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Cesar Correa - Entrevue

Quand le piano parle

Publié le 1er décembre 2006, par : Chabelita

Difficile de ne pas tomber sous le charme de César Correa et sa gueule d’ange, ses doigts de fée et sa gentillesse.

César Correa sur scène ce sont des mimiques incessantes : l’oreille collée au clavier de son piano, un bout de langue qui pointe à la commissure de ses lèvres, les yeux levés au ciel, debout dirigeant l’orchestre d’un doigt directif, assis les yeux clos ou avec un sourire à tomber par terre... Il vit sa musique de façon peu commune et son attitude nous hypnotise venant renforcer l’emprise de son jeu virtuose, aux citations abondantes et à l’énergie communicative.

Nous remercions César de nous avoir accordé un peu de son temps pendant la balance son du concert du 23 septembre 2006 au New-Morning (Paris). Vous trouverez ci-dessous la transcription de cet entretien, des photos du concert et 30 secondes du jeu hallucinant de César.

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César Correa Live
New Morning Paris (23/09/06)
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Cesar Correa
New Morning (Paris) 23 sept. 2006

Busca Salsa : Peux-tu présenter le groupe pour ceux qui ne connaîtraient pas encore ?

César Correa : Le groupe Mercadonegro est né ici en Europe, en Suisse exactement. Nous sommes des musiciens issus de plusieurs pays d’Amérique Latine : Cuba, Pérou, Colombie, Venezuela,... Nous nous sommes rencontrés il y a plus de dix ans en Suisse. On accompagnait des musiciens qui venaient se produire en Europe : Alfredo de la Fé, José Alberto « El Canario », Célia Cruz,...
Un peu avant le décès de Célia Cruz, nous avons décidé de faire une carrière en tant que groupe. Nous nous sommes lancés en Europe. Nous avons déjà fait deux disques et nous préparons le 3ème. Le groupe est basé sur l’Europe, logiquement notre premier terrain de travail et notre point de repère c’est l’Europe. On a commencé par se faire connaître en France, pas mal en Italie, en Suisse logiquement, en Allemagne, etc... Et puis maintenant nous essayons d’aller ailleurs, on aimerait bien s’envoler pour les Etats-Unis, l’Amérique Latine ; déjà au Pérou on est assez connu.

Busca Salsa : ...puisque tu es péruvien...

César Correa : oui, on a appuyé là-dessus ; Nous avons récemment trouvé quelqu’un pour la publicité en Amérique Latine. L’année prochaine, nous irons en Asie car nous avons une tournée au Japon, en Thaïlande, etc...

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Cesar Correa
New Morning (Paris) 23 sept. 2006

Busca Salsa : Vous avez déjà tourné en Amérique Latine ?

César Correa : Non, jamais. Nous avons tourné dans toute l’Europe, une partie de l’Afrique ; il nous manque l’Amérique Latine et l’Asie. Pour l’Asie nous avons déjà des concerts de prévus l’année prochaine. En novembre (2006), on fera l’Orient : le Pakistan [1] et les pays alentours. Je suis assez curieux de voir ça aussi.
L’année prochaine ce qui est sûr c’est l’Asie mais j’aimerais bien aller en Amérique Latine.

Busca Salsa : J’ai l’impression que vous avez tous été formés au conservatoire ?

César Correa : Oui, la plupart du groupe. A Cuba, par exemple, ceux qui veulent devenir professionnels passent obligatoirement par le conservatoire. Moi personnellement je l’ai fait au Pérou et j’ai continué en Europe. Ma carrière musicale a démarré en Europe comme musicien classique. Après j’ai toujours joué de la salsa, mais c’est avec Mercadonegro que je me suis lancé.

Busca Salsa : Ca s’entend dans ta façon de jouer....

César Correa : oui, oui. Il y a aussi ceux qui viennent du jazz... Rodrigo le leader du groupe -non- il jouait plutôt le folklore colombien. Notre bassiste, Dudu, jouait uniquement du jazz brésilien. C’est un mélange intéressant, le groupe ne sonne pas tout à fait comme un groupe de salsa, c’est assez spécial comme son. C’est ça que je veux garder comme son. Car beaucoup nous on dit : « la salsa ce n’est pas comme ça ». Moi je réponds : « mais justement je ne veux pas sonner comme tout le monde ». Le son qui caractérise Mercadonegro c’est ça, cette liberté. Le bassiste vient du Brésil, il a beaucoup de feeling brésilien à la basse et moi j’adore, je le laisse faire. Ce mélange de culture, de liberté a rendu possible ce son.

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Cesar Correa
New Morning (Paris) 23 sept. 2006

Busca Salsa : Comment tu expliques qu’on ne retrouve pas la même énergie sur les disques ? Sur scène il y a une telle énergie, c’est différent sur le disque...

César Correa : oui, il y a un phénomène assez malheureux. Les deux premiers disques ont été faits avec des moyens assez limités, de bonnes conditions mais limitées. Nous n’avons pas pu enregistrer ensemble. Nous avons d’abord fait la percussion, après le piano, après la basse, après le güiro, après les chanteurs. C’est clair que cet échange d’énergie qu’on voit sur scène, elle ne passe pas dans le disque. Bien sûr c’est presque parfait, tout est en place dans le disque, mais il n’y a pas cette chaleur humaine. C’est normal car cette complicité se retrouve seulement lorsqu’on est ensemble. Espérons que pour le troisième disque nous aurons les moyens parce que c’est ce que nous souhaitons faire justement. Enregistrer ensemble c’est différent, il peut y avoir des petites erreurs mais l’énergie est tout autre. Ca touche plus.

Busca Salsa : On vous voit partout dans les festivals. Peux-tu me parler du festival Latino Americando (Italie) qui est énorme paraît-il ?

César Correa : Oui, c’est un gros festival qui a 15 ans, je crois. Rodrigo et moi, nous y sommes passés souvent avec différentes formations. On y est allé avec Célia Cruz. Ce festival c’est vraiment un phénomène : 3 mois ! Tous les jours : salsa, salsa non stop ! Maintenant le programme est plus varié : salsa, brésil, tango,...mais globalement c’est plutôt salsa. C’est un gros festival, ça n’arrête pas, sauf le lundi -je crois- après il y a des concerts tous les jours. Depuis la création de Mercadonegro, nous y allons chaque année en soliste ou en tant qu’accompagnateur. Nous sommes assez complices avec tous les gens qui travaillent pour ce festival. Il nous a permis de nous faire connaître en Italie. Cette année nous l’avons fait deux fois : d’abord avec Mercadonegro tout seul, puis avec José Alberto « El Canario ». Grâce à ce festival on tourne pas mal en Italie.

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Cesar Correa
New Morning (Paris) 23 sept. 2006. Copyright Kaizero

Busca Salsa : Ce n’est pas trop frustrant d’accompagner une autre vedette qui est alors tête d’affiche ?

César Correa : Non... C’est clair qu’on a plus de plaisir à jouer nos morceaux. Et c’est plus important pour nous de nous faire connaître avec nos morceaux. Mais c’est vrai que c’est un plaisir immense aussi, une expérience enrichissante de jouer avec des gens assez connus déjà. On apprend musicalement, on apprend professionnellement, on apprend du côté humain....tout ! Comment se comporter sur une scène... José Alberto « El Canario », Tito Nieves,... sont des musiciens qui tournent depuis plus de vingt ans, ils ont une large expérience. Jouer avec eux ça nous a permis de faire connaître le groupe. Il y a les pour, il y a les contre mais je pense qu’il y a plus de points positifs. Au niveau du style chacun a le sien.

Busca Salsa : Ca vous oblige à jouer un peu de tout...

César Correa : Bien sûr, ça enrichit les connaissances. José Alberto « El Canario », Tito Nieves,... chacun a son style, sa façon de jouer. Ca nous permet de voir d’autres mondes. C’est important. La recherche dans la musique ça existe aussi, il ne faut jamais s’arrêter.

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Cesar Correa
New Morning (Paris) 23 sept. 2006

Busca Salsa : Il y a un ami qui a été très étonné de voir l’année dernière au Parc Floral Armando Miranda chanter « Otra Oportunidad » de Jimmy Bosch avec le sourire jusqu’aux oreilles alors que c’est une chanson très grave.

César Correa : Il est comme ça, même quand il est énervé il a toujours le sourire. La première fois qu’on a joué avec Jimmy Bosch il y a 5 ans, on a interprété ce morceau, oui c’était triste. Il m’a raconté l’histoire, c’était émouvant, on l’a pris comme ça. Mais au bout de quelques années, même Jimmy a bien digéré cette histoire. Lui-même s’amuse sur ce morceau même si le message reste. Il l’interprète lui aussi avec de la joie, c’est pourquoi nous aussi nous sommes plus à l’aise, plus souples.

Busca Salsa : C’est aussi la signature de Mercadonegro : toujours le sourire, la pêche,...

César Correa : Il le faut, il le faut.... On a toujours le plaisir de jouer. Ca dépend de l’état d’âme. Dans le groupe tout le monde est assez libre de laisser aller ses sentiments. Parfois -par exemple- au milieu d’une grande fête, une bonne ambiance, d’un coup arrive un souvenir triste ...de mon grand papa....je commence à jouer tout seul, à devenir triste, les gens écoutent. Et si quelqu’un dans le groupe veut le faire, on lui en laisse la liberté, vraiment.

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Cesar Correa
New Morning (Paris) 23 sept. 2006

Busca Salsa : Je voulais que tu me parles du piano au Pérou, moi j’aime beaucoup Alfredo Linares.

César Correa : C’est clair, l’école du piano au Pérou est assez développée. Alfredo Linares c’est un des grands, un des premiers qui était parti du Pérou. On a un autre excellent jazzman : Cocho Arbe qui est aux Etats-Unis, José Luis Madueño, etc... Nous avons une école classique assez poussée à Lima, à Trujillo d’où je viens. J’ai eu vraiment la chance d’avoir des supers professeurs au niveau du piano.
Le pianiste au Pérou est un peu obligé de jouer un peu de tout. Il doit faire de la musique argentine, de la musique péruvienne, de la salsa,...tout. Il y a de grandes formations et de petites aussi : 2, 3 personnes avec toujours un pianiste qui doit tout gérer.
J’étais étonné quand je suis rentré chez moi il y a deux ans, j’y ai vu de jeunes pianistes assez prometteurs. Il y a le jazz qui commence à rentrer seulement maintenant, c’est un peu tard. A chaque fois que j’y vais, je donne des ateliers de jazz, ils comprennent très vite, ça fait plaisir.

Busca Salsa : Je voulais savoir ce que vous allez jouer ce soir ? C’est un hommage à Richard Egües et à Anga Diaz.

César Correa : Ce soir, c’est un peu spécial : on est seulement 7 musiciens [2], alors que normalement on est 15. C’est difficile d’assumer comme ça un concert. Ils nous ont demandé de varier, on fera une partie Latin Jazz, une partie Salsa, on va faire de vieux, vieux morceaux. Pas nécessairement de Mercadonegro. Et je ne sais pas si tu as remarqué : il y a même un piano à queue ce soir. Ca va être un autre esprit, pas l’esprit salsero, pas mal de jazz, du son. Je m’en réjouis personnellement parce que ce sont aussi des choses que j’adore. On était récemment à Nantes avec cette formation devant au moins 10 000 personnes. C’était génial, on a fait ça, ça a marché, ça donnait.... Je pense que même les gens qui connaissent bien Mercadonegro vont être surpris ce soir avec cette formation. Mais je pense qu’ils vont bien accepter ce qu’on va faire.

Busca Salsa : Et bien on va voir ça ce soir....

  • Armando Miranda (voc)
  • Leonardo Govin (tb)
  • Orlando Rodriguez (b)
  • Rodrigo Rodriguez (timbals, voc)
  • Jim Lopez (bongo)
  • Amik Guerra (tp)
  • Alejandro Panetta (congas)
  • Cesar Correa (p)

[1] NDT : Ils vont au World Performing Arts Festival (1000 artistes sur 11 jours sur 8 scènes) Mercadonegro est l’une des têtes d’affiches et y jouera 3 fois dont une fois sur le thème des percussions avec les cajons de Jaleo Real et les tablas du groupe de feu Nusrat Fateh Ali Khan.

[2] NDT : Plus le percussionniste basé à Paris : Jim Lopez.