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Chez... Ray Pérez - 1ère partie -

Interview du Loco Ray

Publié le 1er avril 2006, par : Chabelita, Roberto Ernesto Gyemant

Enfin une interview du grand Ray Pérez. Compositeur et arrangeur, il peut aussi jouer du piano et chanter en même temps dans ses orchestres. Quels orchestres ? Les groupes de salsa les plus déjantés de Caracas : Los Dementes (les fous), Los Calvos (Les chauves), los Kenyas (les kenyans) et le groupe Casabe (Casabe = pain dur sans levain, fait à partir de farine de yucca).

Une salsa des plus dures, explosive, sortant directement du barrio. Des soneros charismatiques et brillants, au style parfois inédit (cf. le chanteur Calaven, scatteur de génie).

Heureusement Descarga.com se décide à commercialiser ses disques, car pour se les procurer il faut se ruiner sur les sites de ventes aux enchères (où ils battent des records à cause de l’appétit des collectionneurs).

Entretien mené par Roberto Ernesto Gyemant en mai 2005 à Caracas, Venezuela.

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R. E. G. : Merci de me recevoir chez vous, maestro. C’est un grand honneur de vous rencontrer. Quel est votre nom complet ?

R. P. : Mon nom de baptême est Ramon Epiphanio Pérez Rivas. Je suis né à Barcelona, dans l’état d’Anzoategui, Venezuela le 25 décembre 1938. C’est la date que les autorités m’ont donné, car les actes de naissance ont disparu dans un incendie. Ma mère m’a dit que ma véritable date de naissance est le 7 avril 1937. J’ai donc deux anniversaires.

R. E. G. : Et vos parents ?

R. P. : Mon père s’appelait Ramon Ernesto et maman Asunción.

R. E. G. : Moi je m’appelle Roberto Ernesto.

R. P. : Moi Epiphanio.

R. E. G. : Et qui vous a donné le surnom de Ray ?

Eh bien, c’était aux Etats-Unis, le diminutif de Ramon. Je me souviens avoir alterné avec Ray Barretto à Maracaibo en 1965, il a dit que l’époque des rois [1] était révolue, à quoi j’ai répondu qu’elle ne faisait que commencer.

R. E. G. : Et où se sont fait vos débuts dans la musique ?

R. P. : J’ai commencé au collège, j’en ai une photo quelque part, à l’âge de 12 ans, avec un tuba, car mon père était professeur de musique à l’école San Juan Bosco. Il a donc organisé un groupe, moi j’aimais la trompette, mais parce que personne ne voulait jouer du tuba (c’était bien trop lourd) il m’en a fait jouer. Je touchais le clavier d’un piano de temps à autre mais... j’étais au tuba.

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Lo Mejor de Ray Perez

R. E. G. : De quel instrument jouait votre père ?

R. P. : Trompette, piano, il enseignait aussi dans une école de musique le dimanche.

R. E. G. : Votre mère était-elle aussi musicienne ?

R. P. : Elle chantait. Et cuisinait merveilleusement bien.

R. E. G. : Quel a été le premier orchestre dans lequel vous étiez impliqué ?

R. P. : C’était un groupe qu’on a fait avec un Cuatro [2], qui est un instrument typique du Venezuela, un tambour et des maracas. C’était en 1951, 1952.

R. E. G. : Vous connaissiez déjà la musique folklorique vénézuélienne ?

R. P. : Bien sûr, on chantait des aguinaldos [3], dans les carnavals on faisait des comparsas [4] où on jouait de la musique folklorique, el carrite, la lancha de nueva esparta... [5]

R. E. G. : C’est votre père qui vous a appris tout ça ?

R. P. : Ces choses s’apprenaient à l’école et à la maison, mais, oui, j’ai appris ça avec lui.

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Pura Salsa

R. E. G. : En 1952, y avait-il des stations de radio à Barcelona (Venezuela) qui diffusaient de la musique populaire ?

R. P. : Oui, il y avait la Radio Emisora Unida et aussi Radio Vargas, qui passaient de la musique vénézuélienne, mais j’avais aussi une radio à ondes-courtes à la maison grâce à laquelle je pouvais écouter Radio Mayague, de La Havane, Cuba. J’écoutais aussi toutes ces stations de Porto Rico, même la BBC de Londres. Sans oublier la musique classique...

R. E. G. : Sur ces radios cubaines et portoricaines, écoutiez-vous de la musique antillaise ?

R. P. : Oui, ils passaient du seis chorreao, du mapeye, tous les gosses écoutaient ça. J’aimais la musique portoricaine car il y avait un programme appelé le "guitariste et la perruche". C’était à 19 heures et ça donnait les faits-divers... (il chante) Ba pa dibee dibee pa pa pa, pa na pa, din din din ... ils l’ont tué au coin de je ne sais qu’elle rue... ça parlait des meurtres, il y avait un présentateur qui parlait et chantait. Et depuis La Havane, j’écoutais les programmes de salsa, les orchestres...

R. E. G. : Comme la Aragon, Benny Moré...

R. P. : Non, je ne me rappelle pas leurs noms. Il y avait un septuor, ou un quintuor, je ne m’en souviens plus, plus tard j’ai eu un de leurs disques. Ils avaient du succès avec “La Campana,” (il chante) tocame la campana campanero. José Mangual Jr l’a enregistré ensuite.

La première charanga que j’ai vue, c’était à Barcelona (Venezuela) pendant la seconde guerre mondiale, des bateaux venaient, et comme mon père était musicien, beaucoup de monde venait à la maison jouer... flûte, violon, marimbula, basse... ils n’avaient pas de piano. Guitare, tres. J’étais tout petit.

R. E. G. : Comment s’est passée votre enfance ?

R. P. : J’allais à l’école les matins et après-midi. A la mi-journée je rentrais à la maison, je devais aller vendre du tabac car mon père avait une petite boutique de tabac. Je vendais le tabac, retournais à la maison et à nouveau à l’école. A la nuit tombée on jouait avec les copains au coin de la rue. Ou on jouait de la musique, j’avais un cuatro, eux une perolita et nous jouions.

J’ai quitté l’école à 12 ans, pour travailler. J’ai continué à étudier, mais je devais travailler pour aider la famille car j’avais 18 frères et soeurs.

R. E. G. : Waouh !

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Salsa Loca

R. P. : Mon père gagnait à l’époque 150 bolivars par mois. Ce qui n’était rien. J’ai donc quitté l’école pour travailler, je cueillais du café.

R. E. G. : Hier j’ai acheté des chewing-gums qui coutaient 150 bolivars.

R. P. : C’est ce que mon père gagnait. Bon, quand j’ai eu 17 ans, il est décédé et nous sommes partis vivre à Caracas, j’ai dû continuer à travailler. J’ai décroché un job à l’usine Remington, qui fabriquait des calculatrices. J’étudiais en cours du soir. Arriva l’année 1958, où nous avons eu ce problème avec Marco Pérez Jimenez [6], Pérez Jimenez est tombé et j’ai acheté une guitare, et j’ai commencé à en jouer... Voilà comment ma vie de bohème a commencé, en jouant de la guitare...

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R. E. G. : Quelqu’un m’a dit “tu sais que Ray Pérez a appris le piano sur les claviers des calculatrices chez Remington.”

R. P. : (Rires) Non, la vérité c’est que je réglais les calculatrices sur différentes opérations, 99, 01, comme ça, et chacun avait son rythme... Je les ai synchronisé de façon à faire de la musique, ils faisaient “takata takata tit tit tit”... c’était à la fin des années 50, 1955-1956.

R. E. G. : Vous aviez presque 20 ans. A quoi ressemblait Caracas alors ?

R. P. : Eh bien, c’était différent. Vous ne pouviez pas marcher sur la place Bolivar en portant un t-shirt, les seuls qui pouvaient le faire c’étaient les touristes et ceux qui étaient accompagnés par la police, car ça représentait un manque de respect vis-à-vis du Libérateur, il fallait porter un costume... le climat aussi était différent, plus froid, Caracas était froid... pour n’importe quelle affaire administrative, pour aller au tribunal, il fallait y aller en costume-cravate.

R. E. G. : Et le racisme ?

R. P. : Entre les gens il n’y avait pas de racisme. Ici noir, blanc, indien, métisse, c’est pareil. C’est quelque chose qu’on entend aujourd’hui le racisme. Il n’y avait pas de discrimination. Les seuls qui étaient différents étaient les noirs d’Higuerote (Barlovento), car ils venaient d’Afrique. Des gens pauvres, nous allions tous ensemble à l’école, dans la même classe, toutes les couleurs, même parfois des chinois, des italiens, des arabes, des russes, des catalans... nous allions à la même école.

R. E. G. : Vos groupes musicaux étaient-ils mixtes ?

R. P. : Oui, mais majoritairement noirs, car chez nous ce sont eux qui dominent en matière de percussions. Il y avait aussi quelques blancs comme El Pavo Frank (Hernandez) ou Alfredo Padilla...

R. E. G. : Demain je vais à un concert en l’honneur du Pavo Frank à San Agustin.

R. P. : Oui, je suis au courant, j’ai déjà joué là-bas, mais mon expérience ne me donne pas envie d’y retourner car il n’y a pas de respect là-bas... au moment de la descarga sur scène il y a eu une fusillade, quelqu’un a été tué... C’était il y a quelques années.

(Ray joue la chanson “Uvas Verdes,” un morceau avec une petite descarga de jazz à l’intérieur avec trompettes et piano. Les voix serpentent sur le rythme “los pollitos dicen, pio pio pio...”)

C’est un poème pour enfants sur un rythme calypso, le calypso a une forte présence dans la province de l’Oriente. (Les îles de Trinidad et Tobago sont à 10 km de distance des côtes du Venezuela)

R. E. G. : J’ai entendu certains Afro-Vénézuéliens parler une sorte d’anglais là-bas, un genre de patois, mais pas comme celui du Panama ou du Costa Rica.

R. P. : Exact, un patois. C’est un héritage des noirs de Guyane.

R. E. G. : Quand avez-vous commencé à jouer de la musique professionnellement ?

R. P. : J’ai commencé à la guitare et formé un trio... Nous jouions de la musique romantique, comme celle de Los Panchos, Los Hi-Los, toute la musique Latino-Américaine et Américaine tout court. J’ai joué dans deux trios : les Hambay, et plus tard les Singers, qui avaient un certain succès. Les Hambay étaient composés de cuatro et harpes, avec Enrique, Hatencio, Gonzalo Pena et votre humble serviteur...

Nous jouions dans les meilleurs restaurants et aussi dans le “Show de Renny.” Nous avons enregistré un 45 tours chez le label RCA Victor, “Marcianita,” (il chante) “marcianita, da da da da...”. L’autre face était “La Muchachita del Interior.”

Avec les Singers nous avons enregistré une chanson des Etats-Unis “Raindrops.” J’ai fait une version en espagnol qui fut un succès ici. C’est sorti sur un 45 tours à quatre titres, une des autres chansons était “Pissi Pissi Bao Bao.” Depuis que j’étais petit, j’avais l’habitude d’écouter beaucoup de musique Nord-Américaine grâce à mon frère Luis Pérez, qui jouait de la trompette au club "Sans Souci" à Maracaibo.

R. E. G. : Quel genre de musique jouaient les Singers ?

R. P. : Du rock. Mais pas très dur, non, c’était le rock de l’époque.

R. E. G. : Et les chansons que vous avez enregistré étaient de votre compositions, avec vos arrangements et vos paroles ?

R. P. : Oui. Plus tard j’ai formé un quintuor appelé los Mikers.

R. E. G. : Et vous étiez payé. Votre mère était-elle contente quand vous rentriez à la maison avec un chèque ?

R. P. : Bien sûr. Tout le monde était content. J’étais musicien, je faisais des tournées, dans le pays et en Colombie.

R. E. G. : En chantant du rock, du rock en espagnol, vous étiez parmi les premiers à faire ça, bien avant Shakira et Juanes...

R. P. : (Rires) C’est exact.

R. E. G. : Connaissez-vous "los Amigos Invisibles" ?

R. P. : Ils sont bons. Ils sont vénézuéliens.

Après, je suis allé étudier au conservatoire de Maracaïbo [7]. Les gens pensent que je suis Maracucho, alors que je n’ai vécu là-bas que trois ans. Je viens de l’Oriente.

R. E. G. : En quelle année avez-vous déménagé à Maracaibo ?

R. P. : 1962. C’était l’époque de Chubby Checker, Ray Charles. J’avais un groupe appelé "los Bobos del Twist". Mais après cela, je suis entré dans la salsa. A Maracaibo j’ai créé le groupe "Ray Pérez et sa Charanga - los Dementes" [8] vraiment, mais d’abord je l’ai appelé "Ray Pérez et sa Charanga". C’était en 1965.

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Ray Perez
© album « Aqui Estoy de Nuevo »

R. E. G. : Quelle musique vous a influencé ?

R. P. : Non, s’il y a eu influence cela venait de mon enfance... notre influence venait de Billo (et ses Caracas Boys), les vieux orchestres, celui de Rafael Munoz... mais eux sont restés sur ce rythme, ils n’ont rien ajouté dedans, ni transformé ce rythme, donc nous l’avons appelé musique gallega (galicienne). Ils sont restés comme ça. Alors que nous changions. A Caracas, les gens aimaient la salsa. Enfin, ils aimaient la guaracha. On ne l’appelait pas salsa, mais c’est la même guaracha. Ce qui se passait c’est qu’on jouait avec un feeling différent, un swing différent.

J’ai donc créé mon groupe et nous avions un programme à la télévision qui s’appelait “Fiesta con Ray Pérez y su Charanga” sur Canal 13, avec Raul Bales Quintero.

R. E. G. : Waouh, juste comme ça ?

R. P. : J’étudiais, je jouais dans les clubs le soir et j’étudiais le matin, parfois je quittais le club à 5 heures du matin pour aller au conservatoire à 7 heures. J’étais auditeur libre dans des classes composées d’enfants de 6 ou 7 ans pour commencer... après 6 mois je faisais des arrangements car parallèlement je prenais des cours d’harmonie et de dictée musicale.

R. E. G. : Quels chansons jouiez-vous ?

R. P. : Il y avait mes chansons - “Mango Maduro,” “Rompe el Coco,” je montais ma musique. Nous avons débuté au club Trinidad en 1965, où nous avons alterné avec Ray Barretto cette année là. C’était sa 1ère visite au Venezuela, il est venu directement à Maracaibo.

R. E. G. : Est-il vrai qu’on vous a interdit de jouer sous le nom de "Los Dementes" ?

R. P. : Mon professeur de musique n’acceptait pas qu’on prenne le nom de "Los Dementes" car il disait que les musiciens ne peuvent être qualifiés de fous, nous nous sommes donc appelés "Ray Pérez et sa Charanga". Il y avait une patrouille prête à nous faire descendre de scène si on y montait sous le nom de "Los Dementes".

Bon, quand je suis venu jouer à Caracas, j’ai pris le nom de "Los Dementes" et nous avons enregistré les chansons “Descarga Cuatricentenaria” , “Rompelo”. La première l’a été sous le label Prodansa. Mais l’entreprise a coulé et a vendu le disque à Velvet. Chez Velvet j’ai enregistré six albums de "Los Dementes" et deux de "Los Kenya".

R. E. G. : Est-ce que certains des musiciens de votre Charanga ont continué dans "Los Dementes" de Caracas ?

R. P. : Non. Ils sont venus mais sont retournés à Maracaïbo et j’ai dû recruter de nouveaux musiciens ici. J’ai trouvé Alfredo Padilla (timbales), Nene Quintero (congas), Enrique Vasquez le bassiste, Juan Diaz au trombone, Rulfo Garcia au trombone, et Perucho.

R. E. G. : Le grand Perucho Torcatt. Comment avez-vous rencontré Perucho ?

R. P. : Hé bien, il est originaire de l’Oriente, comme moi. Il venait de Sucre, moi d’Anzoategui. Nous étions donc des pays. Il jouait dans un groupe d’étudiants, et je lui ai demandé "Perucho, pourquoi n’apprendrais-tu pas quelques chansons", car j’allais réellement enregistrer avec ce gosse Pastor, Pastor Lopez. Mais je ne sais plus ce qui est arrivé à Pastor, alors j’ai demandé à Perucho et il a appris les chansons, et nous les avons enregistrés. Quand il chantait, il essayait d’imiter Tito Rodriguez. Je lui ai dit "non, imite-moi", et c’est ainsi qu’il a chanté les chansons.

R. E. G. : Le premier album était "Alerta Mundo", 1967.

R. P. : "Llegaron los Dementes, los Crazy Men" [9]. Nous avons pris une photo dans le parc...

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Alerta Mundo

R. E. G. : D’où est venu le titre “Crazy Men” ?

R. P. : Ah... certains disaient que j’étais dingue.

R. E. G. : C’est de là que vient votre surnom "El Loco Ray" (Ray le fou) ?

R. P. : Ils disaient que j’étais fou, je passais mon temps à inventer des histoires, ce type est marteau.

R. E. G. : On me dit aussi que je suis fou parfois, voyager au Venezuela et en Colombie à la recherche des musiciens des années 60. En fait, vous avez un passage d’une de vos chansons "Emae Emae" qui dit “El malo en este mundo es ser diferente, y si tu eres cuerdo te dicen loco de mente” (ce n’est pas bon dans ce monde d’être différent, et si vous êtes sain, on vous appelle fou).

R. P. : C’est ça "Cuerdo" c’est être dans les règles, correct. Quand vous avez une certaine manière de faire les choses, une conduite honnête et qui ne varie pas, alors on vous colle une image opposée à ce que vous êtes. Si je ne prends pas de drogue, ils disent le contraire : il doit être drogué. Mais je ne suis jamais tombé là-dedans.

R. E. G. : Quand j’écoute la musique de ce 1er album, cette salsa aux forts trombones, j’entends le son de la modernité, la mégapole des années 60 - les cuivres sont comme des voitures et des bus, des trains... les timbales, les percussions sont comme des machines, des moteurs, tin tin tin...

R. P. : Oui, c’était une époque nouvelle. Jusqu’alors les groupes étaient des septuors avec Tres [10], la Sonora Matancera ou des orchestres comme celui de Billo, les orchestres de vallenato colombien... j’ai donc introduit les trombones, à la recherche d’un timbre différent.

R. E. G. : Etait-ce parce que vous aviez entendu Eddie Palmieri et son orchestre La Perfecta ?

R. P. : Non, non. Pas encore. J’ai entendu Palmieri à Caracas, tu tu tu, ta ta, j’adorais ça. J’ai entendu Mon Rivera et ses trombones. J’aimais ce son des trombones car au milieu de tous les instruments, celui qui ressemble le plus à un homme c’est le trombone. Le son de la trompette est plus féminin. Le trombone est plus solide. Mais avec Los Kenyas j’ai fait quelques arrangements pour la trompette qui étaient énergiques.

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R. E. G. : Comment les gens de Caracas ont réagi au son puissant des trombones ?

R. P. : Bien, les gens ont adoré. Je jouais du lundi au lundi. J’étais à la télévision le lundi, puis je jouais dans des bals chaque lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi et dimanche. Dimanche pendant la journée et parfois le soir. C’était une grande fête à Caracas.

R. E. G. : "Alerta Mundo" fut un grand hit - combien avez-vous vendu de disques ?

R. P. : En une seule semaine 10 000 albums, ce qui était un phénomène. Et ils ont continué à se vendre. Je possède les bandes de tous mes disques, elles sont à moi.

R. E. G. : La version de “Rompelo” sur le CD "Lo Mejor de Ray Pérez" semble différente de celle d’Alerta Mundo.

R. P. : C’était une autre version enregistrée en 1969. La première version a été enregistrée en 1965-1966.

R. E. G. : Vous avez diverses versions d’un grand nombre de vos chansons, vous avez fait une version un peu plus jazzy de Los Dementes “Mi Salsa Llego” avec Los Calvos, “Sonero Soy” à la fois avec Los Dementes et Los Kenya, et “Emae Emae” avec Los Dementes dans les années 70 (ainsi que Golpes de Pecho)... votre musique continue donc à évoluer, vous retravaillez des titres que vous avez déjà fait...

R. P. : Oui, c’est vrai.

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Ray Perez et son orchestre

La suite ICI


© Descarga.com and Roberto Ernesto Gyemant.

Traduction : Chabelita


[1] NDT : Roi = Rey en espagnol.

[2] Petite guitare d’origine Portoricaine, utilisée dans la musique rurale, et plus tard dans la salsa.

[3] Aguinaldo = chant de Noël d’origine espagnole ; forme de chanson paysanne portoricaine structurée à base de vers et rimes.

[4] Comparsa = groupe participant aux carnavals composé de danseurs, chanteurs et musiciens.

[5] Si quelqu’un connait "el carrite, la lancha de nueva esparta", nous donner la définition en "répondant à cet article".

[6] Marco Pérez Jimenez, dictateur, président du Venezuela de 1952 à 1958. Resté dans l’histoire pour avoir détourné 200 millions de dollars.

[7] Maracaïbo = deuxième ville du Venezuela, capitale de l’Etat de Zulia, est aussi le principal gisement pétrolifère du pays.

[8] Los dementes = les fous, déments.

[9] NDT : Le premier album : "Alerte mondiale : les fous sont arrivés.

[10] Tres = petite guitare à 3 cordes doubles.