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Casa de la Trova

du 24 janvier au 1er février 2003 au Trianon

Publié le 20 février 2003, par : jsalsero

Casa De La Trova, c’est avant tout le duo des soeurs Faez. Espiègles, drôles, visiblement plutôt heureuses d’être là lorsqu’on les a vues à leur dernier passage parisien, elles savent d’autant mieux charmer nos oreilles qu’elles savent particulièrement bien s’entourer.

Accueillis, lors de leur passage au New Morning, par un verre de rhum gracieusement offert par une marque connue, on se sent tout de suite chez soi à la Casa De La Trova. Tout bien réfléchi, et même apprécié à sa juste valeur, le petit verre n’y est pour rien. Il y a immédiatement dans ce genre d’ambiance un petit côté familial, un absolu manque de prétention qui vous met à l’aise.

C’est vrai qu’un concert des soeurs Faez, c’est un peu une réunion de famille : la grande famille du son cubain, dans ce qu’elle a de plus touchant. Pas une de celles qui, de père en fils, se transmet l’étendard de la musique populaire cubaine, comme l’est, par exemple, la Familia Valera Miranda. Il s’agit plutôt ici d’une famille d’affinités, un regroupement d’idées musicales concordantes, à la manière d’un Buena Vista Social Club, strass et paillettes promotionnelles en moins.

On ne sait, faute d’informations précises sur leur passage au Trianon, de qui les soeurs Faez seront entourées cette fois-ci. Mais les deux hermanas laissent toujours de la place pour les amis et s’effacent pour leur laisser le devant de la scène. On espère bien sûr la présence de Pancho Amat [1], figure désormais légendaire du tres et du laûd (le luth traditionnel de Cuba, instrument trop rare sur nos scènes parisiennes) et improvisateur de génie. On espère aussi le retour de ce fabuleux trio (dont je n’ai plus le nom en tête, ni sous la main, ce qui vous fait une belle jambe, je sais bien... [2], aux compositions si originales, faites de décalages rythmiques particulièrement subtils.

Mais quels que soient les invités et/ou accompagnateurs des soeurs pour cette session, de toute façon, on ne s’inquiète pas : on le sait par avance, ils seront bons, et cette petite nonchalance, cette absence de stress et d’enjeu autre que musical saura tirer d’eux le meilleur. Donc, pas de soucis, pas d’erreurs ni de mauvaises surprises possibles, on en mettrait sa main au feu.

Quand aux soeurs, puisqu’elles sont, finalement, ne l’oublions pas, les vedettes de la soirée, un petit mot s’impose sur leurs performances vocales. Il ne faut pas s’attendre à la souplesse et à la puissance de jeunes divas, c’est entendu. Mais c’est justement là que réside toute la beauté de leurs voix. Altérées par le temps, modifiées en profondeur, en structure, usées, perdues, elles ouvrent justement aux soeurs Faez de toutes nouvelles possibilités. Les accrocs, raclements, l’enrouement occasionnel, les décrochages dans les aigüs, bref, tout ce qui, au premier abord, paraît limitant, est devenu partie intégrante de leur technique vocale. Elles ont cette étonnante et déroutante capacité à se servir de tous ces défauts comme de nouveaux outils expressifs et musicaux.

Ajoutez à cela la beauté des harmonies vocales, et vous avez l’assurance de passer une excellente soirée.


[1] Pancho Amat ne fera pas partie de la tournée.

[2] Le trio si original dont je parle est en fait... le Quinteto Diapason.