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Bobby Valentín - Biographie I

Publié le 1er mars 2004, par : Chabelita

Quasi-inconnu en France, Bobby Valentín est pourtant un des musiciens les plus prolifiques de la salsa : arrangeur, compositeur, tromboniste, trompettiste, bassiste, directeur d’orchestre et homme d’affaires. Un personnage que ces articles vont nous aider à découvrir, en attendant de le voir sur scène à Paris : avis aux producteurs !

Première partie

Bobby Valentín

Sa date de naissance est inscrite au 9 juin 1941 sur les registres d’Orocovis, petite ville du centre de Puerto-Rico. Il est le cadet d’une famille de sept enfants.

Sa petite enfance est bouleversée par le décès de sa mère Carmen Fred, alors qu’il est seulement âgé de 6 ans. Cet évènement provoque le déménagement de la famille, un peu plus au sud à Coamo au Nord-Est de Ponce, où vit la soeur aînée. C’est cette soeur qu’il considère comme sa vraie mère.

Son père Albertano Valentín est un joueur de Cuatro [1] passionné. C’est lui qui se charge de l’initiation musicale de Bobby et ses frères [2]. A 7 ans, il joue déjà de la guitare.

Bobby Valentín ne tarde pas à former un trio avec des camarades de classe, où il a le rôle de guitariste et troisième voix. Dans sa ville de Coamo se déroule chaque année un festival sur la place principale dont l’une des attractions est un concours de jeunes talents locaux. Cela ne manque pas d’attirer le trio qui s’inscrit en 1952 et gagne le premier prix.

En 1953, son talent naissant retient l’attention d’un de ses professeurs qui lui conseille de s’inscrire aux cours de l’académie de musique José Ignacio Quitón. Là, on lui met un saxophone alto dans les mains mais il n’aime pas cet instrument. Au bout de six mois, les enseignants cédent à son désir d’apprendre la trompette. C’est le déclic de son investissement total dans l’apprentissage musical.

Comme de nombreux portoricains [3], le départ vers les Etats-Unis semble être aux yeux de Bobby Valentín la meilleure alternative pour se forger un avenir. En 1956, il arrive à New-York où il s’installe chez un de ses frères. Il s’inscrit à l’école Supérieure George Washington H.S. pour poursuivre ses études musicales (il n’a pas les moyens d’intègrer une école plus prestigieuse). Il y rencontre de bons professeurs qui continuent à lui apprendre la trompette et plus largement la musique. Très motivé, il prend parallèlement des cours privés.

Bobby Valentín ne se limite pas à la théorie, comme tout musicien il répète beaucoup : en louant -25 cents de l’heure- un studio avec d’autres trompettistes [4]. Selon ses dires : c’est là qu’il a engrangé ses plus gros acquis .

Sans cesser les cours, il intègre des groupes semi-professionnels comme celui du joueur de Tres [5] : Israel Mercado, et le groupe Los Satélites du compositeur et chanteur Chú Hernández.

En 1958, il rencontre deux futures étoiles : Paquito Guzmán [6] et Pete El Conde Rodríguez, l’occasion de la formation d’un trio.

La même année sur la recommandation du trompettiste Hermán González , Valentín intègre l’orchestre professionnel de Joe Quijano [7]. Ses premiers enregistrements avec Joe Quijano sont Pachanga En Changa (1959) sous le label T-Jay et La Pachanga se Baila Así sous le label Columbia. Ces disques sont collectors à l’heure actuelle. [8]

Toujours en 1958, il collabore avec l’orchestre de Willie Rosario, un ami d’école (Washington Heights), leur grande amitié n’a pas cessé depuis.
En 1960 Charlie Palmieri le recrute, il enregistrera avec lui Tengo Maguina y voy a 60 (1967) sous le label Alegre.
En 1961 il retrouve Willie Rosario avec lequel il restera jusqu’en 1963. C’est un pas important pour Valentín puisque Willie Rosario l’a poussé à devenir arrangeur. Le trompettiste avait seulement la connaissance des arrangements pour la section des cuivres (il a écrit son premier arrangement pour Willie Bobo vers 1960-61), pas pour le piano et la basse. Mais face à l’insistence de Rosario, il a appris à le faire.
Plus tard, il réalisera l’enregistrement pour Alegre Records El Bravo Soy Yo qui est le premier disque de l’orchestre de Willie Rosario avec les arrangements de Valentín. Cette oeuvre de 1963 contient les succès : Guaguancó bonito, El Bravo soy yo, Dame tu amor, Morenita. Valentín utilise la guitare lors de la plupart de ses arrangements. En tant qu’arrangeur il a essayé de trouver ses propres inspirations pour que chacun reconnaisse sa signature rien qu’à l’écoute. Il veut se distinguer des autres et dit que "El que imita no va a ningun lao".

L’association Willie Rosario-Bobby Valentín est aussi marquante car ils ont été parmis les premiers à mettre un saxophone baryton dans leur orchestre de salsa. Willie Rosario en a eu l’idée en écoutant un groupe de jazz, il l’a soumise à Bobby Valentín. Rosario pensait qu’il fallait harmoniser le sax baryton avec les trompettes, et renforcer les riffs de pianos et de la basse pendant les mambos avec le baryton. Ce qui rend leur son très distinctif.

En mars 1963, il rejoint l’orchestre de l’immense Tito Rodríguez. Dans cet orchestre, Bobby Valentín a le rôle de trompettiste. Avec eux, il voyage au Vénezuela (1963 et 1964), et apparaît sur l’album Tito Rodríguez en el Puerto Azul, Venezuela (1963). Selon lui, les arrangeurs qui travaillaient avec Tito Rodríguez : Ray Santos et Rene Hernandez l’ont beaucoup influencé.

Il reste un an et demi avec Tito Rodríguez.

De 1964 à 1965, il fait partie de l’orchestre de Ray Barretto : Orquesta Riverside. A cette époque il a l’habitude d’alterner entre trompette et basse. Guitariste confirmé, cela lui a facilité l’apprentissage de la basse.

A suivre...




[1] Cuatro = guitare à cinq cordes doubles d’origine portoricaine utilisée dans la musique rurale, introduite dans la salsa par Yomo Toro.

[2] Son frère Osvaldo est lui aussi devenu musicien : guitariste.

[3] Environ 700 000 entre 1940 et 1969.

[4] Art Farmer, Clyde Reasinger et Louie Mucci.

[5] Tres = Guitare à trois cordes doubles originaire de la région d’Oriente à Cuba.

[6] Paquito Guzmán : chanteur qui a fait carrière d’abord dans l’orchestre de Tommy Olivencia, puis dans le registre de la salsa « romantica ».

[7] Joe Quijano : chanteur qui a collaboré avec Orlando Marín, La Perfecta d’Eddie Palmieri, los Panchos, ...puis a formé le « Conjunto Cachana » et a enregistré sous son nom.

[8] Quelques paroles de La Pachanga Se Baila Así :

  • Hay una discusión en el Barrio de cómo se baila pachanga.
    Hay una confusión en el barrio, que creen que charanga es pachanga.
    Una charanga es la orquesta que está de moda y una pachanga es el baile que se baila ahora.
  • Il y a une discussion dans le quartier pour savoir comment se danse la pachanga.
    Il y a une confusion dans le quartier entre charanga et pachanga.
    Une charanga est l’orchestre à la mode actuellement, et une pachanga est la danse qui se pratique à l’heure actuelle.