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"El Señor Sentimiento"

Cheo Feliciano - Biographie 6 / 7

Les années 1990, les années RMM

Publié le 1er août 2005, par : Carlomambo

S’il y avait un sonero qui devait rejoindre la "RMM", la maison de disque du producteur Ralph Mercado créée au tournant des années 90, c’était bien Cheo, chanteur romantique par excellence.

“Los Feelings de Cheo” (1990) et “Cantando” (1991)

Pour être honnête, ces deux premiers albums de Cheo, produits par Sergio George, ne sont pas vraiment des merveilles...

Sur « Cantando » en particulier, on a l’impression que Cheo a voulu coller à l’ère « romantica », à la mode ; et on cherche où est passée sa forte personnalité artistique... en vain. En somme, le disque, sans être vraiment désagréable, tourne à vide.

On peut penser que Cheo se voyant mettre à sa disposition des moyens très supérieurs à ceux qu’il avait avec « Coche Records », n’a pas voulu prendre de risques et a choisi de rester sur des salsas très conventionnelles, plutôt qu’expérimenter comme il en a l’habitude.

S’il fallait tout de même retenir un titre, ce serait « Dia Sin Tu Amor » dont la belle mélodie et le rythme entraînant en font un honnête morceau de discothèque. Pour le reste...

A noter pour l’anecdote que la première version de ce disque contenait la salsa « Yo Soy », en duo avec Gilberto Santa Rosa. Ce morceau n’apparaît plus dans la version actuelle suite au procès fait par Gilberto Monroig à la RMM pour des questions de copyright, procès dont l’issue aurait fini par obliger Ralph Mercado à mettre la clef sous la porte.

Quant à l’album « Los Feelings de Cheo », c’est un mélange plutôt raté de boleros un peu ringards et de salsas romanticas. On retiendra uniquement le joli bolero « En Un Million » et, en étant indulgent, la salsa « Half Crazy ».

Cheo et la salsa "erotica"

Si Cheo a manifestement fait quelques concessions au début des années 1990 pour être au goût du jour alors que la "salsa clasica" est malmenée par la "salsa erotica", il tiendra toujours des propos très lucides sur ce dernier courant "musical" :

« La salsa de « chambre à coucher » s’est peu à peu transformée en quelque chose de jetable (...) ; nous [les chanteurs de salsa clasica], nous avions nos origines, nous venions du peuple et sentions ce que nous chantions. La salsa de « chambre à coucher » n’a pas duré parce que c’est une musique sans identité (...). Ma critique envers ce courant est que la salsa est un instrument culturel, de divertissement, la musique est la chronique de la vie populaire. La salsa est si vaste que nous chantons les morts, la passion, le ciel, la pluie... A partir de là, pourquoi ne chanter que sur le sexe qui n’est qu’une seule facette de la vie ? »

« Motivos »

L’année 1993 va être particulièrement riche pour Cheo.

Tout d’abord, il participe à la « Combinacion Perfecta », le fameux disque de duos de la RMM, avec deux titres : « Recordando A Louie », d’une part, où il peut briller aux côtés de Ray De La Paz, mais surtout « Soneros de Bailadores », devenu un grand classique, où il côtoie une autre légende de la Fania reputée pour ses talents d’improvisation, Pete « El Conde » Rodriguez.

La même année, Cheo sort l’album « Motivos ». Et quel album ! Rien ne laissait présager une telle réussite après le très médiocre « Cantando ». Le disque, intelligemment construit avec d’abord cinq salsas romanticas puis un chachacha et enfin quatre très beaux boleros, est produit et arrangé par le trompettiste Luis « Perico » Ortiz qui a su ressusciter le talent de Cheo.

Le plus beau titre du disque est sans conteste « Experto En Ti », ma salsa préférée de toute l’œuvre de Cheo. C’est un de ces morceaux discrets qui peut laisser indifférent à la première écoute puis qui, petit à petit, dévoile ses secrets, vous séduit et vous accompagne pour un très long moment voire pour toujours... Je ne m’en suis pas encore lassé même si les textes, dans le plus pure tradition « romantica », ne sont pas franchement renversants :

  • ...Coro : Por todas esas cosas que me llevan a hacer experto en ti Yo se lo que te gusta y que te duele si te conozco se como eres Por toda tu geografia que he viajado con el cuerpo y el alma mia Lo que tu significas para mi Que solo que me hace experto en ti De los pies a la cabeza, Mamita, Yo conozco tu belleza, Etc...
  • ...Choeur : Pour toutes ces choses qui m’amènent à être "expert en toi" Je sais ce qui te plaît et ce qui te fait souffrir Oui, je te connais, je sais comment tu es Pour toute ta géographie que j’ai parcouru avec le corps et avec l’âme Ce que tu signifies pour moi qui suis le seul à être devenu "expert en toi" Des pieds à la tête, Mamita, Je connais ta beauté, etc...

J’ai aussi une faiblesse particulière pour le bolero « De Nuevo El Amor » et pour le cha-cha-cha « No Me Interesa ». Ensuite, je recommanderais « Me Fascina Esa Mujer », « Desesperado », « Al Final De Esta Cancion » et « Tal Vez Nada ».

Les paroles de “Me Fascina Esa Mujer” (cliquer ici pour voir la chanson complète) sont tout aussi caracteristiques de l’ère romantica :

  • Puede ser la noche clara Ese brillo en su mirada Ese algo que ella tiene El aroma que la envuelve. La manera tan estraña De jugar sobre mi espalda Las burbujas en la copa El jardin sobre su boca Puede ser la fantasia Que ahora pasa por su mente Ese andar tan sugestivo Tan pausado de repente. El color de su vestido Que se talla sobre el vientre Esta música en el aire Ese algo que enloquece. Me fascina esa mujer Cuando asume su papel En el juego del amor. La manera tan sensual A la hora de insinuar Que la llene de pasion. Me fascina esa mujer Su manera de querer Me ha robado el corazon, Mi Amor. Me fascina esa mujer Cuando asume su papel En el juego del amor. Coro : Me fascina su mirar, su caminar Esa manera de amarme (etc...).
  • C’est peut être la nuit claire Cette lueur dans son regard Ce quelque chose qu’elle a Le parfum qui l’enveloppe La manière si étrange De jouer sur mon dos Les bulles dans le verre Le jardin sur sa bouche C’est peut être la fantaisie Qui lui traverse l’esprit Cette démarche si suggestive Si lente tout à coup La couleur de sa robe Qui tombe sur son ventre Cette musique dans l’air Ce quelque chose qui rend fou Cette femme me fascine Quand elle assume son rôle dans le jeu de l’amour La manière si sensuelle A l’heure des sous-entendus Qui la remplit de passion Cette femme me fascine Sa manière d’aimer a volé mon cœur, Cette femme me fascine Quand elle assume son rôle dans le jeu de l’amour Choeur : Son regard, sa démarche, cette façon de m’aimer me fascinent (etc...)

En 1994 et 1995, Cheo apparaît sur deux productions de la Fania, les albums live à Puerto Rico et en Colombie enregistrés dans le cadre de la tournée des 30 ans de la Fania All Stars. A Puerto Rico, il chante “Busca Lo Tuyo”. En Colombie, “Anacaona”, “Sobra Una Tombe Humilde” et “El Raton”. Il apparaît également en 1995 sur deux productions de la RMM. Tout d’abord, le célèbre « Tropical Tribute to the Beatles » sur lequel Cheo s’en sort plutôt bien avec « Yesterday ». Ensuite sur l’excellentissime double album « 20th Anniversary of New York Salsa Festival 1975 - 1995 » compilé et mixé par le célèbre DJ Henry Knowles, avec un très belle version de « Experto En Ti ».

Vous avez dit « ringard » ?

En 1996 et 1997, Cheo va réaliser trois disques de boleros, deux avec l’orquestre vénézuélien La Rondalla Venezolona (« Soñar », « El Eterno Enamorado ») et un avec la RMM en hommage à Armando Manzanero (« Un Solo Beso »).

Pas grand-chose à dire ni à retenir de ces albums sinon que les arrangements ringards (percussions afro-cubaines remplacées par une batterie, clarinette et violons dégoulinants, chœurs dont ne voudrait même pas Carrefour pour ses parkings) me paraissent totalement gâcher les compositions.

Sur « Sonar », par curiosité, les plus coriaces pourront écouter « Bello Amanecer » et « Mi Propio Yo ». Quant à « Un Solo Beso » et « El Eterno Enamorado », mieux vaut totalement s’abstenir.

Plus heureuse est son apparition sur l’album hommage à Bobby Capo, « Siempre Piel Canela » en 1997, où il chante « Juguete » mais surtout une excellent reprise de « El Caballo Pelotero » du Gran Combo avec Andy Montañez et Ismael Miranda.

Il apparaît aussi en 1997 sur le live « The 22nd New York Salsa Festival (RMM) », avec un « Medley Ismael Rivera » pas très convaincant, puis sur l’album de duo de Celia Cruz (« Celia’s Duets ») avec « Encantando De La Vida ». Toujours la même année, Cheo participe à la série “Batalla” face à Domingo Quiñones.

Le Voyage à Cuba (1997)

« Aller à Cuba, c’était le rêve de ma vie. J’ai appris beaucoup avec les musiciens et chanteurs cubains. La musique cubaine m’a fortement influencé. Et mon grand souhait était un jour d’aller et de voir la « mata », la terre où tout cela est né ».

« Finalement, après 40 ans, j’ai accompli cela, et j’ai été surpris que les cubains soient si conscients de mon travail, qu’ils aient autant d’estime pour moi. J’ai été réellement impressionné par leur accueil, la façon dont ils m’ont accepté comme un des leurs. Ca été une expérience fantastique. »

Cheo va certes ramener quelques ennuis politiques (sans gravité) de Cuba - il devra annuler un voyage à Miami où les anti-castristes lui avaient promis un accueil musclé - mais va surtout y enregistrer un disque live à l’« Anfiteatro » de Varadero et au cabaret « Tropicana » de La Havane.

Cheo écrit sur la pochette : « Cuba et Porto Rico sont les deux ailes d’un même oiseau (...). Le 31 octobre 1997, nous avons voyagé à Cuba en formant une vraie dream-team portoricaine, avec 17 musiciens, un journaliste, un cameraman et un photographe. Ce fut mon premier voyage à Cuba et je ne peux expliquer quelles émotions nous y avons vécues (...). Nous n’oublierons jamais cette expérience. »

L’album est à recommander seulement aux fans car si le choix des morceaux est excellent (« A La Seis », « Canta », « Mi Triste Problema », « Juguete », « El Raton », « Anacaona » ...), la qualité des interprétations est variable. On retiendra surtout l’interprétation de « Delirio » et le Medley « Sali Porque Sali / Juan Albañil / Trizas ».

En 1998, à son retour de Cuba, Cheo sort son premier album de salsa et bomba depuis 5 ans ; c’est un album de Noël nommé « Pincaledas Navidenas ». Les trois titres que j’ai pu écouter, la salsa « Que Dichoso Soy » et les bombas « Por Nuestra Felicidad » et « Pa’ Que Echen Un Pie » ne sont pas indispensables.

Le projet « Una Voz...Mil Recuerdos » (1999 )

1999 sera une autre excellente année pour Cheo.

Tout d’abord, lors du 16ème « Dia Nacional de la Salsa » de Porto Rico, le 21 mars, le Sénat Portoricain lui rend hommage, et un concert est célébré en son honneur à l’ « Estadio Juan Ramon Loubriel » de Bayamon. Y participent des grands de la salsa comme El Gran Combo et Ruben Blades.

Ensuite est publié le très beau danzon « Son Al Son » qu’il chante avec la Orquesta Aragon sur l’album de leur 60ème anniversaire, « La Charanga Eterna ».

Enfin, toujours la même année, Cheo va pouvoir concrétiser un projet qui lui tient à cœur.

« Plusieurs chanteurs ont fait partie de mon évolution, et je voulais chanter en leur mémoire parce qu’ils font partie de mon alchimie (...). Ils étaient tous mes amis, certains d’entre eux étaient mes mentors, mes pères, d’autres mes fils, comme Hector Lavoe et Frankie Ruiz. »

Il s’agit donc d’un album de reprises, nommé « Una Voz... Mil Recuerdos ». Cheo y chante les succès de Tito Rodriguez, Ismael Rivera, Héctor Lavoe, Frankie Ruiz, Benny Moré, Gilberto Monroig, Daniel Santos, Felipe Rodriguez, Santitos Colón, Felipe Pirela et Mon Rivera.

Seule la chanson d’ouverture, “Que Si Cantaban Bien”, est une de ses propres compositions, dédiée à ces étoiles musicales qui ont joué un rôle important dans son développement artistique et personnel.

Le disque est très inégal mais sur trois ou quatre titres, on a le plaisir de retrouver le grand Cheo de « Motivos » et de « Sentimiento Tu » : je pense en particulier à la très dansante salsa « Lindo Yambu » chantée initialement par Tito Rodriguez, au bolero « Estoy Siempre Junto A Ti » interprété initialement par Santitos Colon (un des principaux chanteurs de Tito Puente) et au medley « Hay Como Ayer / Dolor Y Perdon » de Beny More.

On peut par contre être un peu déçu du choix de la reprise de Frankie Ruiz (« Camionero », pas vraiment ce qu’il y a de plus excitant) ou de l’intérêt de la reprise de « Todo Tiene Su Final », assez plate. Enfin, sur certains boleros, des arrangements contestables viennent encore gâcher le talent de Cheo.