Syndiquer tout le site

Article

3ème Partie

"Cha Cha with A Backbeat" : Chansons et Histoire du Latin Boogaloo -3-

Publié le 1er avril 2007, par : Juan Flores, Tito Diaz

Un grand merci à Tito Diaz pour avoir traduit ce texte très instructif de Juan Flores.

Vu sa longueur nous l’avons publié en 3 parties :

  • 1ère partie ICI
  • 2ème partie ICI
  • 3ème partie ci-dessous.

BuscaSalsa

BYE-BYE BOOGALOO

"Le Boogaloo n’est s’est pas éteint tout seul. Il fut aidé par des vieux bandleaders envieux, quelques promoteurs de danse et un célèbre disc-jockey latin". En 1969, exactement trois ans après son entrée explosive sur la scène musicale new-yorkaise, le Latin Boogaloo avait disparu et la plupart des musiciens impliqués, les plus jeunes comme les aînés, sont d’accord avec l’explication de King Nando sur le rapide déclin du Boogaloo. « Nous étions les groupes les plus chauds du moment et on attirait les foules. Mais jamais on ne se trouvait en haut de l’affiche et jamais nous ne touchions d’importants cachets. Les leaders de groupes de Boogaloo étaient forcés d’accepter les « contrats tout compris » qui nous emmenaient de gauche à droite partout dans la ville...une heure là, une heure là-bas...juste pour changer. Quand le bruit se répandit que nous allions nous unir et ne plus accepter ces « contrats tout compris », nos disques ne passèrent plus sur les radios. La période Boogaloo ainsi que la carrière de la plupart des directeurs d’orchestres Boogaloo étaient finies. »

Bien sûr, certains ne regrettèrent pas sa disparition ou ne la considérèrent pas comme une conspiration. Après tout, Le Boogaloo était juste une danse passagère de la scène pop américaine et, en conséquence, voué à une durée de vie limitée et à tomber dans l’oubli. Le Latin Boogaloo signifiait beaucoup plus que cela. Il marquait une étape importante dans l’histoire de la musique latine et servir comme expression des cultures portoricaines et Afro-américaines durant ces années cruciales de leurs expériences à New-York. Mais au nom du Boogaloo, plutôt que le concept plus étendu de Latin Soul, le style était condamné à échouer. Une nouvelle génération de jeunes Latinos émergeait, à la recherche eux aussi quelque chose qui leur appartenait.

La « grande sensation » suivante dans la musique latine à New-York allait s’appeler « Salsa ». « Disparu le Boogaloo ? Je suppose que oui. Et vous savez, dans un sens, tant mieux”. Willie Torres, le vocaliste et compositeur expérimenté dont le Boogaloo fut juste une étape dans sa carrière, se trouva soulagé quand la fièvre retomba. Il nuance cependant son jugement quand il se rappelle le vrai plaisir qu’il avait à jouer de la musique à l’époque. « Un Vacilon » dit-il « c’était quelqu’un de stupide ». Il ne continua pas sa carrière après le Boogaloo, quittant le business de la musique en 1970 pour devenir chauffeur de bus de la MTA. Mais il se consola en voyant que les vrais musiciens, qui s’étaient brusquement retrouvés hors jeu par la folie du Boogaloo, eurent une nouvelle opportunité de revenir sur l’avant plan pour démontrer leurs capacités. « C’est un fait certain que de jeunes talents ont été bloqués, mais regardez Cheo Feliciano, Eddie Palmieri, Tito Puente, Ray Barretto, Larry Harlow... Eux et de nombreuses grosses pointures ont survécu à cette période Boogaloo et ont atteint d’autres sommets ». Selon Willie Torres, la cause principale de la disparition subite du Boogaloo au bénéfice de la Salsa, n’est pas à chercher chez les musiciens eux-même, mais chez Fania Records. Bien que la catégorie Salsa ne fut pas d’actualité avant 1972, c’est la Fania qui libéra la musique latine new-yorkaise du Boogaloo et de par là-même, définira le son des années 70 pour le public mondial. Ni le Boogaloo, ni le Shing-a-Ling, ni le Jala Jala, - ni la fusion R&B ou les origines urbaines de la musique - ne prirent part à l’aventure. Les musiciens du Boogaloo ne furent pas mentionnés dans les Fania All Stars, et aucun d’entre eux n’était présents lors de cette nuit historique au Cheetah quand « Our Latin Thing » fut filmé. Non pas que la Fania ait logiquement supprimé ces rythmes, ayant été la première à enregistrer Joe Bataan, Willie Colon et d’autres....

Leur inoubliable anthologie 60’Gold de 1983, qui comprend plusieurs classiques Boogaloo, est une preuve que leur stratégie marketing n’était pas consistante.

Mais Izzy Sanabria, parfois surnommé « Monsieur Salsa » pour son rôle de maître de cérémonie et d’éditeur du Latin New-York Magazine, rappelle le rôle de la Fania, traçant les relations entre les styles musicaux et les possibles bénéfices commerciaux : « la responsabilité de sa disparition », dit-il en parlant du Latin Boogaloo, « c’était une impulsion initiée par la Fania ». Ce qui se passait, c’était que Puente et les autres, qui à l’époque n’étaient pas chez la Fania, mirent fin au Boogaloo, parce que les jeunes étaient « hors clave ». Mais, somme toute, Puente enregistra du Boogaloo. Vous voyez, ils étaient « hors clave ». Ils ne jouaient pas de façon parfaitement syncopée. Mais ils chantaient en anglais. Et cette musique est devenue extrêmement populaire.

« Ça s’est donc finalement terminé pour revenir vers une musique, soit disant, plus typique, jouée correctement. Ils étaient critique envers tous ces jeunes. Tito Puente décrivait Willie Colon comme un groupe de gamins. Et il l’était en fait ». Suite au grand rayonnement de la Salsa des dernières années, Willie Colon fut le musicien associé, parfois erronément, aux centres urbains et à l’esprit de la rue du Boogaloo. Né en 1950, Colon était peut-être trop jeune durant les années Boogaloo pour y participer. Il n’a jamais enregistré de Boogaloos, ni le style musical, ni utilisé le terme dans ses enregistrements. Mais son premier album, « El Malo », sorti en 1967 en plein boom du Boogaloo, eu un immense succès. Bien que les compétences des musiciens du groupe de gamins soient critiquées par les musiciens expérimentés, les couvertures de cet album et des suivants renforcèrent son identité de méchant garçon des rues. Bien sûr, l’album de Ray Barretto, paru en 1967, « Acid », devint un succès majeur de la même année, et avec son hit El Watusi font de Ray Barretto une des stars de la Fania assurant la continuité de la période Boogaloo. Larry Harlow et Johnny Pacheco ( peut être le cerveau musical derrière la Fania) qui essaieront en vain, pendant toutes ces années. Mais légitimement ou pas, Willie Colon et son vocaliste, Hector Lavoe, dont beaucoup de musiciens se souviennent de lui dans les rues, réprésentent le lien entre la période Boogaloo et l’avènement de la Salsa. Tout en appartenant à l’écurie Fania, Colon devint, « à la grande stupéfaction de Tito Puente, de plus en plus une force au sein de ce business », conclut Sanabria.

Mais le mouvement initié par Fania, son effort afin de créer une certaine série de possibilités stylistiques identifiables pour son concept « salsa », était concentrée sur le changement plutôt que sur la continuité, au moins avec le passé récent .

L’accent était mis sur les « racines », la découverte continue et l’adaptation des traditions afro-cubaines dans leurs formes variées de jazz. Les paroles en anglais étaient « out » ; il en allait de même pour les fortes empreintes de R&B ou de Funk. Les riches héritages de Arsenio Rodríguez, Orquesta Aragón, Machito, Arcaño et des traditions Guaguancó-Son-Mambo eurent priorité par rapport à toutes les expérimentations utilisant des styles pop américains. Même la musique traditionnelle portoricaine, même toujours secondaire par rapport à la musique cubaine, constitua des sources d’inspiration pour les danzas, aguinaldos, seises et plenas et dans quelques uns des morceaux marquants d’Eddie Palmieri et Willie Colon de la période « salsa ». Les références explicites aux racines de la musique africaine passaient directement via Cuba et les Caraïbes, même parfois sous forme de stéréotypes, comme dans un des plus grands succès de Willie Colon, « Che Che Cole ». Les relations entre la communauté Afro-américaine et la communauté latino de New-York diminua en intensité, du moins en termes de styles musicaux indigènes. Willie Colon érige en question de principe le fait d’avoir toutes les paroles en espagnol, déclarant « la langue était tout ce qui nous restait. Pourquoi devrions-nous l’abandonner ? » Il est peut-être plus facile d’insister sur ce point quand vous pouvez compter sur des personnes telles que Tito Curet Alonso, le compositeur prolifique portoricain qui composa beaucoup des célèbres paroles de Colon. « Le Boogaloo a peut-être disparu », note l’historien Max Salazar, « mais le Latin Soul a survécu ». Grâce à une plus large connaissance sociale et musicale de l’aventure Boogaloo, ou le cas échéant de la Salsa, il devient possible d’avoir une perspective plus claire de la continuité et de la cohérence de la fusion musicale Latino-Afro-américaine. Beaucoup de musiciens préféraient l’idée de « Latin Soul », même pendant l’apogée du Boogaloo, et le terme peut être considéré comme englobant les styles musicaux avant et suivant l’arrivée et la fin du Boogaloo, y compris éventuellement ce qui fut appelé « Salsa ».

Avec l’aide de son concept pilote de « rythmes afro-américains latinisés », Salazar est capable d’identifier une lignée complète d’héritage du Boogaloo, un inventaire reprennant non seulement des prolongements de cette période tels que Louie Ramírez, Bobby Marín and his Latin Chords, et Chico Mendoza mais aussi les inattendus comme Johnny Pacheco, Mongo Santamaria et la Fania All Stars, avec les Latinos non-carïbéens comme Santana et Jorge Dalto.

Dissocié de l’énergique influence de la Fania, le mot « Salsa » peut être considéré en termes plus étendu et plus général et, comme nécessaire après avoir été créé il y a 25 ans. Il peut également être examiné dans ses différentes étapes et tendances. Peut-être, comme Tito Ramos le suggère, le Boogaloo devrait être considéré comme appartenant à ce qu’il appelle « Salsa Clasica » (par opposition à la « Salsa Monga », « Lame Salsa » des dernières années) et le répertoire du Boogaloo comme intégration significative au sein des « oldies » du genre.

Incontestablement, la programmation radiophonique à Porto-Rico et dans d’autres régions de l’Amérique Latine le présente de cette façon, de même que certaines récentes anthologies de musiques latines des années 1960-70. La musique de Pete Rodriguez, Joe Cuba et Richie Ray sont encore très appréciées dans les pays tels que la Colombie et le Venezuela, où il n’y a pas de distinction très claire entre ces anciens morceaux et ce que l’on appelle « salsa ».

Rétrospectivement, il est peut-être exact, comme le prétendent certains commentateurs, que l’influence du Boogaloo ne s’est pas fait ressentir dans le domaine de la musique latine mais bien dans la musique Afro-américaine, ayant été « un des plus grands facteurs en faisant évoluer les sections rythmiques blacks d’un concept basique de four-to-bar vers une basse type tumbao et de plus en plus vers des rythmes des percussions latines ». C’est peut-être le cas, mais bien sûr, cette influence débuta bien avant le Boogaloo, et il n’y a aucune raison de minimiser le changement que cette période occulte amena dans la musique latine, même à l’aide d’exemples négatifs.

Allant au-delà d’une période “d’une forte identifcation des portoricains envers la culture et les politiques blacks”, comme le critique culturel George Lipsitz le dit, « le Latin Boogaloo encouragea une reconsidération des styles musicaux cubains et un réveil général des éléments africains au sein de la culture portoricaine. Condamnée par les traditionalistes comme une trahison de la communauté, au lieu de cela le Latin Boogaloo montra que l’identité de la communauté avait toujours été faconnée par celles des autres communautés des USA".

Peu importe les éléments musicaux du Boogaloo qui ont peut-être été négligés, le contexte social dont il était l’expression, raison d’être historique du Latin Soul, n’a fait que de croitre tout au long de ces années.

Un retour du Boogaloo ? De nombreux musiciens parlent d’un regain d’intérêt de la part de la génération actuelle, et l’énorme succès, en 1998, de l’album « I Like It Like That » de Tito Nieves, sur lequel on trouve également une autre version de « Bang Bang » est un signe clair. Ils font également remarquer l’enthousiasme des fans à Porto Rico, en Amérique Latine, en Europe Occidentale et au Japon. En Angleterre, on le classe comme “Acid Jazz”. Beaucoup d’autres styles sont repris sous cette même étiquette : des rééditions d’anciens titres d’Hector Rivera et de Mongo Santamaria jusqu’à des morceaux de Pucho et d’autres musiciens afro-américains jouant des grooves latins. « The Latin Vogue, Nu Yorica : Culture Clash in New York City, and ¡Sabroso !“ sont autant de compilations de ces dernières années et toutes reprennent des morceaux latins !.


Author : Flores, Juan
Article Title : "Cha Cha with A Backbeat" : Songs and Stories of Latin Boogaloo
Publication Name : Black Renaissance/Renaissance Noire
Volume Number : V.2 ; N.2
Publication Date : 07-31-1999
Page : p. 22

Copyright (c) SoftLine Information, Inc. 1998