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2005 Tempo Latino / Entretien avec Eric Duffau

Publié le 1er mai 2005, par : pbouge

Nous nous sommes entretenus avec Eric Duffau, directeur du festival Tempo Latino, le 5 Mars à propos de l’édition 2005

BuscaSalsa : Un choix surprenant pour le programme cette année ?

La Banda de SantiagoEric Duffau : C’est même désorientant pour ce que l’on pourrait penser d’un festival Latino. D’abord, presque obligatoirement, il y a de la musique cubaine. Personne nous y oblige mais finalement c’est souvent la règle depuis le début. Mais cette année il y a une soirée spéciale qui va impliquer localement des musiciens amateurs, des jeunes et des enfants. Le projet qui m’a été proposé était de faire un travail autour et avec la Banda de Santiago [1], fanfare de la ville de Santiago de Cuba, en engageant musicalement les jeunes de la région de Vic Fezensac. Dans la mise en place de ce projet, nous avons réalisé que 2005 était l’anniversaire des dix ans du passage de Compay Segundo à Tempo Latino. Ce fut une telle rencontre avec le public ! C’était sa première venue en France, je crois. C’est donc aujourd’hui le moment de lui faire un clin d’œil en évoquant Santiago car il avait joué avec la « Banda » dans sa jeunesse, il y a très longtemps. C’était un peu l’occasion d’imbriquer les choses et d’ouvrir la scène à la Banda avec 12 invités et une soixantaine de jeunes d’écoles de musiques de la région, des élèves du collège de Vic qui répètent tous déjà activement sous la direction de musiciens de la Banda. Nous aurons donc un plateau à 80 personnes pour la soirée d’ouverture en hommage à Compay. Tout le monde à hâte de voir aboutir ce projet.

Les répétitions sont dirigées par un jeune Cubain, chef de chœur, installé depuis peu de temps à Toulouse, doué d’une grande pédagogie basée sur le dialogue et beaucoup d’explications. Et pour tisser des liens encore plus fort, les familles des élèves hébergeront les musiciens de la Banda : les familles des trompettistes vont héberger les trompettistes de la Banda, les trombones ... C’est un beau projet et nous espérons que le public répondra présent.

BS : Et les invités de cette soirée ?

ED : Nous travaillons encore sur le projet : les Morena Son, groupe 100% féminin de Santiagio de Cuba et d’autres surprises Le concert qui suivra sera avec Raul Paz [2] qui a failli venir l’année passée mais je crois que cette année sera une meilleure occasion.

BS : Vendredi ?

The Big 3 Paladium OrquestaED : La soirée de vendredi sera dédiée à New York. D’abord avec un big band : le grand orchestre du Palladium avec les fils de Tito Puente, Tito Rodriguez et Machito. Ça swing beaucoup et ça joue bien pour un répertoire vraiment dansant [3]. Ce sera du lourd : un big band de 22 musiciens sur scène dont Herman Olivera [4].

Ensuite j’ai voulu faire revenir le groupe Grupo Caribe  [5], d’abord parce que ce sont des amis à nous : Louis Ayala, Sergio Rivera, ... etc. Attendez vous à voir jouer quelques uns d’entre eux avec le Big 3 Palladium.

BS : Après New York ?

ED : ... New York et la République Dominicaine. Quand un agent, avec qui j’avais travaillé pour William Cepeda, m’a proposé Johnny Pacheco, Ismael Miranda et Hector Casanova, j’ai été rapidement convaincu. Mais il a fallu beaucoup discuter pour trouver les dates. Maintenant on est d’accord il fera bientôt partie de la galerie de portraits de Tempo Latino.

Pour la première partie, nous avons pensé à Mangu qui va sans doute attirer un public jeune avec un décalage intéressant par rapport à Johnny Pacheco. Je l’avais rencontré il y a 4 ans. Beaucoup d’originalité et de talent chez ce garçon. Il m’avait été présenté par Rémy Kolpa Kopoul à L’Elysée Montmartre et ça a fait ce chemin puisqu’il est programmé cette année.

BS : Le concert du dimanche va nous emmener encore plus loin

Orquesta de la LuzED : C’est la soirée salsa japonaise. Je connais l’Orchesta de la Luz depuis 1995. J’avais assisté à leur concert à L’Aqua’Boulevard. Depuis, l’idée a fait son chemin. Nous allons donc jouer aujourd’hui la carte surprenante et décalée de salsa du Japon. C’est aussi le rôle de notre festival. Et il se trouve que le manager de Cachao qui était là l’an dernier, s’occupe aussi de Nora, chanteuse de l’Orchestra de la Luz. Il m’a dit que comme cet orchestre s’était déjà reformé une fois dans le passé pour l’hommage à Tito Puente c’était peut être possible une seconde fois. De plus le même manager a aussi le groupe Son Reinas composé uniquement de musiciennes.

BS : Ce choix va surprendre !

ED : Si j’écoutais certains je devrais faire que de la musique cubaine à l’exclusion du reste, ou d’autres je devrais me concentrer uniquement sur de la musique portoricaine... Alors, ce plateau c’est un appel à la curiosité et quand on aime cette musique, il peut se passer de grandes choses grâce à la magie de la scène.

BS : Et les scènes autour des arènes ?

ED : Il y en a quatre scènes. La programmation n’est pas encore totalement finale et sera annoncée dans quelques semaines. Nous allons sans doute inviter plusieurs groupes de Lyon qui est notre ville partenaire cette année dont Chekéré par exemple. Mais notre programmation sera guidée par la volonté de faire découvrir des nouveaux artistes, ou des artistes pas assez connus. Mais il y aura aussi d’autres activités comme le stage adulte multi instrumental, et aussi des stages de danse... etc. et une surprise pour le parrainage du festival.

BS : La Salsa a-t-elle trouvé son public en France ?

ED : Il y une multitude de festivals « world » ou jazz qui passent parfois un ou deux concerts de musique latine. Mais Tempo Latino est parmis les derniers festivals dédiés à la musique latine. Alors, il faut venir à Vic pour faire vivre cette musique, on vous attend nombreux aux arènes pour fêter ensemble cette musique que l’on aime tant.


[1] Juste après la guerre d’indépendance, en 1898, il y a plus d’un siècle, s’est formée la Banda de Santiago de Cuba. Et comme toutes les fanfares, elle a depuis joué en toutes les occasions, pour les festivals de musique traditionnelle, pour les commémorations des héros de l’indépendance ou de la révolution, pour les fêtes nationales et pour le carnaval...etc.

Des figures importantes de l’Oriente ont fait leurs gammes à la fanfare comme Compay Segundo en 1929 , engagé comme clarinettiste . Le directeur musical actuel, Alcides Castillo Peñalver, est à son poste depuis 1974, a su renouveler le répertoire de la Banda et la faire évoluer vers le son, le son montuno et un répertoire très festif et dansant.

[2] Raul Paz a étudié le violon, le chant et la direction d’orchestre, et le théatre (plusieurs rôles au cinéma). Raul s’installe en France en 1997 pour y construire sa carrière. Il participe au concert de " La Fania All Stars " au Zénith de Paris, en 99. Cela lui permet de rencontrer Ralph Mercado qui l’aidera à enregistrer son premier album " Cuba Libre ", aux Etats-Unis. Disque qui se vendra plus de 100.000 exemplaires aux Etats-Unis avec de nombreuses tournées. Il fait ensuite des incursions dans des styles plus « fusions » et enregistre un nouvel album " Contigo ".Son dernier album « Mulata » est sorti en 2003.

[3] La direction musicale de ce big band est confiée à José Madera, un vétéran de l’orchestre de Tito Puente. Son répertoire fait revivre des tubes oubliés depuis des dizaines d’années et ne contient que des hits haute tension pour dance floors. Ces mêmes morceaux sont aussi une matière formidable pour les improvisateurs du groupe. Quelques exemples “Cuban Fantasy,” “Mambo Inn,” and “Palladium Days.” “El Cayuco,” “Mama Guela,” “Complicacion,” and “Chevere.” Les chanteurs Luis Ayala, Sammy Gonzalez, and Herman Olivera sont excellents.

[4] Chanteur du groupe Eddie Palmieri

[5] Bientôt un article sur l’histoire de ce groupe