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Tempo Latino 30/07/04

2004 Tempo Latino Concert de Cachao

Publié le 20 août 2004, par : pbouge

Quand Israel Lopez « Cachao » entre sur la scène des arènes de Vic-Fezensac le 30 août, soutenu par son agent Richie Bonilla, suivi par son épouse, on retient son souffle. Une émotion pleine d’inquiétude mais aussi d’espoir submerge le public en voyant les pas incertains du maestro vers le centre de la scène où l’attend sa contrebasse. Les haut-parleurs accompagnent l’entrée de Cachao par un son montuno. La tension est perceptible, certains ont des larmes aux yeux mais tous le sourire aux lèvres.

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Israel Lopez "Cachao"
Tempo Latino 2004. Photo @ Chabelita

Silence dans la salle et après une courte introduction à l’archet Cachao lance son tumbao sur la « Descarga Cachao », Album « Master Session, Volume 1 », Crescent Moon/EPIC. Car le premier rythme, les premières notes vont faire de l’improvisation la reine de la soirée. Ce premier morceau où les improvisations vont se succéder quelquefois dans des solos mais le plus souvent dans de merveilleux dialogues. Le trompettiste Kiwzo Fumero [1], suivi du piano puis de l’ensemble des musiciens, et des chœurs pour rappeler à chacun que :

- ¡Como mi ritmo no hay dos !

Jimmy Bosch [2] va ensuite faire vibrer puissamment le cuivre de son trombone suivi par les envolées du violon de Frederico Britos. Le violon et la contrebasse vont ensuite converser dans un dialogue plein d’inventions. Le 1er morceau s’achève après 8’20’’. Le public est déjà conquis et sait déjà qu’il est entrain d’assister AU concert de la 11ème édition de Tempo Latino.

La descarga, genre inventé par Cachao dans les années cinquante est un peu à la musique cubaine ce qu’est la « jam session » ou le « bœuf » au Jazz, c’est à dire de longue séances dédiées à la créativité musicale : les improvisations. [3]

Le deuxième morceau s’intitule « Goza mi mambo cubano », Album « Cuba linda », EMI 2000, (8’20’’). Alfredo Valdes Junior va y exprimer tout son talent d’improvisateur mais aussi par son tumbao, laisser le maestro effectuer de très inspirées improvisations soutenues par les riffs de cuivres emmenés par Jimmy Bosch. Les musiciens se sont déjà rencontrés lors d’enregistrements ou de concerts, s’apprécient et s’amusent beaucoup et c’est communicatif.

- Goza lo, mi mambo cubano, goza lo...

A propos du mambo, on considère que le Mambo n° 5 de Pérez Prado enregistré en 1949 à marqué la naissance du genre pour voir sa popularité croître ensuite, sans discontinuer jusqu’au moins 1955 attirant des millions de personnes sur les pistes de danses. Les orchestres en vogue à l’époque étaient ceux de Pérez Prado, d’Arsenio Rodríguez et d’Orestes López. Si ces orchestres ont définitivement contribué à la déferlante du mambo sur le monde de nombreux musicologues ont planché sur l’origine et surtout l’acte de naissance de mambo et l’identité de son géniteur. Certains l’attribuent à Oreste Lopez, né en 1908 et frère de Cachao. Oreste Lopez, pianiste entre autres, est aussi compositeur de danzones [4] . En 1938, avec Arcaño y Sus Maravillas, ils inventent alors un nouveau style de danzon appelé le danzon de « nuevo ritmo » caractérisé par l’introduction d’un montuno d’un style particulièrement syncopé qui fut nommé génériquement mambo. Un morceau explorant cette nouvelle voie est même baptisé « Mambo ». Pérez Prado lui même déclarait : « J’ai combiné des riffs jazz avec les mambos 4/4 syncopés d’Arcaño’s ... Et j’ai appelé cela -mambo- ». Cachao par son rôle dans l’orchestre de son frère et celui d’Arcaño à lui aussi apporté sa pierre à l’édifice Mambo a tel point qu’aujourd’hui plusieurs historiens le considère co-créateur de Mambo.

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Israel Lopez "Cachao"
Tempo Latino 2004. Photo @ Chabelita

- Francisquita le gusta, el Cusubé, (12’40’’), Album « Cuba linda », EMI 2000, Son Montuno

Extraits des paroles de la chanson [5] :

Anda diciendo la gente
Que lo tuyo tiene oñi. (2x)
Si tu lo comes caliente
Lo tienes que repetir
Si tu lo comes caliente nena
Lo tienes que repetir
Dame un pedacito negra
Ay no te portes así.
A mi me dijeron negra,
Que lo tuyo tiene oñi
Tus padres me preguntaron
Que fue lo que yo te di
Ese dulce es de mi Cuba
Y no lo venden aqui
A Francisquita le gusta
Por eso es que estoy así
Coro : A Francisquita le gusta, el
Cusubé, el cusubé, el cusubé

Dans un manuel de cuisine publié en 1856 à la Havane, apparaît la recette du "cusubé". Les principaux ingrédients de ce dessert sont : farine de yucca, sucre, anis, œufs, beurre ... Son nom semble être d’origine indienne. [6]

Et si le dessert semble succulent d’après les paroles de la chanson, la recette de ce soir par Cachao, Alfredito, Rafael, Fredirico, Jimmy, Kiwzo et les autres est aussi savoureuse. Un très bon solo de Jimmy Delgado [7], dans ce morceau. Entraîné par Anthony Columbie, le public reprendra en chœur le refrain "El Cusubé" et n’oubliera pas que « le ultima palabra de los hombres que decimos es : -si mi amor- »

- A Gozar con mi combo, Album « Master Session, Volume 1 », Crescent Moon/EPIC, (9’45’’), descarga.

Une introduction avec dans l’ordre timbales, congas, piano, contrebasse, violon, clarinette. Puis le thème à la clarinette par Rafael « Tata » Palau. Tout semble commencer comme une danzonera. C’est charmant comme les danses de la bonne société de la fin du 19ème siècle.

Mais bien vite le montuno démarre avec les chœurs :

Vamos a gozar
Con mi combo
Vamos a baillar

soutenu par les tumbaos de contrebasse, piano, congas. La descarga s’installe, pour laisser place aux improvisations.

- Isora Club, Album « Master Session, Volume 1 », Crescent Moon/EPIC, (9’30’’)

Danzon de 1938, dont l’auteur est la sœur de Cachao : Coralia Lopez. Sur le CD le morceau est composé de 6 parties bien détachées : introduction et morceau à la flûte le tout répété deux fois, puis de nouveau l’introduction, puis la partie dédiée au violon, l’introduction et le mambo, plus rapide, avec flûte soutenu par violon, piano contrebasse et percussions et ponctué de riffs des cuivres. Le jeu d’Alfredito Valdes nous a montré toute sa sensibilité. Rafael « Tata » Palau a lui aussi rivalisé en virtuosité.

Mi sola, mi sola mi vida, te quiero
mi vida te quiero
mi vida te quiero...

- Lluvia, viento y caña, Album « Master Session, Volume 1 », Crescent Moon/EPIC, (12’) Descarga

Après une nouvelle intro enjouée comme un menuet, une présentation des musiciens. Mais les compagnons de Cachao ont voulu faire de cette chanson une sollicitation pour que Jimmy donne le meilleur de lui-même en transformant les paroles du refrain reprise avec entrain par tout le public :

Jimmy Jimmy Jimmy y el Trombón

Et le résultat était bien là : formidable solo du maestro du trombone. Jusqu’au moment où Cachao a accepté la joute avec Jimmy. Un des moments intenses du concert quand les deux virtuoses, bonheur dans les yeux et sourire aux lèvres, étaient seuls au monde pour nous enchanter.

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Jimmy Bosch
Tempo Latino 2004. Photo @ Chabelita

- Mi guajira, Album « Master Session, Volume 1 », Crescent Moon/EPIC, (12’) Son montuno

Piano, contrebasse, violon et clarinette pour un étonnant classicisme dans une longue introduction (5’20’’). La suite reprendra la « Mi guajira » [8]

Le mélange est tellement savoureux : des contrastes aussi saisissants que des introductions basées sur des mélodies de contredanse, de menuet pour ensuite enchaîner des poly-rythmies africaines le tout dans une harmonie fusionnelle.

- Lindo yambu, Album « Master Session, Volume 1 », Crescent Moon/EPIC, (18’20’’), Rumba

Les « cajones » n’étaient pas sur scène mais on pouvait sentir l’essence de la rumba, l’Afrique dans le jeu des congas et des timbales. Le chanteur s’inspire d’un poème de José Martí « Los zapaticos de rosa », extraits [9] :

Esta Alberto el militar
Que salió en la procesión
Con tricornio y con bastón
Echando un bote a la mar

Le livret du CD parle aussi d’une autre référence encore plus étonnante celle de « Malborough s’en va-t-en guerre... » rebaptisé à Cuba en Mambrú.

Yuri Buenaventura a aussi rendu un très bel hommage au « Papa del bajo » avec une très tendre improvisation à propos du maestro.

Les montunos alternants « Avé Maria, Morena » et improvisations ont été magnifiques en particulier une surprenante et magistrale permutation d’instruments entre Alfredito et Cachao qui ont pris respectivement contrebasse et piano. L’improvisation du Cachao m’a évoqué Thelonious Monk qui jouait avec parcimonie pour faire jaillir chaque note comme autant de surprises.

- Juana la Coha, Album « Master Session, Volume 2 », Crescent Moon/EPIC, (10’40’’) Descarga

« Jeanne la lame » pour finir le concert sur un bœuf magistral, une rumba festive avec le brio des percussions, d’abord les timbales, puis avec le rythme infernal des congas, encouragé par des riffs puissants des cuivres. Une dernière explosion avant la sortie de maestro sous les bravos et applaudissements d’un public ravi.

Cachao voulait encore retarder son départ et profiter encore un instant de cette admiration du public. Eric Duffau semblait lui aussi très ému comme tout le public de Vic qui venait un fois de plus de vivre un moment inoubliable.

- En conclusion

Le mot de la fin de Cachao :

Un saludo muy especial para ustedes. Dice un refrán :
¡sin ustedes no hay Cachao !
¡con ustedes sí hay Cachao !
Muchas gracias

Tous les musiciens ont été excellents : Cachao, Frederico, Jimmy B et Jimmy D., Alfredito, Rafael, Kiwzo, Daniel et Anthony et souvent sublimes. Avec un nombre impressionnant de descargas, ce concert si réussi nous a rappelé que le caractère vivant, moderne, de ces musiques comme le son montuno, le danzon, le mambo, la descarga retrouvaient une audience populaire, un public heureux et enthousiaste grâce à une exigence de Cachao, exigence placée dans chacun des morceaux du répertoire : celle de l’improvisation et l’Afrique. La plupart des morceaux interprétés était des compositions récentes. Les autres avaient droit à de nouveaux arrangements. Cachao développe sa musique, compose, réarrange de manière originale. C’est une grande démonstration de liberté, de jeunesse et de créativité.

¡Cachao como su ritmo no hay dos !
Muchas gracias de corazón.

  • Les musiciens :
    - Piano : Alfredo Valdes Junior
    - Timbales : Jimmy Delgado
    - Trompette : Kiwzo A. Fumero
    - Trombone : Jimmy Bosch
    - Manager : Richie Bonilla
    - Violon : Frederico Britos
    - Basse, dir. musical et piano : Israel Lopez "Cachao"
    - Congas : Daniel Berroa
    - Voix et güiro : Anthony Columbie
    - Clarinette, Sax : Rafael « Tata » Palau
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Kiwzo Fumero et Jimmy Bosch
Tempo Latino 2004. Photo @ Chabelita

[1] Kiwzo Fumero, trompettiste cubain, a participé aux orchestres de timba de "Dany Lozada" ou d’"Azucar Negra", de "Salsa de Esquina". Il a aussi participé à l’hommage à Benny Moré avec la Tropicana All Stars, "El Barbaro Del Ritmo,". Il a aussi accompagné de nombreuses stars comme Gilberto Santa Rosa, Tito Nieves, ... etc. Il a été le 1er trompette de l’orquestre de la grande Celia Cruz pendant deux ans.

[2] Jimmy Bosch : des articles, des interviews

[3] Les origines du Latin jazz : l’article

[4] pour en savoir plus sur le Danzon

[5]

Les gens disent, que le tien contient du miel. (2x)
Si tu le goûtes chaud, tu le re-goûteras, si tu le goûtes chaud bébé, tu le re-goûteras
Fais moi goûter « negra », ne soit pas ainsi, ils m’ont dit « negra », que le tien contient du miel.
Tes parents m’ont demandé, ce qu’était ce que je t’ai donné, cette douceur de mon Cuba, qui n’est pas vendu ici
Francisquita on l’aime, c’est pourquoi je suis ainsi
Choeur : Francisquita on l’aime, le Cusubé, le cusubé, le cusubé

[6] Voici le dialogue du concert :

Anthony : -¿Maestro digame que cosa es el cusubé ?

Cachao : -Este es un dulce, cubano, muy antiguo, es muy sabroso, y la casualidad es que Francisquita era loca por el cusubé pero no es malo no no no la letra es muy bonita y usted como siempre le va a interpretar mal como siempre al contrario eso es de ustedes y con permiso de usted vamos a hacer "Francisquita"-

[7] le site officiel de Jimmy Delgado

[8] Il me semble que c’est dans une tonalité différente et un rythme de celle du CD ou alors c’est une autre composition. Toute information sera la bienvenue

[9] C’est Albert le militaire, Qui est venu dans la procession, Avec son tricorne et sa cane, Sur un bateau venu de la mer

Documents joints

  • Israel Lopez

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    Tempo Latino 2004. Photo @ Chabelita

  • Jimmy Bosch

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  • Kiwzo Fumero et Jimmy B.

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    Tempo Latino 2004. Photo @ Chabelita

  • Israel Lopez

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    Tempo Latino 2004. Photo @ Chabelita

  • Israel Lopez

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    Tempo Latino 2004. Photo @ Chabelita

  • Message 2
    • par marco, 7 juillet 2006 - Concert de Cachao

      Bonjour

      J en ai ecoute des bouts sur france inter.

      Depuis je cherche a le recuperer par tous les moyens.Connaissaez vous une astuces ou tout simplement quelqu’un qui l aurait.

      Merci

      Marco

      • par Chabelita, 8 juillet 2006 - Concert de Cachao

        L’enregistrement de ce concert risque d’être introuvable.

        Bonne chance

      • par salsalika, 30 août 2007 - Concert de Cachao

        Tu peux trouver des extraits du concert sur youtube

  • Message 1
    • par marie lafage, 12 avril 2006 - Concert de Cachao

      Bonjour,

      J’ai assisté à ce concert mémorable et j’en ai entendu une bonne partie quelques jours plus tard sur France Inter - trop tard, rien pour enregistrer ;-(

      Savez vous comment se procurer une copie légale de cet enregistrement ? Je voudrais me faire plaisir mais surtout faire plaisir à l’homme que j’aime et qui était avec moi ce soir là, nous fêtions notre premier anniversaire ensemble.

      Jimmy en el trombon, et ecosue sont nos hymnes !

      Merci de votre aide,

      Marie

      • par juju, 17 mai 2006 - Concert de Cachao

        concert incroyable, rien que d y penser j ai la chair de poule,il y a peut etre un possibilite pour retrouver la bande son de ce concert en passant par les archives de france inter, je doit voir la semaine prochaine un ami qui y bosse,je lui poserai la question, a+