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Xème festival Toros Y Salsa de Dax

2004 Toros y Salsa / François Charpentier, interview

Publié le 8 juillet 2004, par : guayacan

A l’occasion de ce qu’il est convenu d’appeler une journée de promo, nous avons rencontré François Charpentier à Paris. C’est dans un petit bar du dixième arrondissement qu’il a eu la gentillesse de nous accorder cette interview, à la fin d’une journée déjà chargée et avant de repartir pour l’aéroport.

Le co-créateur du festival est un passionné de Salsa comme on aimerait en croiser plus souvent !

Buscasalsa : Bonjour, avant tout merci de consacrer quelques instants à Buscasalsa

François Charpentier : Merci à vous

BS : Nous sommes très intéressés par Toros Y Salsa, l’historique du festival et ses programmations hallucinantes, je voudrais pour commencer savoir d’où vient cette idée, qui a eu cette idée et comment ce festival a été créé.

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Affiche officielle du Xème anniversaire du festival
(c) Toros Y Salsa

FC : Le festival existe depuis 1995, à l’époque la régie des fêtes municipales cherchait à re dynamiser la mini feria du mois de septembre. Les spectacles tauromachiques étaient un petit peu en mal de fréquentation et la régie cherchait un moyen d’organiser des festivités autour des corridas pour essayer d’en augmenter la fréquentation. À l’époque je m’occupais d’une émission sur le thème de la salsa sur une antenne de radio locale à Dax. Le président de la commission des fêtes, Pascal Dages est un jour tombé sur l’émission et il s’est dit que se serait peut-être une bonne idée d’associer la fiesta taurine et la musique latine. Evidemment quand il est venu me voir mon sang n’a fait qu’un tour j’ai évidemment sauté sur l’occasion. On a monté ça rapidement puisque la première année, il est venu me voir au mois de juillet et il a fallu tout organiser pour le mois de septembre, donc ça été extrêmement épique et puis de fil en aiguille, d’année en année, on en arrive à la dixième édition.

BS : Je vois que la première année c’était des groupes résidents en France, Alfredo Rodriguez, Grupo Caiman d’où a émergé Yuri Buenaventura ensuite, mais dès la deuxième année on voit Papaito, et j’ai regardé l’ensemble de la programmation, je vais citer quelques noms pas tout à fait au hasard : Adalberto Santiago, Guaco, Santiago Cerón, las Estrellas Del Barrio, un concert qui donne la chair de poule à la vue des chanteurs : Marvin Santiago, Luigi Texidor, Chamaco Rivera, Adalberto Santiago, il y a eu aussi Yolanda Rivera, comment on fait en venant d’une « petite », excusez moi de le dire ainsi, d’une petite radio à Dax, pour avoir tous ces noms là, d’autant que la plupart on été des exclusivités qui ne sont venus en France que pour Dax ?

FC : Tout à fait... Il n’y a pas de secret, de toutes façons, le premier moteur c’est la passion, la passion de cette musique-là, passion que j’ai depuis de très très nombreuses années. Je suis tombé dedans en écoutant un premier disque de salsa, je n’ai plus jamais quitté et je crois que je ne quitterais plus. C’est vraiment mon moteur, la motivation pour découvrir cette musique, à travers les disques, toujours avoir le souci lorsqu’on achète un disque de regarder les crédits de savoir qui joue dedans etc... Ma programmation est un peu basée sur le même principe : on fait venir des groupes et puis on fait connaissance avec le bassiste de tel groupe, et puis le conguero d’un autre, qui connaît un groupe qui est pas mal, qui pourrait t’intéresser, (tiens envoies moi le disque et cetera), c’est comme cela que l’on se construit son réseau et comme ça ensuite on fait venir les groupes. Moi je suis très féru de la salsa new-yorkaise des années 70, la salsa de Porto Rico évidemment aussi. J’adore cette musique, donc c’est celle là que j’essaie de faire perdurer -sans vouloir employer de grands mots - avec la programmation de Dax. J’adore le Latin Jazz, donc j’essaie de maintenir contre vents et marées, au moins un concert de Latin Jazz. Ce n’est pas toujours facile lorsque l’on a des danseurs en face qui ne sont pas férus de ce genre de musical. Personnellement j’ai découvert cette musique à l’age de 15 ans, ça fait trente ans... Pour commencer, j’aime la musique. Toutes les musiques, pour la petite histoire, je suis un inconditionnel de Frank Zappa, ce qui n’a strictement rien à voir, mais tout ce qui est bon, tout ce que je juge personnellement bon, je vais à fond dedans. Forcément, lorsqu’un genre musical vous plait, vous vous immergez dedans, vous achetez tout ce qui traîne et ensuite on se fait son oreille et ensuite on fait son choix dans tout ça. Bien évidemment, beaucoup sont partis, ne sont plus là, mais on essaie de maintenir ce goût et surtout de le transmettre, de faire découvrir ces genres musicaux au public de Dax.

BS : L’an dernier il y avait un très beau programme avec là encore des exclusivités, cette année, je suis assez curieux de savoir pourquoi Batacumbele, car à ma connaissance, le groupe ne s’est pas produit en dehors de Porto Rico,

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Batacumbele

FC : Pratiquement pas, l’an dernier ils ont fait deux concerts aux États Unis c’est tout. C’est un groupe qui est constitué de véritables stars, de très très grosses pointures qui ont individuellement leur propre groupe, donc c’est extrêmement difficile de les réunir. Pour moi Batacumbele, c’est LE groupe !

BS : Ce qui peut se comprendre

FC : Ça fait longtemps que j’essaie de les avoir, 4 ans que je travaille sur le projet et donc petit à petit l’oiseau fait son nid et arrive à son but. J’ai fait venir plusieurs fois « Gua Gua » [1] avec sa formation de latin jazz ou avec d’autres , une Charanga qui s’appelle la Típica Tropical, qui est à Miami et dans laquelle il joue, j’ai fait venir Giovani [2] il y a quelques années avec son quintet, Cachete [3] et Juancito Torres il y a deux ans, tout ça en leur disant à chaque fois : il faut que vous remontiez Batacumbele, il faut que vous veniez vous produire en Europe car il faut que les gens découvrent ce que fait ce groupe, l’influence que vous pouvez avoir dans toutes les caraïbes, et surtout de voir ce qui se fait à Porto Rico, même si bien évidemment et le nom Batacumbele en est la preuve, ils ont de grosses influences afro cubaines...

BS : ou plus précisément Formell, Van Van et le Songo

FC : Voila, avec le Songo, mais pas seulement

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Jimy Sabater et José Mangual Jr
(c) Toros Y Salsa

BS : Il y aussi José Mangual Jr que l’on a pas vu beaucoup non plus,

FC : Avec son comparse Jimmy Sabater

BS : Qui se relancent en ce moment,

FC : Tout à fait, depuis une paire d’années, José Mangual a fondé le groupe Son Boricua, qui reste dans la lignée du Joe Cuba Sextet, fin des années 50, début des années soixante, avec un répertoire très tourné vers le Boogaloo,

BS : Beaucoup de reprises,

FC : Beaucoup de reprises, puisque Jimmy Sabater a été longtemps chanteur et timbalero, chanteur avec Cheo Feliciano, du Joe Cuba Sextet et donc c’est un petit peu pour faire revivre cette époque et pour faire découvrir quand même deux pointures qui au niveau percussion n’ont rien à envier à personne

BS : Ça c’est clair !

FC : On n’apprend pas à un vieux singe à faire des grimaces !

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Los Generales De La Salsa
(c) Toros Y Salsa

BS : Avec Los Generales De La Salsa, c’est la même idée, on fait revivre un groupe mythique des années 70, mythique pas sous ce nom là mais...

FC : En effet, pour de sombres raisons qu’on n’évoquera pas ici ils ont perdu l’appellation la Dimension Latina qu’ils ne peuvent plus utiliser, par contre, Los Generales De La Salsa, c’est le noyau dur de La Dimensión. Vous enlevez Oscar D’Leon, et Andy Montañez qui est venu après le remplacer, vous obtenez Los Generales, et c’est eux qui seront là, avec quand même la présence du fameux bolériste vénézuélien Wladimir Lozano qui est une star là bas, à Caracas. Il ne peut pas se balader tranquillement dans la rue sans se faire agresser de partout, c’est une vraie voix de bolériste, je pense que ça va un peu surprendre le public de Dax, mais la programmation est faite pour ça aussi.

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Soneros Del Barrio

BS : Il suffit de la lire pour se rendre compte à quel point elle est surprenante, en dernière surprise on aura Los Soneros Del Barrio, la encore, je ne crois pas qu’on les ai vu en France

FC : En Europe je n’en mettrai pas ma main au feu, mais en France je ne crois pas. Los Soneros Del Barrio c’est le creuset d’où sont nés certains groupes maintenant beaucoup plus connus

BS : Dont le « SHO »

FC : Oui, le Spanish Harlem Orquesta et autre Grupo Caribe, on retrouve Frankie Vasquez, le chanteur et fondateur avec Martin Arroyo de Soneros Del Barrio, on le retrouve de temps en temps avec le Spanish Harlem

BS : Grand sonero, malheureusement, et c’est affreux à dire, un peu desservi par son physique [4]

FC : C’est vrai, c’est le flaquito de service, mais par contre, quand les gens vont l’entendre, ils vont avoir une idée de ce qu’est un sonero ! C’est quelqu’un que j’adore. Il maintient cette espèce de tradition dédiée aux anciens soneros de la grande époque bien qu’étant de la deuxième génération, avec évidemment une autre vision des choses. C’est quelqu’un qui se donne 200% sur scène, il vit vraiment ses chansons et les fait vivre le public avec lui. J’ai eu la chance de le côtoyer pendant quelques jours avec Gerardo Rosales lors d’une tournée en Hollande, c’est un gars absolument charmant, ce qui ne gâche rien ; c’est un percussionniste qui a un humour dévastateur, et quand il monte sur scène il est vraiment impressionnant. Quand il se met a déclamer ses soneos, il a sa veine jugulaire qui se met à ressembler à une matraque, tellement elle est énorme, on sent qu’il va exploser la voix au bout de dix minutes et c’est comme ça pendant deux heures et demi ! C’est un chanteur que j’adore. C’est pour ça aussi qu’il sera parmi nous cette année.

BS : Pour n’oublier personne, on aura aussi le Septeto Santiaguero

FC : Oui, qui nous vient de Cuba. Le groupe sera en tournée en Europe à cette époque-là. Formation traditionnelle de Son Montuno, région de Santiago de Cuba qui possède un excellent trompettiste. Je dois dire que le choix du groupe s’est fait là-dessus, leur tourneur m’a fait parvenir un enregistrement live, et lorsque j’ai entendu le solo de trompette, j’ai été assez surpris et je me suis dis ou la !, ce groupe il va falloir qu’ils vienne. Il se trouve qu’ils sont en tournée donc je n’ai pas hésité une seconde. Ils viendront compléter la programmation et ce sera la touche cubaine du festival cette année

BS : Et après tout ça, pour finir d’allécher tout le monde, grâce à la feria, aux Toros et à la ville de Dax, c’est ... parfaitement...

FC : Gratuit, on peut le dire, huit concerts totalement gratuits, c’est ainsi depuis la création du festival. C’est une volonté du comité des fêtes populaire, populaire, donc il faut que ce soit accessible pour tout le monde. Par les temps qui courent, on peut dire que ça ne court pas les rues...

BS : En tout cas, il y aura plusieurs représentants de Buscasalsa et on se battra pour faire connaître ce festival ... impressionnant !

FC : Merci beaucoup, on vous attend, Buscasala, tout le monde, on vous attend pour faire la fête et je pense que vous ne serez pas déçus !


Pour en savoir plus sur le festival, consultez
- le site de la ville de Dax
- notre article sur la programmation de 2004


[1] Eddie "Gua Gua" Rivera

[2] Giovani Hidalgo

[3] Angel « Cachete » Maldonado

[4] plus sur Frankie Vazquez, SHO, Soneros del Barrio dans l’excellent article de Chabelita