s’est réuni, une quantité de groupes... j’ai joué avec plein de groupes, il y en a tant que je ne m’en rappelle même plus. Mais ce que je peux dire c’est que les musiciens vénézuéliens s’organisent très bien, ils sont en train d’enregistrer, beaucoup d’albums vont sortir.

Buscasalsa : C’est une bonne nouvelle.

G.R. : Actuellement, je crois que le Venezuela et la Colombie sont les deux pays à la tête des productions discographiques. Le marché discographique a été anéanti [2]. Au Venezuela, comme l’argent manque pour produire un album dans son intégralité, tous les musiciens s’entraident « tu m’enregistres un timbal, je t’enregistre une conga », celui-là enregistre un trombone et un autre fait un arrangement. Il y a des échanges. De nombreuses productions sortent mais tout le monde enregistre gratuitement, et tout le monde s’entraide.Ce n’est pas la même chose à New York ou à Puerto Rico où le marché de la musique est basé sur l’argent, pour faire un disque tu dois dépenser 20 000, 30 000 dollars. Mais personne ne veut dépenser 20 000, 30 000 dollars pour que quelqu’un copie le disque et le mette en MP 3 et automatiquement tu perds les 20 000, 30 000 dollars. Aujourd’hui celui qui fait un disque ne récupére pas l’argent. Au Venezuela les gens veulent enregistrer. (...) Si j’ai un concert à Dax avec mon orchestre cela fait partie de ce que j’ai investi. Nous avons besoin de jouer pour récupérer l’argent que nous avons investit dans les enregistrements. C’est pourquoi il y a si peu d’enregistrements dans les autres pays. Cela coûte cher, sans possibilité de récupérer la mise.Toros y Salsa me donne l’opportunité d’avoir un projet dans les mains, c’est eux qui financent tout. Etant donné que je me projette toujours dans le futur, j’ai décidé d’investir sur ce projet. Mais les 80% de cette production sont payés par la France. Tout le monde n’a pas la chance d’être ici.

Buscasalsa : Longue vie aux Venezuelan Masters...


[1] Directeur artistique du festival.

[2] NDT : vous constaterez que nous n’avons sciemment pas traduit le mot exact...