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El Señor Sentimiento

Cheo Feliciano - Biographie 4 / 7

Cheo, Tite Curet et la Fania

Publié le 1er juin 2005, par : Carlomambo

Quand la Hogar Crea autorise Cheo à sortir quelques jours, le journaliste et écrivain Tite Curet Alonso a un projet d’album pour lui, baptisé tout simplement « Cheo ».

Cheo, le come-back

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Il s’agira à l’arrivée de tout sauf d’un disque de « salsa » au sens où on l’entend aujourd’hui : son instrumentation détendue et son atmosphère intimiste en font bien plus un « album de chansons » traditionnelles, très axé sur les ballades à texte.

Pour l’enregistrement, Johnny Pacheco (conga et direction musicale) s’est entouré de Orestes Vilató (timbales), Louie Ramírez (vibraphone), Larry Harlow (piano) et Bobby Valentin (basse). Les arrangements sont co-assurés par Bobby Valentin et Nick Jimenez, le pianiste du Joe Cuba Sextette.

- Anacaona

Le disque s’ouvre sur « Anacaona » (cliquer ici pour accéder à la chanson complète) qui devient immédiatement un énorme succès et reste aujourd’hui encore un classique. Il s’agit d’une chanson fondamentalement politique abordant les thèmes de l’oppression raciale, de l’esclavage mais aussi le rôle politique des femmes ; c’est à ce titre une des rares chansons « salsa » que l’on peut qualifier de féministe...

En résumé, Anacaona était une Indienne Taïnos qui vivait à la fin du XVème siècle. Après la capture par les Espagnols de son époux Caonabo, chef de l’île de Maguana, elle montra une ardeur guerrière exceptionnelle et sous ses compositions poétiques, les indiens se soulevèrent en masse pour venger leur chef. Ils furent malheureusement vaincus et Anacaona du quitter son royaume pour se réfugier au Xaragua où elle continua à composer des « areytos » patriotiques. Elle fut finalement capturée et livrée à toutes sortes d’outrages avant d’être jugée et pendue en 1503.

  • Anacaona, India de raza cautiva Anacaona, de la region primitiva Ananacona, oi tu voz Como lloro, cuanto gimio, Anacaona oi tu voz, De tu angustiado corazon Tu libertad nunca llego Anacaona, Areito de Anacaona India de raza cautiva Alma de blanca paloma Anacaona, Pero India que muere llorando Muere pero no Perdona, Esa negra que es de raza Noble y abatida pero que fue valentona Anacaona Oye, segun la historia Lo cuenta dicen que fue A la canona Anacaona, La tribu entera la llora Porque fue buena Negrona Anacaona, Y recordando Lo que paso la tribu La tribu ya se enfogona
  • Anacaona, Indienne de race captive Anacaona, de la région primitive, J’ai entendu ta voix Comme elle a pleuré, combien elle a gémi J’ai entendu ta voix De ton cœur angoissé Ta liberté n’est jamais arrivée Indienne de race captive Ame de blanche palombe Mais Indienne qui meurt en pleurant Elle meurt mais Elle ne pardonne pas Cette Négresse qui est de race noble et abattue mais Qui fut vaillante Ecoute, selon l’histoire La légende dit qu’elle alla a la Canona, Anacaona, La tribu entière la pleure Parce qu’elle fut bonne, Négresse Anacaona, Et en se rappelant ce qui s’est passé La tribu déjà sent monter la colère

Cheo

- Les autres chansons de l’album Cheo

L’autre sommet du disque est le bolero Poema de Otoño (cliquer ici pour accéder à la chanson complète).

  • Dime tu que fue un momento de pasion Yo solo se que un gran deseo comenzo El otoño vario las horas de nuestro amor Pero siempre quedo el recuerdo y esta cancion, Vive en mi secretramente la obsesion De sentir sobre mis labios el ardor De tu beso que fue milagro de aquel ayer Y de ser otra vez igual que entonces tu querer Ladidouda Ladidouda Ladidouda Yo no se que fue de ti mi quien te amo Ya aunque el tiempo paso quedo la ilusion y aun vive en mi Porque se que ya jamas te olvidare Jamas jamas te olvidare
  • Dis moi que ce fut un grand moment de passion Je suis le seul à savoir qu’est né un grand désir L’automne fait tourner les heures de notre amour Mais je garde toujours les souvenirs comme cette chanson, Et en moi, secrètement, vit l’obsession de sentir sur mes lèvres l’ardeur de ton baiser qui fut si miraculeux, hier encore, Et d’être une nouvelle fois, comme avant, ton amour Et bien que le temps passe, je garde l’illusion et elle vit encore en moi Parce que je sais que jamais je ne t’oublierai

Si Por Mí Llueve est le seul morceau écrit par Cheo lui-même. Les paroles sont plutôt anecdotiques mais apportent un peu de légèreté à un disque globalement sombre. Cheo y décrit une situation vécue avec son ami Kako Bastar : à l’époque, il était à la mode chez les nuyoricains de se faire tirer les cheveux ; mais il fallait se protéger de la pluie car aussitôt les cheveux refrisaient. La chanson raconte donc une journée où Kako est resté bloqué sous le auvent d’un salon de longues heures, refusant de rejoindre Cheo dans sa voiture.

Le single Mi Triste Problema (cliquer ici pour accéder à la chanson complète) est un joli bolero hispanisant où brille la guitare de Vinnie Bell. Le titre atteint la place de n°1 dans les charts à New York. Les paroles de Tite Curet sont magnifiques :

  • Vivir a tu lado con el pensamiento fuera de lugar Seguir angustiado viendo que se pierde la felicidad Estar convencido de que en un vacio peor que el olvido Se hundio todo aquello que siendo tan nuestro ya es tiempo perdido Andar con la pena de que nadie sepa cual es mi dolor Sentir mi problema Y vivir la vida con cara de amor Y con pesadumbre contestarle al mundo que nada ha pasado Como de costumbre seguir mi camino sonriendoa tu lado
  • Vivre à tes côtés la tête ailleurs Te suivre angoissé en voyant que la joie s’en va Etre convaincu que dans un vide pire que l’oubli Tombera tout ce qui était à nous et semble d’ores et déjà perdu Marcher avec la peine que personne ne sache comme je souffre Sentir mon problème Et vivre la vie en manquant d’amour Et répondre inlassablement à tous que rien n’est arrivé Comme d’habitude continuer mon chemin en souriant à tes côtés

Eso es el guaguanco est une salsa énergique et le son montuno Pa’ Que Afinquen, à la saveur cubaine, est un autre classique avec ses soli de tres puis de vibraphone. Le texte de ce dernier vaut le coup d’oeil : Tite Curet y fustige de façon provocatrice les autres soneros, qu’il trouve moins sincères et complets dans leur art que Cheo :

  • Como Silencio guardé Cantaron otros soneros Librando los nueve ceros Que una vez les dediqué Y ahora comprendo por que Fallaron en su intencion Ay Mira que no cantan de corazon Y no hay clave que no briquen Por eso para que afinquen Aqui les traigo mi son... Pa’ que afinquen yo Les traigo un son Pa’ que afinquen
  • Pendant que je gardais le silence, les autres soneros chantaient Et maintenant je comprends pourquoi ils ont échoué dans leur intention Eh, regarde, ils ne chantent pas avec le cœur ... Pour cela, pour qu’ils soient fixés Ici je leur apporte mon son

La Voz Sensual de Cheo

Cheo et le bolero

« Le bolero, la romance, c’est l’amour de ma vie (...). Le bolero va plus loin que les autres genres parce qu’il projette les sentiments, il va droit au cœur. (...) Le bolero est éternel, « es la cronica del amor ». La trame de l’amour ne meurt jamais, parce que sans amour on ne peut pas vivre. Le bolero ramène le souvenir de moments vécus ou l’illusion de moments qu’on souhaiterait vivre. Les modes passent mais le bolero reste. »

« Le sens des percussions était une chose naturelle pour moi mais j’ai toujours préféré le bolero (...). Je reconnais que je ne suis pas un grand tenor, je ne suis pas une grande voix, mais plutôt un « feeling singer ». Je pense à un bolero comme à un murmure à l’oreille d’une femme (...). On dit d’ailleurs souvent que je ne chante pas le bolero mais que je le parle ».

« Mon bolero préféré est « Tu Me Delirio » écrit par Cesar Portillo de la Luz et interprété à l’origine par Jose Antonio Mendez. C’est un des boleros les plus courts qui soit, avec un texte minimaliste, mais le message et la mélodie sont puissants. »

- La Voz Sensual de Cheo (1972)

La Voz Sensual de Cheo va marquer une étape importante dans la carrière de Cheo car c’est son premier disque exclusivement constitué de boleros.

L’album est enregistré à Buenos Aires par le compositeur arrangeur producteur argentin Jorge Calandrelli, ce qui veut dire beaucoup de violons (quatorze !), une flûte traversière, une basse électrique, une batterie... On est loin du minimalisme « roots » des boleros du Joe Cuba Sextette.

Si on arrive à accepter et à dépasser la texture parfois un peu trop mielleuse à mon goût des arrangements, force est de constater que certains titres sont vraiment très beaux, comme Juguete, qui est LE hit de l’album, Ansias de Amar ou encore Contigo A La Distancia.

Juguete (cliquer ici pour voir la chanson complète) fait partie des très grands boleros de Cheo. Les paroles sont particulièrement belles :

  • Se que has tenido en tu vida la mar de aventuras Se que has mentido mil veces burlandome amor (Se) Que has convertido en un juguete de tus travesuras a otros que a ti te quisieron asi como yo Juegues que juegues conmigo y a mi que me importa Si me convierto en un juguete de todo tu amor No me interesa tu historia ni el futur incierto si contigo es Yo quiero ser un juguete si es de tu querer Se que has convertido en un juguete de tus travezuras a otros que a ti te quisieron asi como yo Juegues que juegues conmigo y a mi que me importa Si me convierto en un juguete de todo tu amor No y no, no, que no me interesa tu historia Ni el futuro incierto si contigo es Yo quiere ser un juguete que es de tu querer Mama cita linda Juguete de tu querer...
  • Je sais que tu as eu dans ta vie une foule d’aventures Que tu as menti mille fois en trompant mon amour Que tu as fait des autres hommes qui t’ont aimé comme moi des jouets de tes caprices Joue, joue avec moi et à moi peu m’importe Si je suis devenu un jouet de ton amour Ton histoire ne m’intéresse pas ni le futur, incertain, si je suis avec toi Je veux bien être un jouet si c’est celui de ton amour

Ansias de amar (cliquer ici pour voir la chanson complète), sans atteindre les sommets de « Juguete », mérite l’attention. Les arrangements sont très discrets et laisse Cheo briller.

  • Ansias de amar de estar cerca muy cerca de ti Y decirte una vez y otra vez lo que siento por ti Ansias de ser solo el dueño de tu corazon Y besar en tus labios en flortemblando de ansiedad Cerca de ti quiero sentir lo que es amor Cerca de ti sentir latir mi corazon Ansias de amar de estar cerca muy cerca de ti Y decirte une vez y otra vez lo que siento por ti Ansias pero ansias de amar estar cerca muy cerca de ti Y decir te una vez y otra vez lo que siento por ti Ansias de amar, de amar, amar
  • Désir ardent d’aimer, d’être près très près de toi Et de te dire une fois encore ce que je ressens pour toi Désir ardent d’être le seul maître de ton cœur Et à embrasser tes lèvres en fleur en tremblant de désir Près de toi je veux sentir ce qu’est l’amour Près de toi sentir battre mon cœur...

Malheureusement, à l’inverse, certains titres comme Enfriamiento Sentimental ou Cansancio souffrent d’une orchestration trop lourde qui les transforme en musique d’ascenseur. Pour les amateurs de boleros et de ballades, La Voz Sensual de Cheo reste quoi qu’il en soit une référence du genre et le meilleur album de Cheo Feliciano.

- Le sacre de Cheo

Jerry Masucci, le patron de la maison de disque Fania, a souhaité s’assurer que l’album La Voz Sensual reçoive une importante exposition médiatique. Ainsi, alors que l’album sort à la fin de l’année 1972, Cheo fait au début de l’année suivante la première partie de l’opéra salsa « Hommy » de Larry Harlow, opéra auquel il participe également en y jouant le rôle du Parrain.

Voici comment Max Salazar, célèbre historien de la salsa, décrit l’évènement :

« Le soir de la première, après une présentation du chef d’orchestre Jorge Calandrelli, les lumières se concentrent sur Cheo, vêtu d’un costume de velours bleu. Une immense volée d’applaudissements et de cris de femmes balaie les premiers rangs du théâtre. Une bonne partie du public est debout. Visiblement ému par cet accueil, Cheo marque le coup, sa gorge se serre et des larmes montent à ses yeux. Il envoie des baisers autour de lui. Trois minutes plus tard, le public se calme et s’assied. Les lumières se tamisent et, doucement, les violons commencent à jouer. Cheo ferme ses yeux et commence à chanter la première de ses cinq ballades, « Contigo a la distancia », puis enchaîne avec « Como Rien », « Siempre de Ti », « Nuestra Vida » et « Juguete ». Le public, euphorique, refuse de laisser Cheo partir de la scène. Izzy Sanabria, directeur du magazine « Latin New York » et présentateur de la soirée, déclare alors : « Tito [Rodriguez] est parti et maintenant je veux que Cheo prenne sa place. »

Le public couronna ainsi ce soir là Cheo nouveau roi du bolero.

With a little help from my friends

Les autres albums solo de Cheo sur la Fania

- With A little Help from My Friend (1973)

L’ami cité n’est autre que Tite Curet Alonso, que l’on voit serrer la main de Cheo sur la pochette. L’album Cheo a en fait marqué le début d’une grande amitié et d’une longue collaboration entre les deux hommes, Tite Curet étant l’auteur de la plupart des chansons de Cheo jusqu’en 1988 et co-produisant ses albums jusqu’en 1976 aux côtés de Jerry Masucci, le patron de la Fania.

La même équipe musicale est rassemblée que sur « Cheo » à ceci près que Johnny Pacheco est remplacé par Ray Barretto aux congas et Louie Ramirez par Dave Carey au vibraphone. Au final, le disque ressemble - un peu trop à mon goût - à « Cheo » sans, en outre, qu’il s’en dégage des perles comme Poema de Otoño.

Salome et Hace Furo restent mes chansons préférées avec Nabori pour le solo de piano de Larry Harlow.

Salome est une étrange chanson d’amour nostalgique.

  • ... Salome sabes cuanto que a me de nostalgia llore al volver y a recordar Hoy me dicen bendito mamita que te vieron por ahi como sombra de una vida Que tristeza mi divina Salome ....
  • Salome tu sais comment je pleure de nostalgie Aujourd’hui ils me disent qu’ils t’ont vu par ici comme une ombre d’une vie Quelle tristesse Salome

Les textes de Hace Furo (cliquer ici pour voir la chanson complète) soulignent les racines à la fois noires et blanches du guaguanco :

  • La palabra del Blanco con el ritmo del Negro (te alega ma) naci guaguanco Siempre cuando que sobre toda belleza haya siempre una tristeza para cantar Negro y Blanco profunda naturaleza simple como le interesa, oye lo bien, a un unico corazon Sigan hoy diciendo al mundo la simpatica belleza que estoy el guaguanco Hace furo senores que hace furo Blanco y Negro cuando se ponen (unido) en la salsa tremenda combinacion Siempre que haya una belleza para que haya tristeza y al cantarle guaguanco Por la sazon que me pide te traigo la salsa ahora, te traigo mi guaguanco Hace furo señores que hace furo
  • Les mots du Blanc avec le rythme du Noir, ainsi est né le guaguanco Il faut toujours que sur toute beauté il y ait de la tristesse pour chanter Noir et Blanc, nature profonde, simple car elle s’intéresse à un seul cœur Et ils continuent aujourd’hui à dire au monde la sympathique beauté qu’est le guaguanco Ca fait fureur Messieurs ça fait fureur Blanc et Noir, quand ils s’unissent dans la salsa, terrible combinaison Pour la saveur que tu m’offres, je t’amène la salsa maintenant, je t’amène mon guaguanco

Felicidades

- Felicidades [1] (1973)

Dirigé par Johnny Pacheco, qui accueille à l’occasion Roberto Roena au bongo et Nicky Marrero aux timbales, l’album Felicidades a une très sympathique pochette où Cheo côtoie un beau Père Noël dans la vitrine d’un magasin.

Musicalement, s’il est très inégal, le disque a une couleur joyeuse qui dénote des albums précédents. C’est un album de fête dans la grande tradition des disques de Noël latino-américains. Parmi les différents morceaux, j’ai surtout envie de retenir Felicidades et Pa’ La Gente Panameña. On peut par contre oublier Mapeye, le morceau d’ouverture, une étrange faute de goût de la part de Cheo.

Pa’ La Gente Panameña est une ode à Panama et à se habitants :

  • Coro : Estoy de corazon cantando pa’la gente Panameña Yo no puedo olvidar (...) Que tanto vale mi vida La tengo que recordar Y por eso, por eso voy a cantar con mi salsa borinqueña que de esta manera (el sena) el gran agradecimiento Que del corazon yo siento por la terra Panameña (...) Y con orgullo se empeña desde una isla pequéna como lo es mi Puerto Rico Decir como felicito a la gente Pananameña
  • Je ne peux oublier (...) Tant que durera ma vie Je vais m’en souvenir Et c’est pour ça que je vais chanter avec ma salsa portoricaine et exprimer ainsi la grande gratitude Que du fond du coeur je ressens pour la terre panaméenne (...) Orgueilleusement Je m’applique depuis une petite île comme Puerto-Rico à dire combien je félicite le peuple Panaméen

Dans Felicidades, Cheo passe en revue les gens à qui il souhaite présenter ses vœux, et à tout seigneur tout honneur, il commence par Tite Curet, puis pense à Pacheco, Masucci et ... lui même.

  • Coro : Felicidades par mi familia y mis amistades ! ... A Tite Curet, a su familia y sus amistades, Cheo Feliciano les desea felicidades...

Pour la première fois également, Cheo chante sur un disque des plenas et bombas ( Mañana Boricua et certaines parties des salsas El Parrandero et A Las Alegres Campanas) qui annoncent son retour vers ses racines portoricaines.

- Looking For Love (1974)

Looking for love est la suite de « La Voz Sensual de Cheo », également arrangée par Calandrelli. Le disque se fait rare de nos jours et je n’ai pas pu l’écouter.

A la suite de ce disque, en 1975, le Latin New York Magazine remet le prix du meilleur chanteur de l’année à Cheo.

- The singer (1976)

Enregistré sous la direction de Johnny Pacheco, "The Singer" est illuminé par les présences de Papo Lucca au piano et de Luis « Perico » Ortiz à la trompette. Sont également présents Tito Allen et Adalberto Santiago aux chœurs et Ismael Quintana aux percussions.

L’album aligne deux perles, le superbe chachacha et énorme succès Canta, arrangé par Louie Ramirez, et le bolero Es Muy Facil. Le puissant Salsaludando s’inscrit dans la tradition du Joe Cuba Sextette.

Deux titres sont écrits par Ruben Blades qui participe par ailleurs aux chœurs sur tout l’album. Blades est un grand fan de Cheo et avoue volontiers l’avoir beaucoup imité dans sa façon de chanter au début de sa carrière (il suffit d’écouter "Vale Mas Un Guaguanco" pour s’en convaincre...).

The Singer

Canta est composé de plusieurs parties, la plus mémorable étant le crescendo de fin emmené par le fameux chœur « Canta y olvida tu dolor » et relevé par un superbe solo de trompette de Luis « Perico » Ortiz. On ne se lasse pas non plus du superbe solo de piano de Papo Lucca après l’introduction.

  • Se me parte el corazon cuando to veo llorar no te puedo consolar Porque mi pena es mayor (mi penal es un querer y tu con una illusion) Una illusion que se va nunca se debe llorar Pero un amor de verdad nunca se puede olvidar Canta si olvidar quieres Canta si aliviar quieres tu dolor Canta si el amor hoy de ti se va Pero canta y otro volvera Coro : Canta y olvida tu dolor ... Cantando se olvida la pena cantando se olvida el dolor dolor Olvidate como pasa una cosa vieja todo lo que viene es nuevo y tiene sabor Oh Borinquen la tierra (delere) y te canto con amor Cantando y cantando y cantando, cantando pa’ canta mira con sabor ... Los rumberos van bailando y hacer rato estar calor calor Por eso te canto mi melodia bonita y te le canto con amor, amor Que no se acabe el chachacha que neo se acabe el danzon ¡
  • Ca me brise le coeur quand je te vois pleurer Je ne peux pas te consoler Parce que ma peine est grande Ma peine est un amour et toi une illusion Une illusion qui part ne doit jamais être pleurée Mais un amour véritable jamais ne peut s’oublier Chante si tu veux oublier Chante si tu veux soulager ta douleur Chante si aujourd’hui l’amour te quitte Chante et un autre reviendra Choeur : Chante et oublie ta douleur En chantant on oublie la peine En chantant on oublie la douleur Oh Borinquen je te chante avec amour Chante, chante, chante, et regarde avec saveur Les rumberos vont danser et mettre de la chaleur Pour cela je te chante ma belle mélodie et je te la chante avec amour Que jamais ne s’arrête le chachacha Que jamais ne s’arrête le danzon ¡

Suit le bolero Es Muy Facil (cliquer ici pour voir la chanson complète) :

  • Es muy facil el reir cuando se tiene un amor Es muy facil el llorar cuando era una illusion Las gotas de lluvia que siento caer Se confunden silenciosas con el llanto Que brota de mis ojos al verte partir Vacio es el recuerdo de esta tarde gris Es muy facil el reir cuando se tiene un amor Es muy facil el llorar cuando era unaillusion Y triste hoy me alma se acuerdo de ti Y Yo busco un refugio en el silencio Y por dentro como un eco tus adios vuelves a escuchar Sentirse triste es facil si no hay aquien amor
  • C’est très facile de rire quand on a un amour C’est très facile de pleurer quand ce n’était qu’une illusion Les gouttes de pluie que je sens tomber se confondent, silencieuses, avec mes larmes Qui jaillissent de mes yeux en te voyant partir Vain est le souvenir de cet après-midi gris C’est très facile de rire quand on a un amour C’est très facile de pleurer quand ce n’était qu’une illusion Et aujourd’hui, triste, mon âme se souvient de toi Et je cherche un refuge dans le silence Et à l’intérieur, comme un écho, je réentends tes adieux Se sentir triste est facile quand on a personne à aimer

Cheo a également choisi de faire la place belle à la musique traditionnelle portoricaine, avec les deux bombas Domitila et Enamorado.

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Ismael Miranda, Cheo, Santos Colon (oasissaslero.com)

Cheo et La Fania All Stars

« La Fania All Stars, c’était comme à mes débuts, quand j’allais au syndicat des musiciens et que je rencontrais toutes ces superstars, et tous ces gars du Barrio. A cette époque là, certains d’entre eux étaient, comme moi, des musiciens « en devenir ». Mais là, avec la Fania, nous étions tous devenus des professionnels. Et à chaque fois que nous reformions la Fania All Stars, c’était comme une réunion de famille. C’était fantastique. Nous avions l’habitude de nous réunir et de tourner pendant deux, trois ou quatre semaines et c’était des moments fabuleux (...). »

« J’étais comme un poisson dans l’eau. Je connaissais la qualité des interprètes. Nous nous défiions les uns les autres : « Donne moi le meilleur de toi-même et je te donnerai le meilleur de moi. » (...) Il y avait une vraie compétition, vous ne pouviez pas faire moins bien que le précédent. (...) Ce qui était bien parce que cela exigeait de la créativité ; cela vous maintenait éveillé. »

Cheo n’apparaît pas sur le premier live de la Fania All Stars au « Red Garter » de New York. Mais on peut l’entendre dès le célébrissime « Live at the Cheetah » de 1974, toujours à New York, notamment sur le chachacha Quitate Tú auquel tous les chanteurs de la Fania participent (Hector Lavoe, Ismael Quintana, Ismael Miranda, Pete El Conde Rodriguez, Monguito El Unico, Santos Colon et Cheo). La version dure 16 minutes et est marquée par le « mortal jump move » de Ray Barretto quand il tape sa conga contre le sol. Au jeu de l’improvisation, Cheo et El Conde sont souvent jugés les plus brillants.

Cheo chante également en lead singer sur une version de Anacaona éclairée par un beau solo de piano de Larry Harlow. « Our Latin Thing », documentaire filmé en grande partie au Cheetah, reprend des interviews et répétitions de Cheo.

- Les tournées de la Fania All Stars avec Cheo

Les membres de la Fania prennent vraiment conscience de l’impact de leur travail quand ils commencent à présenter leur production à l’étranger et tout d’abord en Afrique, plus exactement au Zaire, en 1974, à l’occasion d’un fameux match de boxe entre George Foreman et Muhammad Ali à Kinshasa. Sur le CD « Live in Africa », on entend Cheo sur une version de « Descarga Fania ». Sur le DVD Celia Cruz & Fania All Stars->mot44 in Africa, on peut voir Cheo chanter El Raton.

FAS, Live In Africa

Le « Live at Yankee Stadium », publié en 1975, a en fait été enregistré dans deux endroits différents : au Yankee Stadium pour 5 chansons en 1974 et au « Roberto Clemente Memorial Coliseum » de San Juan de Puerto Rico que la Fania inaugure, en 1974 également.

Sur le fameux jam Congo Bongo, enregistré à San Juan, sont d’abord présentés "el unico, el tremendisimo Mongo Santamaria" puis "el hombre a la mano dura, Ray Barretto" ainsi que Manu Dibango. Le morceau part avec Hector Lavoe au micro puis s’enflamme avec des solos de congas hallucinants. Cheo arrive ensuite pour accompagner par ses pregones dont il a le secret ces incroyables improvisations.

Au Yankee Stadium, le morceau n’était pas allé jusqu’à la fin : la pelouse avait été envahie et le concert avait du être arrêté pour des raisons de sécurité. Cette version de Congo Bongo est reprise dans un autre disque de la Fania All Stars, « Latin Soul Rock » (1974).

Cheo chante aussi sur un des moments les plus connus du concert au Yankee, la reprise de El Raton, avec l’idée de la Fania de fusionner salsa et rock grâce à la guitare de Jorge Santana (frère de Carlos).

On retrouve Cheo au Japon en 1976 Fania All Stars In Japan-> puis sur l’album hommage [Tribute to Tito Rodriguez->], d’abord sur le classique Inolvidable puis sur la reprise de Vuela la Paloma où il brille particulièrement aux côtés de tous les autres chanteurs de la Fania All Stars.

Impacto Crea, Cobarde

- Les Autres collaborations - Impacto Crea

Cheo participe au premier album du groupe portoricain Impacto Crea créé par et pour les pensionnaires du programme de désintoxication qu’il a suivi à la fin des années 60. On peut y entendre Cheo sur le très sympathique "Que Es Lo Que Pasa" ainsi que sur "Quiere la".

Sur l’album Cobarde [2] 1974, Cheo interprète le morceau qui a donné son nom à l’album. Les autres titres sont notamment chantés par Adalberto Santiago.



[1] Voir la chronique de la pochette de Felicidades

[2] Voir la chronique de la pochette de Cobarde