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"El Señor Sentimiento"

Cheo Feliciano - Biographie 7 / 7

Nouveau millénaire, même saveur ?

Publié le 1er septembre 2005, par : Carlomambo

En 2002, après avoir participé à l’album “La Primera Noche” de Isaac Delgado sur le titre “Amigo”, Cheo publie un disque de boleros, “En La Intimidad”.

Il participe ensuite à l’album de Tito Nieves, “Muy Agradecido” avec le hit « La Salsa Vive » aux côtés de Gilberto Santa Rosa, Ismael Miranda et Celia Cruz.

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Bobby Valentin - 35 Aniversario

Puis il rejoint Bobby Valentin pour l’enregistrement de son album anniversaire fêtant ses 35 ans de carrière, « Vuelve A La Carcel », enregistré dans une prison de Puerto Rico.

Ce concert réunit des musiciens fameux comme Roberto Roena, Papo Lucca, Pedro Guzman et Giovanni Hidalgo et des chanteurs non moins fameux comme Rubén Blades, Luigi Texidor, Marvin Santiago et Charlie Aponte. Cheo chante “Conversacion En Tiempo De Bolero” et “La Leonor” et participe comme tous les autres chanteurs à la descarga menée par Charlie Aponte sur “Ven Rumbero”.

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Yuri Buenaventura - Vagabundo

En 2003, Cheo est invité par un de ses grands fans, Yuri Buenaventura, sur l’album « Vagabundo ». Il chante sur la salsa "Palo y Cuero" et sur le tango "Vagabundo". En 2004, il participe à l’album de Johnny Pacheco, « Entre Amigos », en chantant sur le titre « Busca Lo Puesto » aux côtés de Tito Rojas, Ismael Miranda et Jose Alberto. Enfin, cette année, Cheo est apparu sur l’”Edicion Especial” de Ismael Miranda avec qui il chante sur « Buenas O Malas ».

Celia, Ismael, Cheo

Dans la chanson « El Cantante », Hector Lavoe rend un bel hommage à Cheo : « Mis saludos a Celia, Rivera, Feliciano, Esos si son grandes cantores, Escucha bien su cantar, Aprende de los mejores”. Hector Lavoe ne s’y trompe pas : Cheo, sans avoir (encore) atteint un statut de légende comme Celia Cruz et Ismael Rivera, est effectivement un des plus grands.

Il est d’abord un des très rares chanteurs qui peut aller d’un extrême à l’autre du répertoire avec la même aisance et la même justesse. Comme bolériste, il montre une grande classe et une faculté exceptionnelle à tirer toute la force des textes. Dans les guaguancos sauvages de Joe Cuba, il fait preuve d’une puissance impressionnante, d’une musicalité et d’une capacité d’improvisation rares.

Ses facilités à la fois mélodique et rythmique lui ont permis d’expérimenter et d’aborder énormément de styles : la salsa au sens large, mais aussi le bolero, le chachacha, la bomba, la plena, le danzon, la valse, le tango, le mapeye... Cheo a donc touché un peu à tout. On le suit (ou pas) dans ses expérimentations et ses passions. Il ne laisse pas indifférent, très loin des soneros dont les disques se ressemblent au point qu’on finit par s’en lasser.

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Cheo, Ruben Blades, Adalberto Santiago (Izzy Sanabria Collection, oasissalsero.com)

Cette versatilité, cette complétude peuvent être perçues comme un héritage et un hommage à Tito Rodriguez : « Ma vie musicale est un hommage à Tito Rodriguez. Il m’a insufflé tout le stimuli et la confiance nécessaires ; il était mon idole, mon ami, mon conseiller et mon mentor » dit Cheo. Il est à cet égard émouvant de l’écouter raconter qu’en 1973, pour la première fois, il eut l’opportunité de chanter aux côtés de Rodriguez. Les deux stars avaient été invitées à chanter au Carnaval de Panama. Cheo arriva à Panama City 3 jours avant le concert... et Tito Rodriguez mourut ce même jour. Cheo n’a donc jamais pu réaliser son vieux rêve.

Cheo a aussi un magnifique et unique timbre « noir », une voix qui peut être profonde ou sèche, nuancée ou provocatrice, distinguée ou sauvage. Une voix où on peut constamment déceler un mélange captivant d’espoir et de tristesse, de force et de fragilité. La souffrance est omniprésente, profondément encrée dans le corps et l’âme, comme un héritage éternel des souffrances de l’exode et de l’esclavage ; cette souffrance se retrouve à mon avis chez beaucoup de soneros noirs (Ismael Rivera, Monguito El Unico, RolandoLaSerie, Cuco Valoy...). Elle crée une émotion bien particulière et vous prend aux tripes.

Ensuite, ce qui fait à mon avis également la force de l’œuvre de Cheo est la grande cohérence entre la musique, la voix, la personnalité de Cheo et les paroles de ses chansons. Les superbes textes de Tite Curet Alonso y sont bien évidemment pour beaucoup. Cheo est roi dans le domaine des sentiments mais il est aussi un sonero éminemment social, un homme de la rue, proche du peuple et amoureux des musiques folkloriques portoricaines qu’il mélange savamment avec les salsas plus modernes.

Les Jolis Visages

Enfin, Cheo montre une capacité d’improvisation impressionnante. A ce propos, il dit : « C’est la seule chose que tu ne peux pas apprendre à l’école. Soit tu l’as, soit tu ne l’as pas. Tu peux apprendre à chanter, à contrôler ta voix, à obtenir le meilleur de tes capacités, à aller chercher les aigües, mais pour improviser, tu dois être « un natural ». Si tu l’es, tu seras spontané (...), tu pourras parler de ce que tu voies, le convertir en mélodie et en rythme. Etre capable d’improviser est un privilège. C’est un chance que Dieu vous donne ce talent car réellement, il n’y a pas d’école de soneros. »

« Certains chanteurs de balades ne créent rien. Beaucoup de chansons transcrites en salsa étaient déjà populaires sous d’autres formes, donc c’est comme d’avoir gagné la moitié de la guerre avant même qu’elle ait commencée. (...). Mais ces chanteurs ne font pas réellement partie de la salsa. Ils peuvent chanter des mélodies et ensuite essayer quelques couplets de soit-disants improvisations qui en fait sont écrites. Je ne vois pas le naturel là dedans. (....) Ils sont les nouveaux visages, les jolis visages, c’est plus important d’avoir un joli visage qu’une belle voix. »

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Cheo - En La Intimidad

Sa conclusion

Dans son entretien du 23 février 2000, Abel Delgado a demandé à Cheo quel souvenir il voudrait laisser à la postérité : « Eh bien, je suis l’ami, le chanteur sentimental. Je veux qu’on sache que ma façon de chanter est sincère, que je ne chanterai pas quoi que ce soit si je ne le sens pas...Tout ce que je chante fait partie de moi, fait partie de ma « chimie » et je me sens très chanceux que Dieu m’ait fait un instrument de sa création. »