Syndiquer tout le site

Article

Chez... Ray Pérez - 2nde Partie -

Interview du Loco Ray

Publié le 1er avril 2006, par : Chabelita, Roberto Ernesto Gyemant

Entretien mené par Roberto Ernesto Gyemant en mai 2005 à Caracas, Venezuela.

lire avant la 1ère partie

la suite...

JPEG - 110.2 ko
Estamos en Guerra

R. E. G. : La musique de Los Dementes et celle du Sexteto Juventud, de Federico y su Combo Latino était qualifiée de “musique du barrio [1].” Pourquoi ?

R. P. : Parce que les classes aisées de la population, ceux qu’on appelle oligarchie maintenant, ceux qui ont de l’argent, dansaient sur du Billo, ce qu’on appelle la musique "gallega" (galicienne). La nouvelle musique était celle de notre génération, nous avons donné un feeling différent à la guaracha.

R. E. G. : Et vous viviez dans ces quartiers aussi.

R. P. : Bien sûr. J’ai habité dans le 23 [2]. Partout où les riches ne vivaient pas, tout le reste du Venezuela est un "barrio", un grand barrio.

R. E. G. : A propos de votre chanson “No Salgas de tu Barrio” (ne quitte pas ton quartier), qui dit “si eres de la Pastora, no te metes en el Calvario” (si tu es de la Pastora, ne va pas au Calvario).

R. P. : Car ils vous embêtent, la police, les gens du quartier (? ??). C’était comme ça à l’époque, et ça l’est toujours. Ce sont tous des quartiers de Caracas, comme Brooklyn ou le Bronx.

R. E. G. : En vous voyant, vous ressemblez à un type italien du Bronx.

R. P. : (rires) Ils viennent juste de m’appeler pour aller jouer là-bas et pour aller en Italie et en France.

R. E. G. : Waouh, vous jouez toujours alors ?

R. P. : Bien sûr, je joue beaucoup au Mexique, où j’ai ma petite notoriété.

(la femme de Ray descend de son bureau à l’étage. “Sa musique est jouée partout au Mexique,” dit-elle.)

R. E. G. : D’autres groupes jouant de la salsa au Venezuela, Nelson y sus Estrellas, ont un gros succès en Colombie, comme Principe y su Bonche, j’ai un super album d’un groupe appelé Peter y sus Brothers sexteto...

R. P. : Il y avait parmis eux des gars du 23. Ils y vivent toujours.

JPEG - 38.8 ko
La Salsa Llegó con los Dementes

R. E. G. : Vraiment ? Pouvez-vous me donner des dates sur la discographie de Los Dementes ?

R. P. : "Alerta Mundo : Llegaron los Dementes" et "La Salsa Llego" c’était en 1966, "Manifestación en Salsa" et "Manicomio a la Locha !" en 1967, en 1968 c’était "Primer Aniversario", "Soneros Somos" et "Los Dementes en el 68".

JPEG - 27 ko
Manicomio a locha

R. E. G. : Vous avez beaucoup enregistré en peu de temps !

R. P. : Oui. En 1967 j’ai enregistré 2 productions pour Los Dementes et 2 pour Los Calvos.

R. E. G. : Comment avez-vous eu le temps de composer toutes ces chansons, en étant sur scène presque tous les jours ?

R. P. : Les dimanches, je m’asseyais avec ma guitare, et j’écrivais.

R. E. G. : J’ai remarqué que vous donnez beaucoup de conseils dans vos chansons. “Emae Emae” dit “si quieres amigo mio llegar a viejo, no bonches todos los dias porque no es bueno, busca siempre de los ancianos un buen consejo, se sencillo Buena gente y sin complejos” (mon ami, si tu veux vivre longtemps, ne fais pas la fête tous les jours car ce n’est pas bon, cherche toujours un bon conseil des anciens, soit simple, bonne personne et sans complexes). Avez-vous écrit ces paroles ?

R. P. : Toutes. Toutes mes chansons ont un message. Là ça parle d’être simple, de ne pas chercher les problèmes.

R. E. G. : Parlez-moi des costumes de vos pochettes d’albums, il semble que vous vous amusiez beaucoup.

R. P. : Oui, beaucoup. J’avais toute cette garde-robe à la Radio Caracas Television, Canal 8. Nous sommes sortis comme ça et on a continué à le faire.

R. E. G. : Qui fait le fameux rire “ahahahahahahahaa !” ?

R. P. : Ah, c’était Angel Pérez, le bongocero. Il a longtemps vécu en Europe, mais il est retourné chez nous.

R. E. G. : Est-ce le cri des Dementes ?

R. P. : Oui. Celui des Kenya était “Kooi Kooi”. A chaque fois que je créais un nouveau groupe, on trouvait un signe distinctif.

R. E. G. : Vous étiez chanceux d’avoir une telle liberté artistique. Sur presque tous les Calvos, vous mélangiez salsa, jazz et surfiez vers le rock, ce qui était très expérimental.

R. P. : J’ai fait la chanson “El Trigueño Cintura” sur "Manifestación en Salsa", elle dure 8 minutes et comporte un long solo de piano de jazz.

R. E. G. : C’est une chanson extraordinaire. Le choeur dit “Es mas salsa, que pescao,” (C’est plus de la salsa que du poisson) que Piper Pimienta Diaz avait l’habitude de prononcer avec les Latin Brothers, je crois que Jimmy Sabater l’a aussi dit sur un de ces albums. L’ont-ils entendu dans vos chansons ?

JPEG - 104.5 ko
Los Dementes - El Trigueño cintura

R. P. : Piper l’a entendu sur l’album des Dementes, qui s’est beaucoup vendu en Colombie.

R. E. G. : Connaissez-vous Fruko aussi ? Que pensez-vous de ce musicien ?

R. P. : Fruko est un de mes amis. Il fait partie des bons.

R. E. G. : Richie Ray et Bobby Cruz ont enflammé la Féria de Cali en 1968. Sont-ils venus à Caracas ?

R. P. : Oui, ils ont alterné avec moi. C’était sur Canal 8. Palmieri aussi est venu, Ray Barretto, la Broadway. Pete Rodriguez, Joe Cuba. Los Corraleros de Majagual, Orlando y su combo de Colombie... c’était une époque, il y avait du travail, il y avait de l’argent à Caracas. Nous jouions sur toutes les places de Caracas, nous enregistrions en direct des shows télé...

R. E. G. : Une autre chanson de cette époque dit “que vengan los hippies...” (que viennent les hippies).

R. P. : Les hippies aimaient notre musique.

R. E. G. : Caracas dans “la cuarentona” (le quadri centenaire, 1967)

R. P. : Vous y êtes. C’est issu de "La Salsa Llego". J’ai fait une autre version de cette chanson avec le Negrito Calaven. Vous le connaissez ?

R. E. G. : Je n’ai jamais entendu qui que ce soit avec ce style là. Parlez-moi de lui.

R. P. : Son vrai nom était Carlos Yanez, mais on l’appelait Calaven. Il chantait avec un tel feeling, si riche, on l’a comparé à Miguelito Valdes, mais il n’était pas comme ça, c’était un chanteur naturel. C’était un gosse qui vendait des mangues dans la rue, il aimait chanter, il venait du barrio. Il était originaire de Barlovento.

JPEG - 46.1 ko
El negrito Calaven
© album de Federico

Je l’ai rencontré dans le quartier du 23 (janvier), on se voyait en fin de semaine car je travaillais à l’usine Remington. Il aimait chanter, j’aimais jouer du piano. On s’est rencontré et on se défoulait les samedis, on allait dans les discothèques et on jouait, il chantait. On faisait ça pour l’amour de la musique, pas pour l’argent. C’est ainsi que notre amitié a commencé.

C’était vraiment un homme noir chaleureux et très tape à l’oeil. Il n’a jamais fait d’études. Quand le succès l’a rattrapé, tout le monde l’appelait, voulant le faire chanter ici ou là, il chantait dans les quartiers, dans la rue, avec tous les orchestres qui se montaient. Après Los Calvos, il a chanté avec Federico.

Il buvait de l’alcool et ça l’a tué. Même lorsque le docteur lui a interdit de boire, il ne pouvait pas arrêter. J’ai essayé de le ramener à la raison...il est mort le 28 mai 2003.

R. E. G. : Qui étaient les membres des Calvos ?

R. P. : Le Pavo Frank aux tambours, Pedro Garcia à la conga. Il était cubain, il est décédé. Miguel Silva à la basse, Araujo et Lewis au trombone et à la trompette. (Ray Pérez compositeur/arrangeur au piano)

R. E. G. : Le journaliste Alfredo Churion a qualifié Los Calvos “d’une des expériences les plus novatrices de la musique populaire vénézuélienne.” Il cite le Pavo Frank vous disant que la combinaison de rythmes calypso et salsa avec du jazz chez Los Calvos était “comme porter un smoking avec des sandales en corde.” C’était comment l’enregistrement de ces deux albums ?

R. P. : Exact. C’était en avance sur son temps. On s’amusait en studio avec Los Calvos, tout comme avec Los Dementes. Bien que Calaven fût le chanteur de l’orchestre de Pedroza, il n’a jamais enregistré avec eux. Les deux albums avec Los Calvos je les ai faits chez RCA Victor. ("Estos Son los Calvos" et ..."Y Que Calvos !" 1967)

JPEG - 40.6 ko
Estos son Los Calvos

R. E. G. : Avez-vous toujours joué sur scène ?

R. P. : Non. Avec Los Kenyas on jouait en direct sur le show de la mi-journée sur Canal 8.

R. E. G. : Parlez-moi des Kenyas. L’album "Siempre Afro Latino" est super.

GIF - 45.8 ko
Siempre Afro Latino

R. P. : Oui, c’est le premier, on l’a appelé "El Kenya". On l’a nommé ainsi pour tous les enfants qui meurent de la famine au Kenya. Il comprend les chansons “Te Pongo a Valer,” “Hoculele”...

R. E. G. : “Te Pongo a Valer,” avec Carlin Rodriguez et Calaven - quel duo !

R. P. : Oui... vous aimez ?

R. E. G. : C’est drôle. Je n’arrive pas à le définir. Il y a du rock, de la salsa, du funk, de l’afro...

R. P. : Cette chanson comporte de tout. Ce fut un hit au Venezuela mais plus généralement cette musique était très en avance sur son temps, les gens étaient habitués aux Dementes, à entendre un rythme Latino très dur.

R. E. G. : A nouveau, vous semblez avoir une liberté artistique totale.

R. P. : J’ai produit tous mes groupes. Je devais donc trouver un son, un style pour chacun.

R. E. G. : Vous le faites sonner comme si c’était quelque chose de facile à faire. Que signifie “Te Pongo a Valer” ?

R. P. : Ca parle d’un type qui met sa petite amie au travail afin qu’elle soit fière d’elle-même, mais elle ne voit pas ce qu’il fait pour elle... c’était un message personnel pour mes musiciens qui disaient que je les traitais de façon non équitable... certains des musiciens de Los Dementes. Je leur ai donc fait savoir, comme dit le proverbe juif : “qui vit par l’épée...”

Toutes les chansons ont des messages. Une autre chanson “Pa’ la Cola” (faites la queue), que nous avons dédié à Federico et au Sexteto Juventud. Dimas la chante et il dit “hay que estudiar, hay que tocar y leer” (vous devez étudier, vous devez lire et jouer). Car Federico joue du guiro, mais ne sait pas lire la musique. Olinto du Sexteto Juventud non plus. Je leur ai dit, mais ils ne voulaient pas étudier.

R. E. G. : Qui étaient les musiciens de Los Kenyas, et combien d’albums avez-vous enregistré avec eux ?

R. P. : Il y avait Alberto Naranjo aux tambours, Luis Arias et Luis Lewis aux trompettes, Miguel Silva à la basse, Pedro Garcia “Guapacha” aux congas, “Cosa Buena” au bongo. Avec Los Kenyas on a enregistré 4 disques, deux pour Velvet et deux pour Discomoda.

JPEG - 537 ko
Ray Perez y sus Kenyas : Ra !... Ra !...

R. E. G. : Qui était Larry Francia, le chanteur de "Ra ! Ra !" de Ray Pérez et ses Kenya ?

JPEG - 4.7 ko
Larry Francia
© album Ray Perez y sus Kenyas « Ra ! Ra ! »

R. P. : Il était mécanicien, Edmundo était son prénom, mais on l’appelait Larry. Il chantait et je l’ai fait enregistrer sur cet album. Plus tard, j’ai enregistré à nouveau des chansons de cet album comme “Muchacho Barrigon.”

R. E. G. : Et qui chante sur “Asi Mueren los Valientes,” “El Alacran,” “Emae Emae”...

R. P. : Moi.

R. E. G. : Waouh. Jouer du piano et chanter en même temps pouvez-vous faire ça sur scène aussi ?

R. P. : Bien sûr. Le merengue “La Paloma” je le chante aussi. Comme “Adios Madeira.”

R. E. G. : Une belle chanson. Avec une trompette.

R. P. : Et trombone.

R. E. G. : Vous avez quelques boogaloos, et dans beaucoup de vos chansons l’influence est là, (...), les claquements des mains, le swing. Durant une minute vous allez dans une direction, et poum, arrive un montuno très swinguant...

R. P. : Le boogaloo est le même son. Le boogaloo c’était aussi en plein dans notre époque, on le jouait et on le vivait.

R. E. G. : En quelle année êtes vous parti à New York ?

R. P. : En 1969, à peu près jusqu’en 1971.

R. E. G. : Pourquoi êtes vous parti ?

R. P. : Pour étudier et pour échapper aux... femmes. J’ai étudié avec le Nick Rodriguez, un panaméen. Il m’a fait passer un examen, en harmonisant, mais il m’a dit “Non, tu n’as pas besoin d’étudier, tu dois écrire.”

R. E. G. : Avez-vous joué à New York ?

R. P. : Bien sûr. J’ai joué avec "Kako y sus All Stars", quand je m’accaparais du piano tout le monde montait pour chanter : Cheo Feliciano, Chivirico... Palmieri au lieu de jouer du piano s’emparait des timbales. Patato, Totico, Chombo Silva... c’était sur la seconde avenue, les after hours de Kako. On quittait à six heures pour un petit déjeuner entre musiciens sur Broadway. C’était la fête... J’ai aussi joué avec Cortijo et Ismael Rivera, avec Rudy Calzado.

R. E. G. : Ils vous payaient ?

R. P. : Oui. Je prenais 50 dollars. Je jouais les week-ends. Le samedi il y avait une messe, ils jouaient toujours dans une église. De la salsa.

R. E. G. : De la salsa dans une église ?

R. P. : Oui, vous ne saviez pas ? Les meilleures fêtes se faisaient dans l’église. On jouait avec l’(Orquesta) Broadway, Zervigon m’avait appelé. Et les prêtres vendaient l’aguardiente [3]. Ils disaient que c’était la maison de Dieu, et les enfants de Dieu doivent s’amuser dans ce lieu.

R. E. G. : C’est logique.

R. P. : J’ai aussi joué dans une église dans le Connecticut. Et durant la fête ils pouvaient annoncer “demain la messe est à telle et telle heure...”

R. E. G. : Avez-vous enregistré à New York ?

R. P. : Oui, pour Musicor. Al Santiago m’a appelé, je suis venu et j’ai enregistré.

R. E. G. : Vos chansons ?

R. P. : Non, pour d’autres personnes. J’ai aussi écrit quelques arrangements pour certaines personnes. Des chansons pour Orlando Contreras... Des arrangements pour Pete Rodriguez, auquel j’ai donné quelques unes de mes chansons qu’il a enregistré par la suite. “Dame Felicidad” et “Bossa Triste” (de l’album de Pete Rodriguez "Now !", Tico, 1970). Vicentico Valdes a enregistré ma chanson “Donde la Tarde Muere,” et Lola Flores m’a pris le morceau “Muchacho Barrigon,” ce qui me rapporte toujours des royalties en Espagne.

R. E. G. : Vous êtes revenu à Caracas en 1971. La journaliste Lil Rodriguez, auteur de “Bailando en la Casa del Trompo,” dit que les musiciens vénézuéliens en général ne s’installent pas à New York, contrairement à beaucoup d’autres qui deviennent des stars en Amérique Latine car l’accueil local était tellement réceptif à la culture salsa, l’environnement si nourrissant. Le fait que votre voyage fut si court est une preuve de plus à sa théorie. Pourquoi êtes vous rentré ?

R. P. : Je suis revenu en 1969, puis je suis reparti à New York et revenu en 1971... car avec les femmes ici, je ne pouvais plus me le permettre. Les femmes sont super mais les femmes d’ici...

R. E. G. : Et le climat si froid ne vous a pas dérangé ?

R. P. : Non, j’aime le froid. Ca t’ouvre l’appétit, et tu dois sortir bien emmitouflé, bien habillé.

R. E. G. : Perucho vous a accompagné les deux fois ?

R. P. : Perucho était là-bas avec moi, il travaillait avec Ray Barretto.

R. E. G. : Deux albums de Los Dementes sortent à ce moment là : "Estamos Caminando" chez Iglee, où l’orchestre est nu sur la pochette, sortant d’un bosquet.

JPEG - 40.3 ko
Los Dementes Estamos Caminando

R. P. : Non, ce n’était pas moi, j’étais parti pour New York, mais j’avais laissé le nom du groupe aux musiciens qui ont continué à travailler en tant que Los Dementes.

R. E. G. : Il comporte : “Catalina,” “Mi Salsa Llego,” “La Cenicienta”...

R. P. : Celles-là sont à moi, je joue dedans. “Mi Perrita,” “Floro,” aussi. “La Cenicienta,” c’est une chanson qu’un ami argentin m’a donné et que j’ai enregistré. Alfredo Padilla chante. Mais je n’ai jamais entendu parler de ce label.

R. E. G. : Et "Siquiatria Popular" et "Yo Tengo un Guia" par les nouveaux (los Nuevos) Dementes, chez Velvet ? Perucho chante sur "Siquiatria Popular".

JPEG - 48.1 ko
Siquiatrico Popular

R. P. : Je n’y suis pas, c’est Cholo Ortiz au piano. Perucho est revenu et a enregistré ça avec eux. Ils l’ont fait pendant que j’étais à New York.

R. E. G. : Alfredo Padilla était aux timbales sur cet album.

R. P. : Oui, mais le Pavo Frank est le maître. Le Pavo Frank est le premier percussionniste à avoir joué là-haut dans le Nord (USA), tous ces gens doivent donc lui tirer leur chapeau : Tito Puente,...

R. E. G. : Un génie. Et encore un musicien qui est rentré au Venezuela.

R. P. : Quand j’étais là, j’ai rencontré Pacheco. Il faisait la promotion d’un 45 tours, “Sonero.” Il me l’a fait écouter dans son bureau. Il m’a demandé : “Ray, tu penses que c’est bien d’amener ça au Venezuela ?” Je lui ai répondu que c’était renversant, un hit pour sûr, dès que ça serait là-bas. Et ça l’a été. C’est son premier grand succès chez nous. Ca l’a aussi été à New York... c’est ce qui m’a incité à créer mon propre label quand je suis rentré au pays.

R. E. G. : Quel label ?

R. P. : Pyraphon. J’ai sorti 50 productions de divers groupes. De la musique vénézuélienne, de la "world music". L’album "Ray Pérez y su Mae Mae" est sorti par ce biais. Tout comme "Lo Mejor de Ray Pérez", je l’ai enregistré en 1969 quand je suis revenu la 1ère fois, j’ai enregistré mes boléros, mes Sons pour le label Palacio de la Musica (Palacios records) - “El Tribilin,” “Adios Madeira,” ont été de grands hits au Venezuela, à Cali, partout. Plus tard j’ai fait deux albums pour Sergio Cecchi et son label Melser.

R. E. G. : Parlez-moi de l’album "Perucho y El Loco Ray" chez Palacios ?

JPEG - 509.1 ko
Perucho y el loco Ray

R. P. : C’était en 1971, nous sommes rentrés pour enregistrer. "Aqui Estoy de Nuevo" (Palacios) s’est fait au même moment. Je travaillais tout le temps. Perucho a enregistré un disque à New York, accompagné par l’orchestre de Ray Barretto et celui d’Eddie Palmieri, sur le label Fonseca. Le disque s’appelait "Homenaje a Perucho... En Nueva York".

JPEG - 523.1 ko
Perucho y el loco Ray

R. E. G. : Qu’est-il arrivé à Perucho ? Etait-il drogué ? Il y a tellement de versions : des histoires d’une conspiration de la Fania, qu’il était drogué, que Justo Betancourt l’a tué, que Fania l’a tué...

R. P. : En fait, Perucho était un type sain. Il fumait un peu de marijuana mais n’était pas drogué. Sa mort... on venait de rentrer de New York et on jouait dans les carnavals vénézuéliens. J’avais mon propre label, Pyraphon, et Perucho travaillait avec moi - nous avons fait l’album "Ellos Lo Hacen/They Do It", où l’on voit nos deux visages sur la pochette. C’était en 1972. Justo Betancourt est venu ici et a parlé à Perucho, il voulait l’embaucher dans son orchestre. J’ai dit : “Perucho, très bien, vas-y. Si tu as du boulot là-bas, pas de problème.” J’ai rajouté : “Saches que quoi que tu fasses là-bas, on peut aussi le faire ici.” “Non” a-t-il répondu, “tu sais, je veux avoir une carrière internationale.” Pour moi si ses disques sortaient ici, il aurait eu une carrière internationale.

JPEG - 38.1 ko
Ray Perez y Perucho Torcat

Il a travaillé au Corso quand on est allé à New York, mais il est rentré au pays. Quand il est parti avec Justo, il a eu quelques ennuis, il tournait toujours en rond à attendre Justo... car en tant que chanteur, il n’avait rien à faire durant la journée. Il n’avait pas de métier par ailleurs, comme mécanicien ou quoi que ce soit d’autre. Je pense qu’il a dû avoir un problème avec la femme de Justo. Vous savez comment sont les femmes cubaines. Elle était jalouse. Je pense qu’elle a dû le mettre à la porte de la maison. Il n’avait pas de toit, et un jour j’ai eu la surprise à la mi-journée. On m’a appelé en PCV, j’ai accepté... c’était Justo Betancourt, "Ray, vient chercher le corps de Perucho."

R. E. G. : Quoi ?

R. P. : Perucho était mort. Nelson Piñedo m’a dit que l’histoire s’est passé comme suit. Ils sont partis jouer à Boston, et il a pris froid là-bas. C’était le printemps, où il peut faire encore très froid parfois. Quand ils sont rentrés du spectacle, Justo a dit à Perucho de rester dans sa maison. Mais comme Perucho ne voulait pas créer de soucis avec la femme de Justo, Perucho est resté en bas. Il devait y avoir une fenêtre ouverte, et il avait froid, alors il s’est mis dans la voiture a fermé les fenêtres et mis le contact pour faire marcher le chauffage. Quand ils ont ouvert la voiture au petit matin il était mort par intoxication au monoxyde de carbone. C’était un accident. Personne ne l’a tué, il est mort par inexpérience. Il devait être rentré très fatigué après le show et la danse...

R. E. G. : Mon Dieu, quel âge avait-il ?

R. P. : Environ 32 ou 33 ans. Un bon chanteur. Il dansait merveilleusement bien, comme le Gran Combo. Il utilisait toute la surface de la scène - un vrai showman.

(Ray chante le joli “Canto a un Sonero,” qu’il a écrit pour Perucho. Le choeur dit “Perucho se marcho, sin decirnos un adios” (Perucho nous a quitté, sans dire adieu).

R. E. G. : Vous êtes entré en contact ave le label Fania à New York ?

R. P. : Je travaillais dans l’immeuble RCA à New York, le même édifice où Johnny Pacheco, Masucci, Tito Puente, Charlie Palmieri, avaient leurs bureaux. C’était au 55 Broadway, près du théâtre Ed Sullivan, au coin de la rue se trouvaient tous les musiciens.

JPEG - 77.9 ko
Yo soy el propio Guaguanco

Quand je suis rentré au Venezuela -la 2nde fois- Palacios représentait Fania. J’ai entendu Teo Hernandez, qui chantait à la "Cueva del Oso", une énorme discothèque. Il avait beaucoup de succès. Je suis allé le voir, j’aimais sa voix, j’ai donc enregistré avec lui. Plus tard, son frère a chanté avec moi. Nous avons enregistré 4 albums de Los Dementes : "Mi Deuda de Amor", "Estamos en Guerra", "Yo Soy el Propio Guaguanco" et "Chevere".

JPEG - 10 ko
Mi Deuda de Amor

R. E. G. : Il y a peu de compilations "Best of Ray Pérez” et celles qui existent comportent des chansons différentes. Vous a-t-on payé pour ces compilations ?

R. P. : Non, non, non, ils ne m’ont pas payé.

R. E. G. : Et le CD "Lo Mejor de Ray Pérez" en vente sur descarga.com ? Vous avez été payé pour ça ?

R. P. : Il faut que j’appelle le responsable !

R. E. G. : Personne ne vous a contacté dans ce monde, c’est à vous de les appeler !

R. P. : m.... !

R. E. G. : Ce n’est pas juste, si vous n’aviez pas écrit ces chansons, si vous ne les aviez pas enregistré, ces gens-là n’auraient pas de business. Vous leur donnez à manger.

R. P. : C’est sûr.

R. E. G. : Etre une grande star à Caracas, un chanteur aussi, dans les années 60-70, il a dû y avoir pas mal de femmes autours de vous...

R. P. : (Grand sourire) En effet.

R. E. G. : En m’entretenant avec des musiciens des années plus tard, il semble que les gens mettent en vente leurs compositions sans leur reverser de royalties, ils viennent chez eux, volent leurs albums et leurs souvenirs, je préfère penser que durant leur époque dorée ils en ont bien profité...

R. P. : (Sourires) J’en ai bien profité.

R. E. G. : Je me sens un peu mieux en sachant ça.

JPEG - 25.6 ko

La Discographie de Ray Perez

© Descarga.com and Roberto Ernesto Gyemant.

Traduction : Chabelita

Descarga prévoit de mettre en vente de nouvelles compilations de Ray Perez en 2007.

Mise à jour du 5 avril 2006 : Sortie du DVD Ray Perez Salsa Brava Y Descarga ATTENTION : INCOMPATIBLE AVEC LE FORMAT EUROPEEN DE DVD.... !

DVD (Discomoda 00019), année 2006 ;

JPEG - 23.7 ko
DVD Ray Perez

- Gallo Gallina - 1981
- El Dictador - 1981
- Democracia - 1981
- Dame Felicidad - 1982
- Chevere - 1982
- Me Lo Dijo Adela - 1975
- La Reyna - 1982
- Rompelo - 1982
- El Trigueño - 1982
- Dialogues et interviews de Ray Perez avec la presse et radio


[1] Barrio = quartier, se rapprocherait du concept de "banlieue"

[2] NDT : 23 = 23 de enero, quartier appelé "23 janvier".

[3] Aguardiente = alcool de canne.